Crépet
conseil judiciaire. Ce fut la grande humiliation de sa vie. Et pourtant, le choix du tribunal s'était porté sur un ami de la famille :
M. Ancelle, notaire, homme excellent, d'un esprit cultivé, qui aimait les lettres, et qui devint, par la suite, l'ami le plus sûr du jeune dissipateur qu'il était chargé de morigéner. Dans leurs longues i-elations qui durèrent vingt-trois ans, — jusqu'à la mort de Baudelaire, — M. Ancelle sut concilier ses devoirs de mentor avec la profonde sympathie que lui inspirait son pupille, et, par son administration prudente, le petit capital dont il avait le dépôt, assura au poète la subsistance quotidienne ^
Suivons maintenant pas à pas les progrès de cette détresse matérielle, physique et morale. Dès 1843, il écrit à sa mère :
J'ai été obligé de sortir de chez moi cette nuit, et de coucher — pour deux jours sans doute, jusqu'à ce que quelqu'un ait arrangé la chose pour moi, — dans un petit hôtel borgne et introuvable, parce que j'étais cerné et espionné chez moi, de façon que je ne pouvais plus bouger. Je suis sorti sans argent de chez moi par la raison bien simple qu'il n'y en avait pas ^.
Donc, dès son établissement à Paris, Baudelaire a ses créanciers à ses trousses \ Il envoie des lettres désespérées à sa mère pour obtenir de toutes petites sommes : aujourd'hui dix francs, demain trente *. Il emprunte à la Société des Gens de Lettres, dont