CHAPITRE II AUTRE DÉBUT
Peut-être fut-ce un hasard si Charles Blanchard parvint à franchir cet hiver, ou peut-être, faut-il voir là un trait plus profond et porter un premier jugement sur cet enfant. On pourrait déjà dire qu'il eut en lui assez de ressources pour résister à neuf années de captivité. Où sont-ils les petits pauvres que nous avons connus ^ On nous a dit des uns qu'ils avaient une maladie de cœur et nous nous consolions à la pensée qu'ils n'auraient pas pu vivre s'ils avaient été riches. Il y en eut qui étaient poitrinaires. Ils toussaient déjà beaucoup quand ils étaient tout petits. Vous en savez qui, d'une méningite... Vos mères, alors, surveillaient vos lectures et vous disaient : Ferme ton livre, mon petit, tu vas te fatiguer la tête. Du reste, il s'agissait d'un enfant trop sérieux pour son âge. Les personnes qui le rencontraient parfois ne se souvenaient pas de l'avoir vu rire. Nous apprenons
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donc que le cœur de Charles Blanchard ne dépassait pas les dimensions normales et était placé au bon endroit, que cet enfant, comme tout le monde, ne toussait qu'à partir de l'automne, et que sa tête était solide et pouvait porter toutes les pensées qui se présentaient à elle. Ce sont des qualités qui mènent loin, elles firent que Charles Blanchard put atteindre au cours de l'année suivante, l'âge de dix ans.
A dix ans, l'on a plusieurs années de plus qu'à neuf ans. A dix ans on s'aperçoit soudain que l'on traîne derrière soi un grand nombre d'années pleines d'erreurs, pendant lesquelles une sorte de sottise ou de peur qui caractérise les ignorants nous empêchait de goûter à d'excellentes choses que nous eussions aimées. C'est pourquoi, plusieurs fois, au printemps, il arriva ceci : Charles Blanchard quittait sa chaise, il entr'ouvait d'abord la porte pour voir si la rue ne présentait aucun danger, puis, bravement, résolument, il se campait devant le seuil de sa maison. Les premiers temps, il ne se sentait pas chez lui, et dès qu'il entendait le bruit des pas d'un passant, il rentrait au plus vite. Mais le moment vint où il se sentit le courage d'affronter les passants, où il apprit qu'il n'avait rien à