‹ Charles BaudelaireChapitre 38 sur 257 · OEuvres posth · texte numérisé non relu

OEuvres posth

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lulionnaire, bien trop pessimiste dans sa conception de l'homme pour croire au progrès indéfini de l'Humanité. Les sentiments tout passagers qu'il avait éprouvés en 1848, ne reposaient donc, ni sur des instincts profonds, ni sur des convictions sincères. De plus en plus, il va évoluer vers un « réactionnarisme » que nous ne pourrons certes jamais qualifier d'étroit, — il ne saurait j avoir d'étroitesse chez Baudelaire, — mais dont l'exclusivisme et la violence paradoxale iront en augmentant au cours des années de déception et de misère. Le poète et l'homme sont, chez Baudelaire, essentiellement catholiques : le catholicisme de Baudelaire, pour ne l'envisager ici que dans ses conséquences politiques et sociales, ne le conduira point à la démocratie, à l'exemple de ce Lacordaire dont il osera briguer la succession à l'Académie française, mais à l'absolutisme, à l'exemple de ce Joseph de Maistre dont il ne cessera de se proclamer le disciple : « De Maistre, le grand génie de notre temps, un voyant \ »

Tant et si bien qu'après avoir rédigé un journal révolutionnaire, Baudelaire allait rédiger un jour-

l. Lettre à Toassenel, 21 janv. 1856. Lettres, 84. Dans un éreintement de Villemain, une des bêtes noires de Baudelaire, ce que noire poète reproche au « professeur servile », c'est de faire sa cour à l'insipide jeunesse du quartier latin, au lieu de rendre justice pliilosophique à Joseph de Maistre. OEiivres posthumes, -325 (Polémiques). On sait que B. ne cessait de se proclamer le disciple de l'auteur des Considérations sur la France (Crépet, 88). <i De Maistre et Edgar Poe m'ont appris à raisonner. » Œuvres posthumes, 131 (Journaux intimes).

nal conservateur. Oh connaît l'anecdote : elle est amusante, elle révèle ce penchant à la mystification, à la charge, qui est un caractère saillant, non du poète, mais de l'homme.

Vers 1850-1851, un de ses amis, Arthur Ponroy, lui propose de prendre la rédaction d'un journal conservateur que son père venait de fonder dans l'Indre, le Journal de Châteauroux. Baudelaire accepte et part, emmenant avec lui une actrice qu^il fait passer pour sa femme. Les braves bourgeois^ chefs du parti, actionnaires du quotidien, s'empressent, dès son arrivée, d'offrir un banquet au nouveau rédacteur en chef. Baudelaire ne desserre pas les dents. Un convive étonné lui demande ;

— Mais monsieur Baudelaire, vous ne dites rien? Le mystificateur répond gravement :

— Messieurs, je n'ai rien à dire : ne suis-je pas venu ici pour être le domestique de vos intelligences ? »

Le lendemain, il scandalise Timprimeuse du journal, une vieille veuve, en lui demandant où l'on met « l'eau-de-vie de la rédaction ». Le surlendemain, il horrifie les braves gens, de Châteauroux par son premier article qui débute ainsi :

Lorsque Marat, cet homme doux, et Robespierre, cet homme propre, demandaient, celui-là trois cent mille têtes, celui-ci la permanence de la guillotine, ils obéissaient à l'inéluctable logique de leur système.

Enfin, dernier scandale, on découvre que la femme avec laquelle il a débarqué dans l'honnête petite ville, n'est point son épouse légitime. Le

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président du Conseil d'administration, un notaire, lui donna séance tenante son congé :

— Monsieur, vous nous avez trompés, M""° Baudelaire n'est pas votre femme, c'est voti'e favorite 1

— Monsieur, réplique Baudelaire avec une politesse hautaine, la favorite d'un poète peut quelquefois valoir la femme d'un notaire ^ »

Après cette aventure, Baudelaire abandonne définitivement la politique. On n'y trouve plus aucune allusion dans sa correspondance. Aucune allusion ; ce n'est point tout à fait exact : voici ce que nous lisons dans une lettre à Nadar, lettre datée de Honfleur, le 16 mai 1859 ; il s'agit de l'attentat d'Orsini :

Puisque tu as jugé à propos de jeter, à la fin de la lettre, un peu de politique, j'en ferai autant. Je me suis vingt fois persuadé que je ne m'intéresserais plus à la politique, et, à chaque question grave, je me suis repris de curiosité et de passion ^.

Qu'est-ce à dire, sinon que l'indifférence de Baudelaire pour la politique est simplement apparente ? Il est trop de son temps pour se désintéresser des événements, des révolutions dont il se trouve le témoin, après avoir essayé d'en être un acteur. S'il s'abstient, c'est par discipline : il sait qu'en politique il ne pourrait jamais réussir, il a horreur des partis et des politiciens ; il veut se consacrer tout

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