‹ Charles BaudelaireChapitre 80 sur 257 · et · texte numérisé non relu

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l'art et l'œuvre 143

succomber ' ; iv)us y succombons à notre tour, mais, encore une fois, en prenant la précaution de bien affirmer ce qu'il y a de personnel dans cette entreprise. Certes, on découvre des cycles dans les Fleurs du Mal : celui de l'art, ceux de la Vénus noire et de M"' Sabatier, — les deux cycles de l'amour, — celui du spleen. Mais ce sont les colonnes d'un temple inachevé que chercheraient vainement à reconstituer des archéologues trop consciencieux, trop « universitaires ».

Car un volume de vers ne se compose, ni comme un drame, ni comme une épopée. Il se compose au hasard de l'inspiration, au choc des expériences' personnelles, sans autre lien entre ses fragments que la personnalité de l'auteur. Si cette personnalité est une et forte, le recueil, naturellement, inconsciemment tout d'abord, prend lui-même une forte unité ; il s'en dégage une idée maîtresse, une impression d'ensemble. Baudelaire n'a pas cherché tout de suite à donner à son recueil un plan, une architecture. Plus tard seulement, au moment de son procès, quand il s'est agi pour lui de se défendre, il en a voulu définir la signification générale. Son volunle n'est donc pas cohérent, sa composition n'a point été préméditée : lors donc qu'il nous affirme l'avoir conçu délibéremment comme un tableau philosophique, théologique, du Mal, c'est une thèse à l'usage de son avocat. Il n'en

t. M. Ourousof dans son élude sur les textes des Fleurs du Mal, Le tombeau de Charles Baudelaire, Paris, 1896; M. Benedetio, dans son étude sur l'architecture des F. du M., Zeitschrift fur franz. Sprache und Lit., Chemnilz el Leipzig, vol. 39, 1912, p. 18 s.

reste pas moins que ce recueil a un sens et qu'il est parfaitement légitime de le chercher en s'appuyant sur la vie et la pensée du poète \

C'est pourquoi nous voyons dans les Fleurs du Mal la « Divine Comédie » de l'homme moderne.

J. En ce sens, nous nous écartons un peu, — pour nous placer entre deux tendances extrêmes, — de l'opinion exprimée par M. Mauclair dans son Charles Baudelaire, Paris, 1917, p. 63 s.

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