‹ Charles BaudelaireChapitre 36 sur 257 · Crépet · texte numérisé non relu

Crépet

l'homme et la pensée 71

se battait en duel. « Il était brave et se serait fait tuer K » Il avait même fondé un journal révolutionnaire : Le sailli public, lequel d'ailleurs n'eut que deux numéros, 27 et 28 février 1848. Il y conspue, — lui ou ses collaborateurs, — Thiers et Odillon-Barrot ; il y exalte le gouvernement provisoire ; il y célèbre le bon sens et la beauté du peuple ; il traite l'Autriche de « monstre à trois têtes » ; il applaudit au libéralisme de Pie IX ; il convie les prêtres à se jeter dans les bras du peuple : « Jésus-Christ, votre maître, est aussi le nôtre ; il était avec nous aux barricades... » Il y chante la république européenne, il y bave sur les monarques, sur les cours et les aristocraties :1a reine d'Espagne n la colique ! "

Voici, en effet, la seconde cause qui a déterminé l'attitude de Baudelaire. Il habitait en plein quartier des Ecoles, il fréquentait les cafés du quartier latin. 11 s'est laissé entraîner par ses amis : Thoré, Hippolyte Gastille, Proudhon ; il s'est laissé entraîner surtout par le grand mouvement qui emportait alors la jeunesse intellectuelle, les artistes. Un poète comme lui aurait-il pu échapper à cette effervescence, demeurer insensible au spectacle, toujours grandiose par certains côtés, d'une révolution ? Aurait-il pu échapper au désir d'y collaborer, d'y jouer un rôle, d'y dépenser son lyrisme et son éloquence ?

11 y a donc, — et c'est la troisième cause, —

Page 1