‹ Charles BaudelaireChapitre 60 sur 257 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'homme et la pensée 111

lui, dont les mœurs sont diamétralement opposées aux mœurs parisiennes..

Il est trop tard pour s'adapter. Alors, à bout de nerfs, aigri, exaspéré, le poète se venge sur les Belges, déverse sur eux et sur leur patrie, dans ses lettres et dans ses notes intimes, un torrent d'injures. Il veut écrire un livre contre ce pays où les maisons n'ont point de cheminées, contre ces gens trop bien nourris et trop lourds, dont l'esprit communautaire choque son individualisme, dont le manque d'intellectualité blesse en lui l'écrivain, dont le mauvais goût et Tinélégance irritent en lui le dandy, l'artiste. Nul effort pour comprendre cette jeune nation, issue d'une vieille race et d'une vieille terre : Baudelaire en est tout à fait incapable. II hait dans la Belgique Tanticléricalisme et la démocratie. Il s'ennuie et il souffre. Heureusement pour son œuvre, il n'a pu rédiger ce pamphlet.

Car la misère et la maladie ne cessent de s'aggraver. Ecrivant le 8 février 1865 à l'excellent M. Ancelle, il se plaint de rhume, de névralgies, de dérangements d'estomac et d'entrailles, de fièvre, d'insomnies ; sa volonté s'affaiblit ; n'ayant plus d'argent, il ne peut se procurer des remèdes, il lui faut des « ruseé ridicules » pour obtenir du tabac, du papier, des timbres-poste : « Quand le concierge me dit: Monsieur, c est encore 40 centimes à payer, — je suis tout malheureux \ » Au même, le 26 octobre 1865, il confie qu'un « certain état soporeux » le fait douter parfois de ses facultés *. Toujours

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