Danse macabre. XGVII
2. L'âme du vin, CIV ; comp.au texte en prose des Paradis artificiels, éd. Grès, 1917, p. 279 s.
Nouvelle tentation à laquelle le poète succombe : échapper par Fivresse au monde réel, à l'enfer, aux remords. Il boit. D'abord, il se sent heureux comme le chiffonnier qui, rentrant saoul, heurtant les murs, se croit un empereur à la tête d'une armée victorieuse, sous un arc de triomphe '.
Le vin lui est plus doux que l'amour. Il lui ouvre le ciel ;
Aujourd'hui, l'espace est splendide!
Sans mors, sans éperons, sans bride, Partons à cheval sur le vin Pour un ciel féerique et divin ^ !
Mais peu à peu revient la tristesse. Il se lève en chancelant et va errer, comme le matin, dans la banlieue. Le clair de lune luit comme un linceul sur les gazons secs où s'accouplent les visières \ Des visions de crime l'obsèdent : il se figure qu'il est un assassin, qu'il vient de tuer sa femme parce qu'il l'aimait trop et ne pouvait supporter le spectacle de sa misère,- et qu'il se couche là, sur la route, en blasphémant.
Et je dormirai comme un chien 1 Le chariot aux lourdes roues Chargé de pierres et de boues, Le wagon enrayé peut bien
Ecraser ma tête coupable, Ou me couper par le milieu.
Je m'en moque comme de Dieu, Du Diable ou de la Sainte Table * I
1. Le vin des chiffonniers. GV ; comp. au texte en prose des Paradis artificiels, 282 s,