‹ Charles BaudelaireChapitre 33 sur 257 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'homme et la pensée 63

vre. Cependant, je laisserai ces pages, — parce que je veux dater ma colère. » Colère? au-dessus de ce raot, le poète écrit : tristesse '.

L'attitude hostile de Baudelaire à l'égard de la démocratie moderne, a des raisons profondes qu'il est intéressant — et utile — de rechercher. Ces violences et ces paradoxes ne doivent point vous scandaliser, honnêtes bourgeois, démocrates sincères. Réfléchissez que rien pour une société, un régime quelconque, n'est plus dangereux que de se croire arrivé à la perfection, de se figurer intangible, immuable, éternel: c'est courir le risque de s'arrêter dans l'évolution ; or, toute société, toute institution qui cesse d'évoluer, de se mo\iifîer, se condamne à la mort par stagnation, décomposition, pourriture. C'est courir cet autre danger de s'illusionner sur soi-même, jusqu'au point de n'apercevoir ni ses défauts, ni ses tares. Plus qu'aucun autre régime, la démocratie a besoin de faire sans cesse examen de conscience, de s'éduquer perpétuellement. Elle doit veiller à ne point choir dans le matérialisme, à ne point étouffer en elle la vie de l'esprit. Elle a plus à craindre les flatteurs qu'un monarque absolu ses favoris ou ses courtisans. Les fortes personnalités qui savent lui faire opposition ; les hommes indépendants qui ont le courage de lui dire en face, même en les outrant, des

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