Ibid
l'homme et la pensée 105
Comment s'étonner que Baudelaire ait eu, à de certains moments, l'idée fixe du suicide? Se tuer, il ne l'a tenté qu'une fois, encore pas très sérieusement peut-être, le 30 juin 1845 :
Je me tue parce que je suis inutile aux autres et dangereux à moi-même. Je me tue, parce que je me crois immortel et que j'espère '■.
La détresse qui l'accable, ne vient pas seulement du dehors : les dettes, Jeanne Duval ; elle a sa source noire en lui : dans son corps débilité, ses nerfs malades; dans le découragement, l'impuissance d'agir, le spleen. Le 30 décembre 1857, il écrit à sa mère:
Ce que je sens, c'est un immense découragement, une sensation d'isolement insupportable, une peur perpétuelle d'un malheur vague, une défiance complète de mes forces, une absence totale de désirs, une impossibilité de trouver un amusement quelconque Je me demande sans cesse ; à quoi bon
ceci? A quoi bon cela? C'est là le véritable esprit de spleen
Ajoutez à cela le désespoir permanent de ma pauvreté, des tiraillements et les interruptions de travail causées par les
vieilles dettes, le contraste offensant, répugnant, de mon
honc-rabilité spirituelle avec cette vie précaire et misérable, et enfin, pour tout dire, de singuliers étouffements et des troubles d'intestins et d'estomac qui durent depuis un mois. Tout ce que je mange m'étouffe et me donne la colique. Si le moral peut guérir le physique, un violent travail continu me guérira, mais il faut vouloir avec une volonté affaiblie, — cercle vicieux ^.