Sainl Paul, première Epitre au.x Gorinlhicn?, v
tion est prodigue ! Et qu'on juge de l'immensité de l'efforL final pour réparer tant de pertes !... Le travail engendre forcément les bonnes mœurs '■, »
Ainsi, à la fin de sa vie, durant son séjour en Belgique, les notes de son journal intime se succèdent comme les versets d'un long Miserere. On dirait d'un pénitent qui fait une retraite, se prépare à une confession générale, et s'efforce, de s'affermir en ses bonnes résolutions :
Hygiène, Conduite, Méthode. — Je me jure à moi-même de prendre désormais les règles suivantes pour règles éternelles de ma vie :
Faire tous les matins une prière à Dieu, réservoir- de toute force et de toute justice, à mon père, à Mariette, et à Poe, comme intercesseurs ; les prier de me communiquer la force nécessaire pour accomplir tous mes devoirs, et d'octroyer à ma mère une vie assez longue pour jouir de ma transformation; travailler toute la journée, ou du moins tant que mes forces me le permettront ; me fier à Dieu, c'est-à-dire à la Justice même, pour la réussite de mes projets ; faire, tous les soirs, une nouvelle prière, pour demander à Dieu la vie et la force pour ma mère et pour moi ; faire, de tout ce que je gagnerai, quatre parts, — une pour la vie courante, une pour mes créanciers, une pour mes amis, et une pour ma mère ; — obéir au principe de la plus stricte sobriété, dont le premier est la suppression de tous les excitants, quels qu'ils soient.
C'est la dernière note des journaux intimes : sans doute précède-t-elle de peu la catastrophe. Son style et sa ferveur sont le style et la ferveur d'un enfant : c'est encore et toujours, cet adolescent endormi qui s'est éveillé dans le cœur affaibli du poète, et qui s'est écrié : « Je veux vivre ! » Pense-t-on assez combien il a fallu d'expériences et d'épreuves à un homme comme Baudelaire, dont
i.Ibid., 133-134.
nous connaissons toute l'existence, toutes les faiblesses et toutes les tares, et l'égoïsme né de Fisolemeftt, et l'éducation incomplète, et l'excessive sensibilité, la volonté malade ; combien d'expériences et d'épreuves, combien de dépouillements il lui a fallu pour en arriver à ce point où la vie vous jette d'elle-même à genoux devant Dieu ? Et pense-t-on que cet homme à genoux est là, pareil à l'un de ces pleurants du Moyen Age, qui contemple sa propre déchéance et son propre cercueil? M. Dérieux ^ accuse la religion de Baudelaire d'être trop personnelle ; stoïcisme orgueilleux, jansénisme impénitent ; il l'accuse de manquer d'hu- ! milité. Et sans doute a-t-il raison ; mais, comme il le reconnaît d'ailleurs lui-même, l'humilité est là, dans cette règle de vie écrite au seuil de la mort. Baudelaire ne fut pas un saint, ni même un vrai converti : il fut l'homme du péché, l'homme de la chute, qui tombe, lutte, se relève, retombe, espère\ formule des résolutions, souffre et prie. Rappelons ici cette parole d'une sainte : « Tomber n'est pas le vrai péché, mais rester par terre » ; et, pour citer une dernière fois Pascal, rappelons encore les paroles qu'il met dans la bouche du Christ :
I Console-toi, lu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé. ■ Je pensais à toi dans mon agonie, j'ai versé telles gouttes de ' sang pour toi... Les médecins ne te guériront pas Mais c'est
moi qui guéris et rends le corps immortel Ne t'inquiète
donc pas ^.
1. Op. cit., p. 15-16. Sur le calholicisme de B., cf. ég. F.Mauriac : Encore Baudelaire, dansla Revue des jeunes du25 mai 1919.