‹ Charles BaudelaireChapitre 8 sur 257 · Crépet, p · texte numérisé non relu

Crépet, p

2. La vie amoureuse de Baudelaire, Mercure de France, janvier 1903, p. 46. Cl. ég., du morne auleur, la préface au recueil Ch. Baudelaire, De l'Amour, Paris, J919.

Constatons d'abord, avec M. Paul Bourget ^ que trois épithètes caractérisent la conception de l'amour dans les Fleurs du Mal : « mystique, libertin et surtout analyseur ». C'est la conséquence et la preuve de ce trialisme que nous venons de définir.

Or, chez Baudelaire, la vie amoureuse a débuté par le libertinage. Il a commencé par demander à l'amour, non seulement l'apaisement, mais surtout, — ce qui est plus grave — l'excitation des sens. Il lui a demandé de satisfaire une curiosité déjà tout intellectuelle : plus tard, il lui demandera l'illusion, et l'oubli.

Mais, quand on traite ainsi l'amour, on voit se succéder inévitablement et tour à tour la satiété, l'ennui, la lassitude, le spleen, enfin le désespoir. J Alors, si l'on possède un reste de force morale, de caractère ; si l'on porte en soi, malgré tout, . un idéal ; si le but de la vie, c'est-à-dire l'œuvre, reste toujours visible, lumineux, même au « sein des ténèbres qui puent ° », une réaction est inévitable. Gomment se produit-elle ? Très simplement. On s'aperçoit qu'on n'a point aimé. Et si, au hasard d'une rencontre, on trouve, ou l'on croit trouver, le véritable amour, on est prêt à se donner à lui tout entier, à faire pour lui tous les sacrifices, même ceux de la chair. On est au seuil de la vie nouvelle, impatient d y entrer avec une âme blanche. Car, si les sens sont usés, les sentiments sont demeurés intacts. Il y a bien souvent, en effet, chez les hommes qui ont beaucoup et trop vécu, chez

1. Essais de psychologie contemporaine, OEuvres complètes, Crilique I, p. 4, 1899.

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