‹ Charles BaudelaireChapitre 98 sur 257 · L'Ennemi, X · texte numérisé non relu

L'Ennemi, X

. l'art et l'œuvre 1G5

et le poète envie le sommeil stupide des plus vils animaux,

Tant récheveau du temps lentement se dévide ^

Au fond de son caveau, le voilà condamné à peindre sur les ténèbres, et, « cuisinier aux appétits funèbres », à faire bouillir et à manger son propre cœur '\ Sur son crâne le ciel pèse comme un couvercle ; l'espérance, « battant les murs comme une chauve-souris », se cogne la tête à ce plafond pourri ; les raies de la pluie sont les barreaux de cette vaste prison ; tout un peuple muet d'araignées infâmes tendent leurs toiles dans son cerveau.

Des cloches tout à coup sautent avec furie Et lancent vers le ciel un affreux hurlement, Ainsi que des esprits errants et sans patrie Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir ^.

Un suprême désir Tétreint dans « cette oasis d'horreur en un désert d'ennui » : s'en aller 1 fuir, même au prix de la mort !

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau * I

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