‹ Charles BaudelaireChapitre 70 sur 257 · Pensées. Edition Brunschvicg-, Paris, 1900, p · texte numérisé non relu

Pensées. Edition Brunschvicg-, Paris, 1900, p

rible, comme dit Pascal, que la mort elle-même \ Cette force dynamique, extérieure, Baudelaire ne l'a donc trouvée ni dans le plaisir, ni dans Tamour ; et pourtant, il avait espéré découvrir dans l'amour une raison de vivre, — d'échapper à son égoïsme, de se dévouer, se sacrifier s'il le fallait : en un mot, une religion. « L'amour veut sortir de soi, dit-il quelque part S> ; et ailleurs : « Qu'est-ce que l'amour ? Le besoin de sortir de soi \ » Mais, en revanche, qu'est-ce que la femme pour lui, sinon un être naturel, c'est-à-dire abominable, — puisque la nature humaine est viciée en son origine, et puisque la femme est plus proche encore que l'homme de la nature * ; — sinon « une des formes les plus séduisantes du diable ^? » Le salut n'est donc pas dans l'amour : au contraire. Il faut par conséquent chercher ailleurs.

Comme Pascal, Baudelaire est en présence d'un dilemme, l'éternel dilemme de l'homme, ce mystère, cette contradiction vivante, sollicité à la fois par sa nature qui l'entraîne au mal, par son âme qui aspire à la perfection. « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan \ » Alors, il faut se décider, il faut parier, et Baudelaire parie : « Quand même Dieu n'existerait pas, la religion serait encore

1. « La mort est plus aisée à supporter sans y penser, que la pensée delà mort sans péril. » Edition citée, 405.

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