‹ Charles BaudelaireChapitre 91 sur 257 · Le Jeu, XCVI · texte numérisé non relu

Le Jeu, XCVI

l'art et l'œuvre 157

Elle danse aux sons des violons, aux flammes des bougies; et les danseurs s'arrêtent pour contempler avec effroi

Le sourire éternel de ses trente-deux dents.

Une odeur de pourriture emplit toute la salle ; alors il s'aperçoit que ces hommes, ces femmes qui tournent autour de lui, ce sont des cadavres. Le branle de la danse macabre les entraîne en des lieux inconnus. Ce n'est plus la Seine froide qui coule au pied des murs, mais le Gange brûlant et fiévreux. Le troupeau damné danse toujours, sans voir ce qu'il voit, lui, le voyant :

Dans un trou du plafond la trompette de PAnge Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir ^.

C'est la seconde vision qui sest levée devant lui, dans ce Paris sinistre et mystérieux. Il ^--^ s'échappe encore et court se réfugier dans un cabaret où, pour s'étourdir, il commence à boire. L'âme claire du vin se met à chanter pour lui dans les bouteilles, joyeuse, évoquant la vendange sur la colline qu'enflamme le soleil :

Car j'éprouve une joie immense quand je tombe

Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,

Et sa chaude poitrine est une douce tombe

Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux *.

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