‹ Charles BaudelaireChapitre 69 sur 257 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

l'homme et la pensée 123

faire reconnaître la vérité de la reli^on, Pascal saisit cet homme pour ainsi dire par les cheveux et le pose en face de son propre cœur ; il le ramène sans trêve à la constatation de sa misère et à l'image de la mort :

11 n'est pas honteux à Thomme de succomber sous la douleur, et il lui est honteux de succomber sous le plaisir. Ce qui ne vient pas de ce que la douleur nous vient d'ailleurs, et que nous recherchons le plaisir ; car on peut rechercher la douleur, et y succomber à dessein, sans ce genre de bassesse. D'où vient donc qu'il est glorieux à la raison de succomber sous l'effort de la douleur, et qu'il lui est honteux de succomber sous l'effort du plaisir? C'est que ce n'est pas la douleur qui nous tente et nous attire ; c'est nous-mêmes qui volontairement la choisissons et voulons la faire dominer sur nous ; de sorte que nous sommes maîtres de la chose ; et en cela c'est l'homme qui succombe à soi-même ; mais, dans le plaisir, c'est l'homme qui succombe au plaisir... Qui voudra connaître à plein la vanité de l'homme n'a qu'à considérer les causes et les effets de l'amour. La cause en est un je ne sais quoi, et les effets en sont effroyables '.

Donc Baudelaire, inévitable conclusion de ses propres expériences, a touché le néant du plaisir, de l'amour, de toute la vie humaine; il l'a touché, il s'y est meurtri l'esprit et le cœur. Il est tombé si bas qu'il n'y â plus pour lui que cette alternative : ou la mort, la mort spirituelle avant la mort physique ; ou un suprême effort pour se relever.

Mais, pour se relever, il faut à l'homme une force dynamique, une force extérieure, qui lui permette d'échapper à lui-même, parce que l'homme en est réduit à se fuir lui-même, à fuir le spectacle de sa propre misère, la pensée de la mort, plus ter-

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