‹ Charles BaudelaireChapitre 56 sur 257 · Lettres inéd., p · texte numérisé non relu

Lettres inéd., p

Et le 19 février 1858 :

Pense donc à l'horrible existence que je mène, et qui me Ifisse si peu de temps pour le travail, à la multiplicité de questions à résoudre avant mon départ (ainsi au commencement du mois il m'a fallu prendre six jours à me cacher de peur d'être arrêté. Or, j'avais laissé mes livres et les manuscrits en train chez moi. Ceci n'est qu'un des mille détails de ma vie ^).

Ce qu'il désire maintenant, de toutes ses forces, c'est de quitter Paris pour se réfugier à Honfleur auprès de sa mère. 11 va partir, il fait ses malles; toujours une chaîne aux pieds le relient : travail à terminer, dette à liquider, manque d'argent. Le 28 décembre 1859, il est encore sur son départ ; il récrit à M""® Aupick pour qu'elle lui envoie deux cents francs : avec cent francs, il achètera du linge, car il en manque totalement :

L'autre moitié sera employée aux étrennes; domestiques de l'hôtel, et étrennes dans les maisons où je vis familièrement et où je dine sans cesse. Ainsi, je serai aussi iier que tout le monde, et personne ne devinera ma pauvreté ^.

Deux pensées, en effet, l'obsèdent : sauver sa dignité, achever son œuvre :

Si j'allais devenir infirme, ou sentir mon cerveau dépérir avaut d'avoir fait tout ce qu'il me semble que je dois et puis faire ^ !

Et le 26 mars 1860 :

Si tu savais de quelles pensées je me nourris : la peur de mourir avant d'avoir fait ce que j'ai à faire ; la peur de ta mort avant que je t'aie rendue absolument heureuse, toi le seul être

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