JOSÉPHIN SOULARY
3 1 , Grande rue des Gloriettes.
Lettre de M, Jules Barbey d' Aurevilly,
Vendredi, 14 mai i858.
Homme de peu de foi, pourquoi vous troublez-vous ?
Un titre !
Un songe... me devrais^je inquiéter d^un songe !
Et de quoi donc avez-vous peur et vous étonne!{'Vous , mon ami?... Vous savez mes opinions littéraires sur Edgar Poe. Vous avez mon article du Pays, et tel qu'il est, avec les réserves qui s'y trouvent sur la valeur absolue des œuvres du conteur américain, cet article ne vous a pas mécontenté.
Je ne me déjuge point littérairement.
Mon article du Réveil est la confirmation de mes opinions du Pays,
Voilà pour la littérature — le mérite intellectuel de l'homme que vous admirez.
Quant à mes opinions morales et non littéraires y vous savez ce que je suis, — le Réveil , qui vous déplaît , vous Ta assez dit et aussi tout ce que j'ai écrit depuis sept ans, — Du point de vue de cette moralité qui est pour moi le sommet du haut duquel il faut embrasser et juger la vie, j'ai regardé Poe.
Je Tai trouvé coupable et je l'ai dit.
Pouvez- vous, avec ce que je suis, vous étonner de cela ?
Bohême I il l'est. Ne l'ai- je pas dit d'ailleurs avec cette expression dans l'article même du Pays qui ne vous a pas contrarié ? Il est bohème, et de tous les littérateurs dignes de ce nom , il est le plus fort, le plus poète , le plus grand à sa manière , et voilà pourquoi à mes yeux il en est le roi.
Bohême / Si vous lisiez mes articles du Réveil^ qui ont une unité sous leur variété apparente, vous sauriez ce que je mets sous ce mot, — l'individualité, l'absence de principes sociaux, etc., etc., etc.
D'ailleurs, je n'emprunte pas plus ce terme au vocabulaire de Veuillot qu'au vôtre. C'est un mot frappé depuis longtemps et qui circule. JeTai pris, parce qu'il dit bien ce qu'il veut dire; vous vous en nomme:{ vous-mêmes, La SAINTE BOHÊME — , a dit votre ami M. Théodore de Banville.
Mon amij calmez-vous. L'article du Réveil n'est pas d'ailleurs fait de manière à diminuer l'importance de Poe et de votre publication. Au contraire.
Il ne vous lésera pas dans vos intérêts de traducteur. J'y montre même des entrailles pour votre homme de génie , tout en le condamnant , car vous savez si j'aime l'esprit.
N'est-ce pas pour cela que je vous aime?
Jules Barbey d'Aurevilly.
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Lettre de C. Meryon,
Paris, 23 février 1860.
Cher Monsieur,
Je vous envoie un cahier de mes vues de Paris. — Comme vous le pouvez voir , elles sont bien imprimées, sur chine collé sur papier vergé , par conséquent de bonne tenue. — C'est de ma part un faible moyen de reconnaître le dévouement dont vous avez fait preuve pour moi (*). Cependant , j'ose espérer qu'elles serviront parfois à fixer
(*) Charles Baudelaire s'était ardemment employé à faire acheter par le ministère des exemplaires des Vues de Paris de Meryon ; il y avait réussi.
Il s'était même proposé pour écrire une introduction au cahier de ces chefs-d'œuvre, sans acheteurs du vivant de l'artiste, et aujouf d'hui hors de prix.
 défaut de ce morceau , nous renvoyons aux articles de M. Philippe Burty ^ VŒuvre de Meryon, n" des 1" et i5 juin i863 de la Galette des ^eaux-o^rts.
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votre imagination curieuse des choses du passé. Moi-même qui les ai faites à une époque, il est vrai, où mon cœur naïf était encore pris de soudaines aspirations vers un bonheur auquel je croyais pouvoir prétendre, je revois quelques-unes de ces pièces avec un véritable plaisir. — Elles peuvent donc produire à peu près le même effet sur vous qui aimez aussi à rêver.
Je n*ai point encore terminé les notes que je vous ai promis de faire pour aider votre travail; en tout casj'^irai vous voir bientôt pour en causer encore.
Comme l'éditeur recule devant les démarches^ qu'il y aurait à faire, dit-il, pour le placement desdites pièces, il n'y a rien qui presse. Ainsi que cela ne vous inquiète point.
Adieu, Monsieur, j'espère qu'avant votre départ, je pourrai profiter du bienveillant accueil que je reçois de vous.
Je suis votre très-humble et très-dévoué serviteur.