PAROLES DE SOLANGE A CHARLES BLANCHARD
... Il comprenait bien vite qu'elles étaient habitées par un maître jaloux de son pouvoir qui, sur la chambre, appuyait le poids d'une pensée sombre qui ne le quittait pas. L'enfant se sentait obéir à tant de volonté. Il gagnait sa place, il allait à sa chaise sans tourner la tête, elle était bien éloignée, il avait un peu peur, il s'asseyait il n'osait plus remuer, de crainte que cela ne fût défendu.
Parfois, de ce cœur de sept ans, un sang tout jeune s'échappait avec une force qui semblait pouvoir abattre des murailles. Qu'allait faire Charles Blanchard ? Il était un guerrier il regardait d'abord autour de lui. L'ombre et le silence mêlés répandaient cette vie qu'ils répandent. On eût cru qu'il allait aussi sortir la sienne et les renvoyer dans leurs coins. Mais non. L'ombre et le silence sont
jaloux. Ils avançaient. Il sentait leur haleine tout d'abord. Puis cette humidité qu'ils contiennent lui tombait au creux des épaules, puis cette glace dont ils sont faits sur son cœur chaud appliquait une eau noire. Il avait son compte. Il en avait jusqu'au cou, il en avait plein la bouche, il les respirait, il les mangeait, il en formait sa substance, il devenait ombre et silence. Qui donc a dit que Charles Blanchard ira entendre les clochettes du kiosque de Monsieur Tardy qui tintent quand souffle un vent léger ?
Il la connut, cette maison. Il eût pu vous donner sur elle plus d'un détail, et sur le lit, et sur la table, et sur les chaises, et sur la huche, il eût conté plus d'une histoire amère car les meubles étaient comme lui soumis aux quatre murs. Il eût pu vous parler de celle que vous avez vue immobile à la place que le sort lui avait assignée, dont vous aviez à peine remarqué la présence, il eût pu vous parler de Solange Blanchard qui comptait un peu plus que les meubles.
Solange Blanchard était toujours assise. Elle se mettait sur sa chaise, elle posait ses deux coudes sur ses genoux. Elle se courbait, elle se repliait sur elle-même, elle rassemblait ses membres pour bien envelopper ce qu'elle possédait, pour que