‹ Charles BaudelaireChapitre 93 sur 257 · Le vin de l'assassin, G VI · texte numérisé non relu

Le vin de l'assassin, G VI

l'art et l'œuvre 159

Au froid de la nuit, l'ivresse lentement se dissipe. Le poète, honteux, regagne sa mansarde. Il y rentre mécontent de tout et mécontent de lui-même, avec le sentiment qu'il a prostitué son génie. Il se hâte de souffler sa bougie afin de se cacher dans les ténèbres ^

Mais, dans son sommeil, une suprême vision s'ébauche, se précise et s'élargit à ses yeux, car « le sommeil est plein de miracles ^ ».

Une ville s'évoque, Paris qui devient Babel, Seine qui devient Nil. Plus de verdure, pas un être vivant : rien que du métal, du marbre et de l'eau. Un palais infini, avec des étangs entourés de colonnades.

Des nappes d'eau s'épanchaient, bleues, Entre des quais roses et verts, Pendant des millions de lieues, Vers les confins de l'univers...

Et des cataractes pesantes, Gomme des rideaux de cristal, Se suspendaient, éblouissantes, A des murailles de métal.

Au-dessus de la fabuleuse cité, ni ciel, ni soleil, y pas un astre. Silence d'éternité. Devant le porti- V que aux statues pareilles à des femmes tentatrices,

1. Comparer Spleen de Paris, A une heure du matin, -p. 36s., l Fleurs du Mal, l'Examen de Minuit, n» XIX du Supplément.

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