Cf. Raynaud, p
2. Ou plutôt, ce n'est pas encore du dcandysme, mais des charges de rapin, toul au plus de l'excentricité.
■ l'homme et la pea'sée 85
tes plissées, ce panlalon « tire-bouchonnant >> sur des souliers d'un lustre irréprochable '■ I »
En 1842, Baudelaire s'habillait d'une manière plus conforme à son britannisme byronien : « Pour être bien mis, il ne faut pas être remarqué », c'est le grand axiome de Brummel ^ Voici la silhouette esquissée par Le Vavasseur :
Baudelaire s'était composé une tenue à la fois anglaise et romantique. Byron habillé par Brummel. Chapeau haute forme, habit noir très ample, « boutonnable », quoique flottant, manches larges, basques assez carrées pour draper, assez ajustées pour garder le caractère laïque, gilet de çasimir noir, demi-droit, demi-montant, aisé, cravate noire à larges bouts, très bien nouée sans raideur, plus près du foulard que du carcan. Pantalon de Casimir ou de drap fin, non collant. Souliers lacés ou escarpins bas, noirs en hiver et blancS en été. Au demeurant, le déshabillé le plus habillé, et l'habillé le plus déshabillé du monde ^.
On voit jusqu'où Baudelaire poussait l'art du vêtement : pour lui le vêtement est un état d'âme. Il y a d'ailleurs beaucoup de littérature dans ces raffinements : ainsi lorsque notre poète s'en va commander un habit bleu à boutons de métal, pareil à celui de Gœthe *.
A partir de 1846, le manque d'argent oblige
1. Témoignage cité par Crépel, p. 44. Rappelons à ce propos le portrait croqué par les Concourt dans leur journal, octobre 1857 : « Baudelaire dine aujourd'hui à côté de nous. Il est sans cravate, le col nu, la tête rasée, en vraie toilette de guillotiné. Au lond une rcclierche voulue, de petites mains lavées, écurées, soignées comme des mains de femme, — et avec cela une tête de maniaque, une voix coupante comme une voix d'acier, et une élocution visant à la précision ornée d'un Saint-Just et l'attrapant. »