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CHAPITRE II BAUDELAIRE ET L'AMOUR

Donc, la vie, la vie intérieure de Baudelaire doit être étudiée avec autant de sympathie que de discrétion, mais d'abord avec le respect qu'on doit à toute existence dont les plaisirs et les souffrances, les misères et les gloires, les réalités et les rêves ont produit une grande œuvre. Existence doublement sacrée, parce qu'elle est celle d'un poète, parce qu'elle est celle d'un homme.

Uni homme : voilà bien ce que, le manteau enlevé, le masque ôté, nous voyons maintenant dans Baudelaire, — ce qu'il nous faudra voir désormais toujours. Un homme avec des faiblesses et des tares que nous ne dissimulerons point, mais avec des forces créatrices, une conscience, une pensée.

Et si cet homme a aimé, si l'amour a été pour lui une fontaine de joie ou de douleur, pour son oeuvre une source d'inspiration, — la principale peut-être — la première question à nous poser, puisque, encore une fois, c'est l'homme que nous voulons connaître, l'âme que nous voulons découvrir, est celle-ci : comment Baudelaire a-t-il aimé ?

Nous tâcherons d'y répondre sans nous préoccuper de la chronique scandaleuse.

l'homme et la pensée 27

Baudelaire a aimé, lui aussi, sans aucun doute, mais à sa manière. De peur d'être tyrannisé par la passion, il se traça une règle de conduite dont il ne se dépar Litjamais. 11 lit à l'amour une large part dans sa vie, mais il ne lui laissa jamais subjuguer ni son cœur, ni sa pensée '.

Cette remarque de MM. Crépet est importante à retenir. Plus importante est la distinction établie par M. Féli Gautier :

11 faudrait tout d'abord s'habituer à nettement distinguer la formule de l'amour baudelairien, amour plastique, brutalement !

sensuel, maladif et curieux et l'amour, selon l'intime pensée 1

de Baudelaire, amour sentimental et mystique plutôt que sensuel, amour de tête, parfois littéraire, peut-être même amourrêve de Wagner, pur et éthéré -. '

Ces témoignages nous autorisent à définir dès maintenant l'homme intérieur : dualisme tout pascalien, tout chrétien, entre la chair et lesprit, — sous le regard lucide, impitoyable, d'un analyste doué d'une haute intelligence, d'un jugement sûr et sain.

Dans un homme ainsi composé, — un et triple, — l'intelligence domine et cherche à commander aux sensj à régler les élans de l'âme. Voyons maintenant cet homme aux prises avec l'amour. Comment va-t-il réagir ? quelle conception va-t-il s'en faire ? à quels résultats intellectuels et moraux cette lutte, — longue et cruelle — le va-t-elle mener?

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