Le mystère de Jésus, p. 576-578. Ed. cilée
l'homme et la pensée 129
« Ne t'inquiète donc pas », et Baudelaire a prié : « L'homme qui fait sa prière, le soir, est un capitaine qui pose des sentinelles. 11 peut dormir \ »
C'est la seule note sereine que nous lisions dans les journaux intimes, à l'avant-derfiière page.
Il peut dormir : il peut mourir.
Le sens de la vie chrétienne, la raison du mal et de la souffrance, c'est le poète qui, à une heure d'inspiration durant laquelle il s'est élevé jusqu'aux mystiques sommets où resplendit l'esprit de Dieu ; c'est le poète qui l'a enfin trouvé, quand l'homme l'avait cherché vainement ;
Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance Comme un divin remède à nos impuretés Et comme la meilleure et la plus pure essence Qui prépare les forts aux saintes voluptés !
Je sais que vous gardez une place au Poète Dans les rangs bien heureux des saintes Légions, Et que vous l'invitez à l'éternelle fête Des Trônes, des Vertus, des Dominations.
Je sais que la douleur est la noblesse unique Où ne mordront jamais la terre et les enfers, Et qufil faut pour tresser ma couronne mystique Imposer tous les temps et tous les Univers.
Mais les bijoux perdus de l'antique Paimyre, Les métaux inconnus, les perles de la mer, Par votre main montés, ne pourraient pas suffire A ce beau diadème éblouissant et clair ;
Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs.
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs ^I