Œuvres posth., 9i s
sur les ruines de la propriété comme de la famille, conduira nécessairement à « l'avilissement des cœurs ». L'homme n'aura plus qu'un but : « gagner de l'argent ». Et le bourgeois ne regrettera rien, « car il y a des choses dans l'homme, qui se fortifient et prospèrent à mesure que d'autres se délicatisent et s'amoindrissent; et, grâce au progrès de ces temps », il ne te restera plus, ô bourgeois ! « de tes entrailles que des viscères ! »
Et Baudelaire, après avoir maudit le monde comme un prophète d'Israël, se retourne et se contemple soi-même, perdu, isolé dcins la foule :
Quant à moi, qui sens quelquefois en moi le ridicule d'un prophète, je sais que je n'y trouverai jamais la charité d'un médecin. Perdu dans ce vilain monde, coudoyé par les foules, je suis comme un homme lassé dont l'œil ne voit en anùère, dans les années profondes, que désabusement et amertume, et, devant lui, qu'un orage où rien de neuf n'est contenu, m enseignement ni douleur. Le soir où cet homme a volé à la destinée quelques heures de plaisir, bercé dans sa digestion, oublieux — autant que possible — du passé, content du présent et résigné à l'avenir, enivré de son sang-froid et de son dandysme, fier de n'être pas aussi bas "que ceux qui passent, il se dit, en contemplant la fumée de son cigare : « Que m'importe où vont ces consciences ! » *■
Ainsi, Baudelaire s'est soulagé ; il a crié son mépris et sa colère, brandi le fouet et le fer rouge. S'il a laissé voir un instant son amertume et sa lassitude, il s'est aussitôt ressaisi, roidi. En se relisant, a-t-il^ eu peur du ridicule ? Il ajoute cette note toute calme : « Je crois que j'ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors-d'œu-