‹ Charles BaudelaireChapitre 83 sur 257 · Le Crépuscule du Matin, CIII · texte numérisé non relu

Le Crépuscule du Matin, CIII

11 fait s'évaporer les soucis vers le ciel, Et remplir les cerveaux et les ruches de miel. C'est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles Et les rend gais et doux comme des jeunes filles, Et commande aux moissons de croître et de mûrir Dans le cœur immortel qui veut toujours fleurir 1 '■

Pourtant, ce paysage de banlieue est triste. On voit pendre aux masures

Les Persiennes, abris des secrètes luxures ^.

La ville, enveloppée de fumée noire et de brume grise, dresse comme des mâts ses tuyaux et ses clochers ; le bruit sourd des ateliers est la respiration de ce monstre \ ■

Les terrains vagues s'étendent. Parfois, dans la verdure, une petite maison blanche : le bosquet chétif cache une Pomone, une Vénus dont le plâtre s'écaille, et qui met en ce morne paysage un peu d'intimité '.

Souvent, il pleut, il bruine; alors, déjà, le paysage tourne à la vision :

0 fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue, Endormeuses saisons! Je vous aime et vous loue D'envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue, Où par les longues nuits la girouette s'enroue, ■■^on âme mieux qu'au temps du tiède renouveau Ouvrira largement ses ailes de corbeau ^.

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