‹ Charles BaudelaireChapitre 97 sur 257 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,

De vers, de billets doux, de procès, de romances,

Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances.

Cache moins de secrets que mon triste cerveau.

C'est une pyramide, un immense caveau,

Qui contient plus de morts que la fosse commune.

— Je suis un cimetière abhorré de la lune

Où, comme des remords, se traînent de longs vers

Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.,.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées, Quand sous les lourds flocons des neigeuses années L'Ennui, fruit de la morne incuriosité, Prend les proportions de l'immortalité '.

Il se compare au roi d'un pays pluvieux,

Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,

que rien ne saurait égayer ni distraire ; dont rien ne saurait échauffer le corps hébété, le vivant cadavre ^

Son âme est une cloche fêlée ; ou plutôt un blessé pris sous un tas de morts.

Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts '.

Il gémit ;

0 douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie, Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur Du sang que nous perdons croît et se fortifie * !

Du fond du gouffre obscur où mon cœur est tombé,

C'est un univers morne à l'horizon plombé,

Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème ;

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