Crépet
Plus la vie se faisait dure pour le poète, plus sa misère lui imposait de privations, plus il avait à lutter contre la déchéance physique, — plus son ? dandysme devenait intérieur, moral, stoïque. Dans l'exubérance de sa jeunesse superbe, il avait voulu être un prince de l'élégance ; il s'était entouré de luxe, ou des apparences du luxe. Il avait voulu appliquer intégralement la définition qu'il donne lui-même du dandy : « L'homme riche, oisif, et qui, même blasé, n'a pas d'autres occupations que de courir à la piste de bonheur ; l'homme élevé dans le luxe et accoutumé dès sa jeunesse à l'obéissance des autres hommes, celui enfin qui n'a d'autre profession que l'élégance K » Obligé, — suprême déchéance, — de travailler pour vivre, contraint à dépouiller tout l'appareil extérieur du dandysme, Baudelaire en garde au moins les principes qui régissent la conduite de la vie.
11 y a deux éléments en ce dandysme intérieur et moral : le stoïcisme, le spiritualisme ^
Stoïcisme d'abord : le dandysme est un effort perpétuel pour dominer la vie et se dominer soimême ; c'est une défense contre la vulgarité, « un besoin de combattre et de détruire la trivialité " » ; c'est une affirmation du moi « dans les
1. Œuvres complètes, t. III, L'art romantique, p. 91. (Le dandy).
2. « On voit que par de certains côtés, le dandysme confine au spiritualisme et au stoïcisme », ibid., 93.