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CHAPITRE II LA VISION DE PARIS

Comme Dante, comme Milton, comme Victor Hugo, Baudelaire est un visionnaire. Mais sa vision reste toute personnelle. Ce qui la provoque, ce n'est point la théologie, la passion politique ou religieuse, la nature, l'histoire ; c'est la souffrance intime, c'est la méditation sur soi-même, c'est le spleen, c'est la fuite hors du monde. Vision, en ce sens, essentiellement romantique. Rêve — souvent cauchemar — d'un captif enchaîné dans le cachot de la vie.

On se souvient de la scène évoquée par le premier chant de l'Enfer : la forêt obscure où Dante rencontre le lion de l'orgueil et la panthère de la luxure, où il rencontre aussi Tombre de Virgile avec laquelle il va descendre jusqu'au neuvième cercle, celui des traîtres, celui de Dite, Satan. II existe une antichambre analogue à l'Enfer baudelairien : c'est Paris.

Baudelaire est le poète parisien par excellence. Nul, sauf Hugo, n'a donné de cette ville qui « exprime le monde ' »,une vision aussi puissante, vision qui part de la réalité pour aboutir au mirage, de l'homme pour aboutir au spectre.

Le poète a vécu intensément la vie parisienne dans ce qu'elle offrait alors d'artificiel et de malsain. Vie d'artiste, vie d'insurgé en 1848 ; vie de dandysme et d'élégance, mais encore vie de misère. Il en a épuisé, en imagination tout au moins, les plaisirs, jusqu'à cette lassitude qui dégénère en spleen, jusqu'à ce besoin de sensations nouvelles qui peut conduire au crime. Il en a des sommets roulé jusqu'aux bas-fonds.

Cette vision de Paris se trouve dans les poèmes en prose, auxquels il faut rendre leur titre primitif qui nous en donne déjà le sens : Le Sj^leen de Paris ^ Elle se trouve dans les Fleurs du Mal : Tableaux parisiens^ le Vin.

Et maintenant, suivons Baudelaire.

Une aube d'hiver, « L'aurore grelottante en robe rose et verte » se reflète dans la Seine. La ville commence à s'éveiller. On entend la diane chanter

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