‹ Charles BaudelaireChapitre 71 sur 257 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'homme et la pensée 125

sainte et divine » \ Comme Pascal, Baudelaire fait son « calcul en faveur de Dieu » : « Rien n'existe sans but. Donc mon existence a un but. Quel but? Je l'ignore. Ce n'est donc pas moi qui Tai marqué. C'est donc quelqu'un plus savant que moi. Il faut donc prier ce quelqu'un de m'éclairer. C'est le parti le plus sage *. » C'est l'argumentation même de Pascal, et voilà le problème religieux posé, — non point par le raisonnement, mais par le sentiment intime qu'éveille la souffrance, — et résolu.

A peine le poète a-t-il la foi que, déjà, il se met en prière. N'est-ce pas que, tout comme Pascal, il songe à cette « dynamique » de Dieu, qui est peut-être Tune des bases de la religion catholique. D'après l'enseignement de l'Eglise, nul ne s'élève jusqu'à Dieu sans un effort constant et d'abord gratuit, et nul ne conserve sa liaison avec lui, s'il ne persévère dans cet effort '\

Pour persévérer dans cet effort, il n'y a que deux moyens : la prière et les sacrements. Dans ses notes intimes, Baudelaire l'affirme comme un mystique :

*^Dynatnique morale de Jésus... Les sacrements sont des moyens de cette dynamique... De la vertu des sacrements... Il y a dans la prière une opération magique. La prière est une des grandes forces de la dynamique intellectuelle. Il y a là comme une récurrence électrique. — Le chapelet est un médium, un véhicule : c'est la prière* mise à la portée de tous *1

Donc Baudelaire prie. Il met dans sa prière tous ses efforts de relèvement, toute sa nostalgie d'une

i. Ibid., 73.

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