‹ Charles BaudelaireChapitre 87 sur 257 · Les bons chiens, ibid., 221 s · texte numérisé non relu

Les bons chiens, ibid., 221 s

Je chante les chiens calamiteux, soit ceux qui errent, solitaires, dans les ravines sinueuses des immenses villes, soit ceux qui ont dit à l'homme abandonné, avec des yeux clignotants et spirituels :« Prends-moi avec toi, et de nos deux misères, nous ferons peut-être une espèce de bonheur. »

Presque tous ces thèmes, Baudelaire les a repris dans les Fleurs du Mal. Il les a repris, il les a transformés. En passant de la prose simple, claire, à peine rythmée, du Spleen de Paris, dans les vers puissants des Tableaux parisiens^ cette poésie des humbles se transfigure ; elle perd son réalisme, pour s'imprégner de lyrisme, pour s'élargir jusqu^à la vision ^ Les Petites Vieilles"-, par exemple :

Ah! que j'en ai suivi, de ces petites vieilles 1 Une, entre autres, à l'heure où le soleil tombant Ensanglante le ciel de blessures vermeilles, Pensive, s'asseyait à l'écart, sur un banc,

Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre, Dont les soldats parfois inondent nos jardins. Et qui, dans ces soirs d'or où l'on se sent revivre, Versent quelque héroïsme au cœur des citadins.

Ainsi,

Dans les plis sinueux des vieilles capitales

Où tout, même l'horreur, tourne aux enchantements,

les petites vieilles de Baudelaire deviennent des sortes de spectres, des larves qui rampent en frémissant au roulement des omnibus, de « pauvres

1. Sans perdre toutefois cette profonde émotion, si simplement exprimée, que le poète éprouve en face des désh6rités.Êt iles humbles. Cf. : Fleurs du Mal, C, l'admirable pièce :

L,i servante au grand cœur dont vous étiez jalouse...

Page 1