‹ Charles Baudelaire, intime, le poete vierge. Déposition - documents - notes - anecdotes - correspondances - autographes et dessins - le cénacle - la finChapitre 6 sur 11 · C. "KérVon · texte numérisé non relu

C. "KérVon

De mention de pri?c, la mention annoncée « ci-dessous » , — point ; en revanche, après la signature, un dessin représentant un serpent contourné en forme de huit, aVec cette légende, proférée par la bête :

Nadar

Beaucoup d'art Peu de l' — .

Évidemment le post-scriphim s'aVérait bizarre, et d'un ton qui s'accordait mal aVec le texte du billet. En marquai-]e quelque étonnementà Baudelaire? Je ne me souviens pas. Quoi qu'il en soit, je recevais, un mois plus tard, cette lamentable lettre :

Paris. ;n mais 1860.

Monsieur, Je suis Vraiment bien sensible à la déli-

catesse de Vos procédés à mon égard.

D'après ce que j'apprends, moi, au contraire, j'ai dû Vous paraître bien indiscret, bien mal inspiré, en accompagnant d'une plaisanterie mes premiers rapports aVcc Vous', d'autant plus que, d'abord en raison de ma nature propre, en second lieu de la bien triste position que les événements m'ont faite, le deuil devrait être mon fait. Dans les circoiistances où Vous Vous trouVcz placé, je comprends toute l'inconvenance de ma manière et Vous en demande bien humblement pardon.

Quoique ne Vous connaissant que très superficiellement parce que je n'ai qu'un très petit nombre de relations et ne puis donner toute l'attention que je Voudrais au texte ou auîc dessins des feuilles auxquelles Vous aVez souvent prêté Votre talent, j'ai plu-

' Nadar avait coupé ce passage dans son manuscrit. Sa modestie n'étant plus, hélas! à ménager, il a paru préférable au correcteur de ces épreuves de rétablir le texte intégral.

sieurs fois entendu faire l'éloge de Votre caractère bon et loyal par des gens qui Vous ont fréquenté. C'est d'abord "H". Baudelaire qui tout dernièrement me rassurait sur la manière dont Vous aviez accueilli mon inopportune boutade ; puis, il Y a déjà quelque temps de cela, un de Vos élèVes en l'art auquel Vous aVez eu le bon esprit de donner la meilleure partie de Votre temps, je Veux dire la photographie, "H". Radoujc, dont j'ai été à même d'apprécier le mérite, la droiture et la bonté pendant les quelques instants qu'il a bien Voulu me donner.

Je ne Veujc accepter qu'une bien petite partie des compliments que Vous me faites sur rnes graVurcs de Paris ; mais je suis très flatté qu'elles Vous plaisent. Dans les bons jours en effet, quand le soleil luit, ou dans le calme du soir, à la lampe, l'esprit peut rêVer à l'aspect des lieux ou des monuments qu'elles reproduisent et les yeux trouvent quelque plaisir dans l'ejcamen des mêmes

détails que je me suis fait cas de conscience d'Y indiquer, surtout quand ces détails sont perçus par une loupe achromatique.

Il me reste à Vous répondre pour l'offre si obligeante que Vous me faites d'c^:écuter mon portrait ; mais je pense ne pas aVoir besoin d'insister beaucoup pour Vous faire comprendre que ce n'est pas chose à faire, pour beaucoup de raisons. — "VJous aVez obéi à un premier mouvement de générosité, de bienveillance sur lequel il Vaut mieujc revenir. D'abord la position dans laquelle je me trouve, qui peut être facilement comprise, est telle que je dois user d'une extrême circonspection envers les personnes qui ne craignent pas encore de se mettre en relation aVec moi; en dernier lieu mon masque, peu attrayant dans l'origine, a subi les influences désastreuses de tous les tiraillements que j'ai supportés, dans ces dernières années surtout. Il faudrait donc sans doute aVoir par trop recours à l'art qui, encore en pho-

tographic, par un habile emploi, peut corriger, arranger, pour faire d'après moi quelque chose qu'on pût montrer. Je pense que Vous partagerez ma manière de Voir ; je me contente donc de Vous remercier sincèrement de cet excès de bonté, me proposant, quoi qu'il en soit, d'aller Vous Voir dans quelques jours pour Vous exprimer de Vive Voix ma gratitude de Vos politesses pour moi dont j'apprécie à sa juste Valeur, soyez-en sûr, la générosité.

Je suis, >tonsieur Nadar, Votre très humble et très dévoué serviteur.

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