Ibid
l'homme et la pensée 107
avec lequel je puisse vivre doucement, sans ruses, sans mensonge; l'horreur de mon conseil judiciaire (il faut bien prononcer ce mot) qui me torture jour et nuit ; enfin, et ceci est peutêtre plus triste que le reste, la peur de ne pouvoir jamais me guérir de mes vices. Voilà mes pensées habituelles. Et mon réveil, le matin, en face de ces tristes réalités : mon nom, ma pauvreté, etc. ! ^
Pour comble de malheur, voici reparaître la cause intérieure de sa déchéance physique :
Il est inutile d'avoir de la pudeur avec toi. Tu sais qu'étant très jeune, j'ai eu une mauvaise maladie, que plus tard j'ai cru totalement guérie. A Dijon, après 1848, elle a fait une nouvelle explosion. Elle a été de nouveau palliée. Maintenant elle revient Peut-être dans la tristesse où je suis plongé, ma terreur grossit-elle le mal. Mais il me faut un régime sévère, et ce n'est pas dans la vie que je mène que je pourrai m'y livrer -.
C'en est trop : tout le passé lui remonte aux lèvres ; il faut qu'il s'épanche, qu^il débarrasse de tout ce qu'il a sur le cœur :
Je laisse tout cela de côté, et je veux reprendre mes rêveries... Qui sait si je pourrai encore une fois t'ouvrir toute mon âme, que tu n'as jamais appréciée ni connue !...
Il y a eu dans taon enfance une époque d'amour passionné pour toi ; écoute et lis sans peur. Je ne t'en ai jamais tant dit. Je me souviens d'une promenade en fiacre ; tu sortais d''une maison de santé où tu avais été reléguée, et tu me montras» pour me prouver que tu avais pensé à ton fils, des dessins à la plume que tu avais faits pour moi. Crois-tu que j'aie une mémoire terrible ? Plus tard, la place Saint- André-des- Arts et Neuilly. De longues promenades, des tendresses perpétuelles! Je me souviens des quais qui étaient si tristes le soir. Ah! c'a été pour moi le bon temps des tendresses maternelles. Je te demande pardon d'appeler bon temps celui qui a été sans doute