‹ Charles Bonnet de Genève: philosophe et naturalisteChapitre 4 sur 7 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De toutes les vérités la plus évidente pour moi , c'est que j'existe. Je ne puis également affirmer qu'il existe hors de moi un univers, tel que je le conçois , mais au moins suis-je assuré de l'existence des idées que j'en ai moi-même et de Tordre dans lequel elles se présentent à mon esprit. Certaines choses existent différentes de moi, qui ont entre elles un ordre véritable , à savoir mes idées , soit qu'elles représentent un objet réel, soit qu'elles n'en représentent aucun. Mais tout ce qui existe a nécessairement une raison pour laquelle il existe ; rien n'échappe au principe de la raison suffisante. Le néant nie peut rien produire , de sorte que, si je conçois un temps où rien n'a existé , je ne pourrai désormais concevoir que quelque chose ait pu commencer d'être*

Il y a donc une raison suffisante de ma propre existence et de celle de l'univers, et non-seulement une raison pour laquelle je suis , mais pour laquelle je suis d'une telle manière plutôt que de toute autre. Cette raison est en moi ou hors de moi. Si elle est en moi, j'existe par la seule force de ma nature, et, si nia nature est d'exister, j'ai nécessairement toujours été , comme je ne puis cesser d'être. Si elle est hors de moi , je n'existe pas par la seule force de ma nature, j'ai commencé de même que je puis cesser d'être; la raison de mon existence a existé avant moi, puisque la cause est antérieure à l'effet. Un être qui existe par sa propre

nature , est nécessaire ; il ne peut pas ne pas être , ni être autrement qu'il n'est ; il ne peut changer de manière d'être, car sa manière d'être est aussi nécessaire que son existence ; il est essentiellement ce qu'il est ; son essence et son existence ne sont qu'une même chose. Au contraire, l'être qui existe, mais peut ne pas exister ou exister autrement qu'il n'est , est seulement « contingent » et non pas nécessaire ; or moi , qfti change à chaque instant de manière d'être , qui suis , mais pourrais ne pas être, qui, ayant commencé, puis cesser d'exister, je ne suis pas nécessaire , je n'existe pas par ma seule nature ; c'est hors de moi qu'est la raison de mon existence. J'appliquerais avec le même résultat le même raisonnement à l'univers, soit qu'il existe hors de moi , soit qu'il ne consiste que dans les idées que j'en conçois. Je vois en effet tous les êtres qui composent l'univers dans un continuel changement; ce sont des êtres coi|tjKqgents , dont l'essence n'est pas d'exister. Les êtres qui composent l'univers changeant sans cesse , l'univers tout entier change aussi ; le tout est encore contingent, comme les parties qui le composent. De quelque manière que je raisonne , j'arrive toujours à la même conclusion ; tous les êtres qui tombent sous mes sens sont composés; ils n'existent pas nécessairement tels qu'ils sont, puisqu'ils peuvent être décomposés. Mais au moins les éléments de ces composes sont peut-être nécessaires ? Non , car ils sont étendus , figurés ; leur figure , leur étendue pourraient être autres qu'elles ne sont. Les corps sont tantôt en repos , tantôt en mouvement ; ni le

repos, ni le mouvement ne leur sont essentiels. De la succession des êtres qui s'écoulent, résulte la même conséquence : une suite quelconque sans un premier terme est une contradiction; cette suite changeant continuellement ne peut exister par soi, et doit avoir hors d'elle la raison de son existence. De plus , quand bien même , embrassant l'univers entier, je verrais la raison ^pourquoi l'univers ne pouvait être autrement qu^i n'est, toujours est-il vrai que chacune des pièces qui le composent aurait pu en particulier être autrement. De l'existence du mouvement se déduit encore la nécessité d'un premier moteur, car le mouvement n'est pas essentiel à la matière, sans quoi le repos serait contradictoire à son essence. D'ailleurs il n'existe pas de mouvement en général; il* faut urie raison, pourquoi tel corps a telle vitesse et telle direction plutôt que toute autre , et, quand on admettrait la progression 4É}'infini des causes du mouvement, il y aurait moins une série de causes qu'une série d'effets , sans qu'aucun de ces effets eût une cause première. L'univers n'existe donc pas par sa propre nature ; il y a donc hors de lui une raison de son existence , comme hors de moi est la raison de la mienne. Cette cause de mon existence et de celle de l'univers existe par sa propre nature, c'est-àdire nécessairement ; car autrement elle dépendrait d'une autre cause, et nous retomberions alors dans l'absurde progression à l'infini des causes et des

effets. "" hl

Cette cause première «mon être et de tout ce qui existe, c'est Dieu, qui a donné aux hommes les

moyens naturels de connaître son existence , mais qui ne leur a pas permis de pénétrer sa nature intime. Cependant je conçois cette cause première comme toute-puissante ; quelle plus grande puissance en effet que celle de créer? Je la conçois comme intelligente, puisque l'univers est un système harmonique dont toutes les parties observent un ordre constant et obéissent à des lois immuables. Le créateur, le législateur du monde en est en même temps la providence , car c'est un Dieu bienfaisant qui a voulu le bonheur de ses créatures. Si les attributs d'un être nécessaire sont nécessaires aussi , ils ne sont pas susceptibles de changement ; ils ne peuvent ni diminuer ni croître ; la puissance, la sagesse, la bonté divines sont infinies ; Dieu s'est proposé dans la création de chaque être et de tous la meilleure fin possible , et a prédéterminé les meilleurs moyens pour arriver à cette fin. ^

Dieu se révèle . donc à nous confihe le créateur du monde. Les anciens philosophes, même les premiers pères, étaient anthropomorphites , matérialistes, panthéistes; ils n'avaient pas une juste idée de la création. Dieu a créé le monde, il ne Fa pas engendré ; un esprit n'engendre pas ; par un acte de sa volonté toute-puissante il a tiré le monde du néant ; il ne l'a pas créé éternellement ; c'est là une contradiction ; car « pour créer, il faut être ,' » et « pour être créé , il faut n'avoir pas été. »

Le monde , créé par Dieu , a commencé d'être ; peu importe à quel instant, pourvu que nous

soyons assurés qu'il a commencé , et que tout a été créé à la fois. Le récit de la Genèse nous montre le soleil créé quatre jours seulement après la terre ; Moïse n'était pas obligé de. parler le langage de Copernic, mais seulement Celui de l'apparence. Ce n'est pas en effet d'une création première qu'il nous, parle , mais d'une révolution , après laquelle quatre jours s'écoulèrent jusqu'à ce que le soleil, devînt visible de la terre** Dieu n'a révélé aux hommes, par la bouche de Moïse, que ce qu'il était nécessaire qu'ils sussent , pour les rappeler à lui ; il a laissé le reste à découvrir aux investigations de leur raison. L'univers n'est pas un assemblage d'êtres épar$ et créés successivement ; c'est un système dont toutes les parties ont entre elles des rapports étroits. D'abord l'unité de la cause première nous est révélée surtout par l'unitç de l'effet; ensuite une création successive serait indigne du Di^jque notre raison conçoit. Un être nécessaire ncrçfeut changer de manière d'être ; sa volonté est immuable. Dieu est ce qu'il est; un seul acte de sa volonté a créé l'univers ; c'est pourquoi le monde , qui est l'unique effet d'une volonté unique de Dieu , est lui - même un et complet dès le premier instant. Nous ne pouvons nous représenter le monde ne marchant « qu'au doigt et à l'œil, » et Dieu mettant sans cesse « la main à la machine. » Le monde, ainsi créé pièce à pièce, serait moins harmonique et même « moins organique » que l'animal dont toutes les parties se développent et apparaissent successivement , il est vrai, mais sont formées ensemble.

L'existence de Dieu étant nécessaire , et sa volonté immuable, Dieu ne crée qu'une fois, et, le monde créé, il le conserve seulement, en sorte que cette conservation soit, si l'on veut, une création continuée. Mais, parce que Dieu est l'intelligence parfaite, il ne fait rien sans une raison suffisante ; or il n'y aurait point de raison suffisante de la création du tout ni de ses parties , si chacune existait isolément, sans aucun rapport avec les autres. Le monde est harmonieux, parce que Dieu est sage ; et les rapports qui constituent l'harmoiîie du monde, et sont la raison suffisante de l'existence de chaque chose , dérivent de l'essence de cette chose , laquelle est conçue par Dieu , sans pouvoir être changée par lui. Dieu n'est pas seulement tout-puissant et souverainement intelligent ; il est encore souverainement bon ; or , dans les essences des choses que son intelligence conçoit, il trouve la raison suffisante de la création de chacune ; la raison suffisante de la création du tout, il ne la trouve que dans sa bonté. Dieu s'aime, et de son amour pour lui-même dérive son amour pou& nous; ses perfections adorables le sollicitaient à ne pas priver de l'existence et de la vie les corps et les esprits capables d'être et de sentir. Mais si la raison de l'existence de l'univers est dans la bonté du Créateur, non-seulement l'univers doit être, il doit être encore le meilleur possible. Ce n'est pas à dire qu'il y ait un nombre limité ou indéfini d'univers différents, aspirant tous à l'existence, parmi lesquels la volonté de Dieu , guidée par sa sagesse et sa bonté, a choisi le meilleur après délibération,

pour le faire parvenir à l'existence. Il n'y a qu'une intelligence bornée qui délibère; il n'y a qu'une volonté imparfaite qui choisisse. Si plusieurs univers sont possibles , parce qu'ils ne sont pas contradictoires , un seul est possible relativement aux perfections de Dieu, c'est l'univers actuel. L'entendement divin n'a pas vu tous ces univers prétendre à l'existence , il a vu le bien ; la sagesse de Dieu n'a pas délibéré ; sa volonté n'a pas choisi ; elle a , sans hésiter, .ordonné d'un seul mot que l'univers fût ; sa liberté sans limite a exécuté cet ordre , et le monde a, été. Avec l'existence , le monde a reçu toute la perfection qu'il pouvait recevoir d'une cause infiniment parfaite ; ne disons donc pas qu'il est le meilleur, disons qu'il est bon, car il ne pouvait y en avoir d'autre. Chaque chose est telle qu'elle devait être et où elle devait être ; tout est bien, rien ne pouvait être autrement.

L'univers est harmonieux , l'univers est bon ; mais en quoi consistent cette harmonie et cette bonté? L'univers est harmonieux parce que tous les êtres qui le composent ont des rapports immuables les uns avec les autres, parce qu'ils forment un système hiérarchique, une chaîne continue dont tous les anneaux sont étroitement unis. Que nous observions le règne de la Nature ou celui de la Grâce , le monde des corps ou celui des esprits, la loi de continuité est la loi de la création. Tout est bieij dans l'univers , parce que le but en vue duquel il a été créé est le bonheur de chaque être, parce que tout conspire à cette fin, parce que le mal ne s'y rencontre qu'autant qu'il dérive né-

cessairement de l'essence immuable des choses et qu'il est la cause ou la conséquence d'un plus grand bien.

La contemplation de l'univers physique et moral confirme ces vérités que la raison déduit des perfections du Créateur, et résout toutes les objections que l'impie prétend tirer contre la providence de Dieu de quelques désordres apparents et de la présence de quelques maux dans le monde.

« La nature ne va point par sauts ; » telle est la première conséquence que tire Leibnitz de ce principe' fécond que « tout a sa raison suffisante ou sa cause prochaine et immédiate. » Cette maxime conduisit ce philosophe à imaginer qu'il y a une gradation insensible entre toutes les espèces d'êtres organisés, à deviner parfois la marche de la nature, à prédire enfin des découvertes qu'il était réservé de faire au siècle suivant. Mais la raison n'a plus de frein , quand elle ne sait pas se tenir dans la limite des faits. Aussi voyons-nous Bourguet, l'ami de Leibnitz et le partisan de ses doctrines, vouloir trouver à toute force dans les cristaux la transition nécessaire des minéraux aux végétaux ; Tournefort, faire végéter les pierres, et Maupertuis, parce qu'il ne voyait pas toujours de transition satisfaisante d'une espèce à l'autre , supposer la desWfction des espèces intermédiaires par une comète. Mieux vaut avouer notre ignorance , que d'imaginer gratuitement de telles hypothèses. S'il y a des lacunes dans nos connaissances, il n'en est pas moins certain qu'il ne saurait y en avoir dans la nature.

Tous les êtres que nous connaissons peuvent se ranger en quatre classes : 1 ° les êtres bruts ou inorganisés ; 2° les êtres organisés, mais inanimés ; 3° les êtres organisés et animés; 4° les êtres organisés, animés et raisonnables. Chaque être, ayant une fin particulière et les qualités nécessaires pour l'atteindre , est parfait , considéré en lui-même ; mais la fin de tous les êtres et par conséquent leurs qualités n'étant pas les mêmes , la perfection relative de chacun est différente. La matière brute, parfaite en elle-même, est moins parfaite relativement que les corps organisés ; ceux-ci, en supposant qu'ils soient bornés à la vie végétative , sont inférieurs aux animaux, qui sont capables de sentir; et ces derniers, à l'homme raisonnable. Nous ne connaissons pas d'autres êtres que ceux-là; mais rien ne nous empêche de concevoir dans quelqu'un de ces mondes qui font avec le nôtre partie de l'univers, et des êtres plus parfaits encore que l'homme, et des corps plus imparfaits que les molécules de la matière brute ; de même, entre le plus haut et le plus bas degré de cette perfection relative, il y a nécessairement un nombre presque infini de degrés intermédiaires, dont la suite compose la chaîne universelle de tous les êtres créés. Dieu seul est en dehors de cette chaîne , parce que c'est lui qui l'a faite ; et bien que nous n'en apercevions que quelques anneaux, ceux-là du moins sont assez étroitement unis pour nous assurer que cette chaîne s'enfonce dans les profondeurs de la terre et des mers, s'élève dans les airs , et remonte enfin sans interruption de la molécule inorganisée jusqu'à la

plus parfaite des créatures angéliques. Nous distinguons les classes, les genres et les espèces; mais ces distinctions nominales ne tranchent point la continuité de la nature ; il n'y en a pas moins sans aucun doute des productions mitoyennes qui unissent un genre à l'autre. Qui sait même si, pour une intelligence supérieure , il n'y a pas autant de degrés à l'échelle des êtres , que le monde renferme d'individus.

Les éléments de la matière, dont nous ignorons le nombre et la nature , forment d'abord par leur agrégation les corps bruts , fluides ou solides , réguliers et irréguliers. Quelques pierres feuilletées et fibreuses semblent seules établir le passage de la matière brute aux corps organisés ; mais cette transition est tellement défectueuse qu'il semble y avoir ici un abîme. Toutefois cette lacune disparaîtrait sûrement si nos connaissances étaient plus précises et plus étendues; car s'il n'y a point de sauts dans la nature, il y a encore moins de « cataractes. » Nous distinguons les corps organisés en deux classes, les végétaux et les animaux; or, autant l'abîme paraît difficile à combler entre le minéral et le végétal, autant au contraire il est malaisé d'établir une distinction réelle entre le végétal et l'animal. Bien mieux, entre deux espèces d'animaux nous trouvons Souvent des individus qui portent aussi bien les caractères de l'une que de l'autre , et ne sauraient entrer exactement dans aucune des catégories de nos classifications imparfaites. Des reptiles aux poissons , de ceux-ci aux oiseaux , des uns et des autres aux quadrupèdes , des animaux en gé-

néral à riiomme , la transition est si bien ménagée qu'il est plus difficile de distinguer tous ces êtres que de les confondre.

Dirons-nous comme un ancien que la plante est « un animal enraciné , » nous définirons peut-être à son tour l'animal « une plante vagabonde, » tant la distinction est subtile entre les deux règnes. La plante vient d'une graine ou d'un bourgeon , l'animal, d'un œuf ou d'un fœtus ; la plante pousse des rejetons, le polype fait de même; elle se greffe, et le polype aussi ; la poussière des étamines féconde la graine dans le pistil, et la liqueur du mâle, l'œuf dans l'ovaire ; les végétaux ont leurs hermaphrodites, et les animaux, leurs androgynes. La plante, comme l'animal croit et se nourrit par l'assimilation des parties étrangères, elle vieillit et meurt comme lui. La sève est le sang de la plante, les trachées sont ses veines et ses artères, le bois, son système osseux ; les herbes sont les insectes du règne végétal; le bouton est la chrysalide de la fleur, et la chrysalide, le bouton du papillon. L'huître n'est pas moins que la plante condamnée à un repos absolu. Refuserons-nous enfin au végétal la faculté de sentir, parce que nous ne lui connaissons point de nerfs? Mais le polype, qui se contracte au toucher, ne nous donne-t-il pas une preuve suffisante de sensibilité, bien qu'il n'y ait en lui aucune trace d'un système nerveux? Les plantes n'ont-elles pas des mouvements analogues ? La sensitive se dilate et se contracte, les feuilles se retournent, les branches cherchent l'air et le soleil , la radicule s'enfonce dans la terre, la plumule s'élève vers le ciel,

et nous affirmerions en présence de faits semblables que les plantes sont insensibles ! « En privant les plantes dy sentiment, nous faisons faire un saut à la nature, sans en assigner de raison ; nous voyons le sentiment décroître par degrés de l'homme à F ortie ou à la moule, et nous nous persuadons qu'il s'arrête la, en regardant ces derniers animaux, comme les moins parfaits. » On a expliqué par la la seule* mécanique tous les mouvements des animaux , en sommes-nous moins persuadés qu'ils ne sont pas des machines? De même, parce qu'on expliquera mécaniquement les mou vements des plantes , il n'en faudra pas conclure qu elles sont insensibles. Pour décider la question il faudrait savoir précisément à quel degré d'organisation la matière cesse de pouvoir être unie à une âme. Le plaisir qu'il y a à multiplier les êtres sentants, et la beauté qu'une semblable philosophie paraît ajouter au système du monde doivent contribuer à nous la faire admettre. « J'avouerai . donc volontiers que cette philosophie est fort de mon goût. J'aime à me persuader que ces fleurs qui parent nos campagnes et nos jardins d'un éclat toujours nouveau, ces arbres fruitiers dont les fruits affectent si agréablement nos yeux et notre palais , ces arbres majestueux qui composent ces vastes forêts que les temps semblent avoir respectées sont autant d'êtres sentants qui goûtent à leur manière les douceurs de l'existence. » Le vulgaire rira du philosophe qui a de la peine à distinguer un chat d'un rosier, et ^cependant réduisez l'un et l'autre aux caractères généraux d'animal et de végétal et

vous ne trouverez plus en eux aucun signe distinctif.

S'il n'eût pas craint de passer pour rpmancier, Bonnet eût « volontiers ennobli » le règne minéral lui-même; mais on aurait pu dire de lui ce qu'il disait d'un naturaliste, nommé Robinet, qui répandait l'animalité partout, qu'il était attaqué de zoomanie.

Parce que les plantes seront sensibles*, parce qu'elles auront peut-être une âme spirituelle, la loi "de continuité n'en sera pas moins bien observée par . la nature. Car si d'abord l'organisation des animaux est plus parfaite que celle des végétaux, la perfection spirituelle qu'il faut considérer ensuite est plus grande encore chez les uns que chez les autres ; et de la réunion de la vie organique et delà vie s ensuive résulte la perfection mixte, suivant laquelle les êtres de la nature ne sont pas moins bien ordonnés. Comme il est possible que, les âmes de tous les hommes étant semblables, il n'y ait de diversité entre les individus qu'en conséquence de la différence de leurs organes, il est possible aussi que toutes les âmes des hommes, des animaux et des végétaux soient semblables, et que du nombre et de la perfection des organes auxquels chacune est unie, résultent la diversité et la hiérarchie des individus et des espèces. Ainsi les animaux qui se rapprochent de la plante par le petit nombre et l'imperfection de leurs sens et ceux qui se rapprochent de l'homme par les apparences de la raison, toe doivent la place humble ou élevée qu'ils occupent dans le -système qu'à la perfection de la ma-

chine organique à laquelle leur âme est attachée. Quoi qu'il en soit, l'instinct et l'industrie varient dans les espèces en proportion de la subtilité des organes. .

Il ne faut pas s'imaginer que toutes les actions des animaux les plus industrieux doivent être rapportées à une âme intelligente et raisonnable,, parce qu'elles ne sont pas purement mécaniques; on donnerait alors plus de génie aux insectes qu'à l'homme. Si l'ouvrage des abeilles est géométrique; le géomètre n'est point l'insecte lui-même, mais l'auteur de l'insecte. Voici comment on pourrait expliquer cette merveilleuse industrie de quelques espèces, sans prêter aussi libéralement aux animaux notre manière de raisonner. La doctrine des idées innées, fausse pour l'homme, peut être applicable aux brutes ; leurs coups d'essai sont des coups de maître ; pourquoi donc le castor n'apporterait-il f pas en naissant les idées de digue et de cabane , l'abeille , celles de miel et de gâteau ; et , comme les idées résultent du jeu des fibres, pourquoi plutôt le cerveau de ces animaux ne contiendrait-il pas des « fibres innées » propres à exciter dans leur esprit toutes les idées des travaux qu'ils doivent accomplir? Pourquoi leurs organes extétérieurs ne seraient-ils pas construits d'après des rapports déterminés avec ces idées ou ces fibres, en sorte que celles-ci seraient une sorte de système représentatif siégeant dans le cerveau, ceux-là, un système exécutif siégeant dans les membres? Les idées de fin et de moyens sont trop réfléchies pour

l'animal ; aussi ne dirons-nous pas que l'araignée

tend une toile pour prendre des mouches, mais que l'araignée prend des mouches, parce qu'elle tend une toile, et qu'elle tend une toile, parce qu'elle éprouve le besoin de filer. Le but ne sera pas moins évident, mais c'est l'auteur de l'animal et non l'animal lui-même qui se le sera proposé.

Ainsi la perfection totale des êtres s'accroîtra en proportion du nombre et de la perfection de leurs organes ; donnez à l'animal le plus parfait la puissance de généraliser ses idées en lui donnant la parole, et vous en faites un homme.

Tel est Tordre admirable de la nature que, de quelque côté que vous considériez un individu, que vous observiez ses organes ou ses actions, vous le placerez toujours au même rang dans le système universel, parce que, les corps étant faits pour les âmes, la perfection spirituelle dépend de la perfection organique. Mais pourquoi cette hiérarchie merveilleuse ne se continuerait-elle pas dans les* autres mondes ? Pourquoi n'auraient-ils pas leurs habitants comme le notre? Pourquoi les mondes ne seraient-ils pas ordonnés eux-mêmes comme leurs habitants? Enfin, pourquoi cette échelle hiérarchique se terminerait-elle au plus élevé des mondes matériels, au lieu de remonter des Anges aux Archanges, des Séraphins aux Chérubins, des Trônes et des Dominations, jusqu'à la plus parfaite des créatures? 11 est digne de Dieu que l'univers soit partout habité ; Fontenelle donne des habitants aux planètes, il en refuse au soleil ; le grand Huyghens suppose à son tour, et avec raisou, que cet astre a les siens dont nous ne pouvons

deviner la nature. « Les mondes sont ma passion, je m'y promène souvent en idée. Je condamnerais volontiers les détracteurs de cette belle philosophie à ne mettre jamais le pied daîhs ces mondes. Voyez, je vous prie, comme ils appetissent la création. Pour moi, je vois partout des mondes, et, dans ces mondes, des myriades de créatures vivantes qui célèbrent à leur manière les libéralités ineffables du bienfaiteur de l'univers. J'entends ce concert de louanges se répéter dans toutes les sphères célestes, et j'ose mêler mes .faibles accents à cette musique majestueuse. Enfin où ne vois-je point des mondes? J'en découvre jusque dans une goutte de liqueur, et mon imagination est également confondue par l'infiniment petit et par l'infini ment grand. »

Le principe de la raison suffisante est fécond en conséquences importantes. La loi de continuité ne veut pas seulement que la nature n'agisse point par sauts dans la création des espèces , mais encore que, dans l'existence successive des individus, Pé-» tat actuel de chacun ait sa raison suffisante dans l'état immédiatement antérieur. C'est là encore une de ces vérités que la puissante raison de Leibnitz devinait sans pouvoir toutefois la confirmer par l'observation ; les expériences de Swammerdam, Malpighi et Leuwenhoëck n'avaient pas été corrigées et complétées par les belles découvertes de Haller. « Les âmes, et généralement les substances simples, ne sauraient commencer que par création, ni finir que par annihilation; » ainsi s 1 exprimait Leibnitz; et comme, là où il n'y a encore rien d'organisé, les lois du mécanisme toutes seules ne

sauraient former un animal, il ajoutait qua la formation des corps organisés n'est explicable qu'à la condition de supposer une préformation déjà organique, en sorte quêta génération apparente d'un animal ne soit autre chose qu'une transformation et un développement ; et, comme il en est nécessairement de même de la mort et de l'annihilation que de la naissance et de la création, il faut dire aussi que la mort apparente n'est qu'une diminution et un enveloppement. Mais l'auteur de la Mo* nadologie et de l'Harmonie préétablie ne pouvait pas supposer un seul instant qu'un corps organisé existât sans une âme qui constitue son individua- . lité, non plus qu'une âme ou une monade dominante sans un corps organisé, dans lequel elle trouve la raison suffisante de ses perceptions. Les âmes de tous les hommes doivent donc avoir été unies aux germes ou préformations organiques de leurs corps depuis le commencement du monde ; et comme il est impossible de concevoir que les âmes de ces germes fussent déjà raisonnables, il faut imaginer que jusqu'à la naissance elles ne sont que purement sensitives, et qu'elles sont élevées alors à la dignité d'âmes raisonnables par un moyen naturel, ce qu'il est difficile de comprendre, ou par une espèce de transcréation. D'une autre part, comme les hommes et les animaux semblent être engendrés les uns par les autres, il faut imaginer encore que les germes organiques et les âmes qui les dominent sont enveloppés indéfiniment les uns dans les autres, et ont ainsi existé de tout temps dans les ancêtres.

C'est cette hypothèse que Bonnet s'efforce d'expliquer, de corriger et de démontrer, en l'éclairant d'une lumière abondante que fournissent la raison et des expériences multipliées.

Longtemps , et cette erreur subsiste encore au jqpii* siècle , les philosophes et les naturalistes admirent ce qu'on appelle les générations équivoques, disant, par exemple, comme les anciens, que du cadavre d'un animal naissent des vers. Quelques modernes, peu satisfaits d'un sentiment aussi obscur, imaginèrent une certaine âme végétative, une vertu ou nature plastique, dont les fonctions étaient de former les corps organisés avec la matière brute. L'existence d'âmes semblables que l'on multipliait à plaisir était si commode, que Kepler lui-même en donnait une aux astres pour les guider dans l'espace, • jusqu'à ce que Newton la remplaçât, par la force attractive. De quelque manière qu'on explique la formation des corps organisés, du moment que Ton admet qu'ils naissent par une génération véritable et une formation successive de leurs parties, on professe une doctrine qu'il est permis d'appeler épigénèse, et qui, outre qu'elle viole le grand principe de la raison suffisante, n'est qu'une hypothèse contredite par les faits. Buffon, par exemple, ayant découvert de petits corps de diverses formes dans les semences des animaux mâles et femelles et dans les infusions des plantes , imagine en vain , sans être contraint par la raison, que dans toute la nature sont répandues des molécules organiques, vivantes, primitives,. incorruptibles, qui, parleur réunion , produisent les végétaux et les animaux ;

il ne parvient pas, malgré ses efforts, à expliquer par les seules lois de la mécanique la génération des êtres. Il suppose inutilement que le surplus de ces molécules qui, ne servant pas à la nutrition de l'individu, émanent de toutes les parties de son corps, s'accumule, comme dans un réservoir, dans les qfganes de la génération , s'y façonne , comme dans un moule , et concourt à former, avec les molécules fournies par un individu de l'autre sexe, un fœtus semblable à. l'espèce dans une matrice convenable; sinon, ces molécules superflues compo^ sent par leur agrégation les vers du corps humain ou les animalcules spermatiques. Expliquer ainsi la génération des animaux, c'est trahir l'impuissance de l'épigénèse.

Supposer que la matière brute puisse, sans un premier principe d'organisation , former un animal ou un végétal, c'est faire faire à la nature un saut dont nous ne connaissons pas d'exemple. Tout en admettant cependant qu'il ne nous est pas permis de déterminer ce que Dieu a pu ou n'a pas pu faire dans la formation des êtres organisés , si , de deux hypothèses , l'une est conforme aux faits et à la raison, l'autre incompréhensible, la bonne logique veut que nous rejetions celle-ci. Or, si l'épigénèse n'est pas absolument impossible , il est une autre hypothèse qui satisfait la raison , et que les faits confirment : l'évolution des germes préexistants.

Essayons de construire cette hypothèse, conséquente avec elle-même et conforme aux principes de la raison ; nous appellerons ensuite l'observation à notre aide pour en démontrer la vérité. Le

monde une fois créé , rien ne naît , tout se développe. Les germes de tous les êtres préorganisés préexistent à leur apparition , ainsi que lame de chacun , ou le principe qui l'anime ; les corps et les âmes sont aussi vieux que le monde. Ces germes ^'existent pas dès le commencement, tels que nous voyons aujourd'hui les corps; mais, dès qu'ils sont placés dans des conditions favorables, ils croissent, et les parties qui les composent deviennent successivement visibles , bien que toutes existent simultanément; ces germes sont incornjptibles, c'està-dire qu'ils ne peuvent être détruits par l'action des causes secondes. De deux choses Tune : ou les germes impérissables sont disséminés par toute la nature, en sorte qu'ils ne se développent que lorsqu'ils rencontrent une matrice convenable , et en-? trent jusque-là dans la composition de tous les corps; ou ils sont emboîtés les uns dans les autres, les générations futures , dans les générations présentes, et celles-ci, dans les générations passées jusqu'aux premiers individus de l'espèce, et non pas indéfiniment comme le veut Leibnitz, ce qui est contradictoire. L'imagination est également accablée dans ces deux hypothèses, dans l'une par la prodigalité avec laquelle la nature a semé partout les germes des êtres organisés , dans l'autre par l'excessive petitesse des germes des générations futures enveloppés dans ceux des générations présentes depuis la création. Mais, ce que l'imagination ne peut se représenter, la raison le conçoit avec la plus grande facilité ; elle se pose même une nouvelle question : que l'on admette la dissémination

ou l'emboîtement des germes, le germe qui se développe est-il fourni par le mâle ou par la femelle ? Est-il contenu dans la poussière des étamines et dans la liqueur séminale, ou dans la graine du pistil et dans l'œuf de la femelle ? Si Ton ne consulte en aucune façon les faits, la raison ne saurait se décîp der; car le développement des germes se conçoit également bien dans l'un et l'autre cas. Dans le premier, le germe, fourni par le mâle, serait nourri par la femelle; dans le second, au contraire* le germe, fourni par la femelle, serait fécondé par le mâle. Jusqu'en Tannée 1752, Bonnet dut s'en tenir à de semblables hypothèses, n'osant aller au delà des faits. Mais alors les découvertes de Haller vinrent corriger et compléter les observations défectueuses de ses devanciers, et confirmer aux yeux de Bonnet les déductions de la raison ; si bien que Haller lui-même, jusque-là défenseur de l'épigénèse, devint le plus zélé partisan de l'évolution des germes. 11 découvrit que le poulet existe dans l'œuf avant la fécondation de celui-ci par le mâle. Or, ne s'ensuit-il pas rigoureusement de cette découverte que le germe préexiste dans la femelle à la fécondation , qu* vue peut se développer que par le secours de la liqueur fécondante du mâle; que, comme il ne peut croître que par l'assimilation de parties étrangères ou par nutrition , cette liqueur doit servir au germe de première nourriture; que, comme la nutrition suppose la circulation du sang, celle-ci le battement du cœur, la liqueur du mâle doit être encore un stimulant qui donne à ce vaisseau la première impulsion ; que toutes les parties,

essentielles de l'animal coexistent de tout temps dans le germe, puisqu'elles se supposent Tune l'autre; enfin, que, s'il y a succession dans l'apparition de ces différentes parties , il y a simultanéité dans leur formation? Il en est, en un mot, de Ta* nimal et du germe comme du papillon et de la chenille : le papillon paraît devenir tel , tandis qu'en réalité celui qui sait observer verra le papillon tout formé déjà dans la chenille ; de même encore les fleurs sont déjà dessinées dans le bouton , et l'arbre, dans la graine ; la métamorphose n'est qu'apparente.

Après une semblable découverte , ce qui n'était tout à l'heure qu'une hypothèse acquiert une bien grande probabilité. Toutefois, quelques difficultés subsistent qu'il est nécessaire d'expliquer. Si les germes des hommes , des animaux et des végétaux existent depuis la création , ainsi que les âmes qui les animent, celles-ci n'étaient pas plus que les corps , avant leur naissance apparente , telles qu'elles sont aujourd'hui. L'âme humaine, par exemple , ne peut avoir existé dès le commencement à l'état d'âme raisonnable ; la raison n'a dû apparaître en elle que quelque temjfe après sa naissance. Mais n'y a-t-il aucun moyen naturel d'expliquer cette apparition de la raison? Est-il nécessaire de recourir , comme le fait Leibnitz , à une sorte de transcréation qui élève tout d'un coup Fâme sensible à l'état d'âme raisonnable ? S'il en était ainsi, il y aurait un saut dans la nature, ce qui serait une violation des principes établis. Rien n'est plus simple au contraire que d'expliquer com-

ment l'âme sensible devient raisonnable, si Ton se rappelle ce que nous avons déjà répété souvent, que , le corps réduisant lame en acte et la mettant en valeur , la perfection de celle-ci croît en raison du nombre et de la subtilité de ses organes. Il est alors facile de comprendre que, les organes devenant plus parfaits à mesure que le germe se développe, lame humaine d'abord végétative ou sensitive devienne tout naturellement raisonnable. On conçoit très-bien encore que l'enfant, dont le germe est fourni par la mère, puisse ressembler aussi à son père, quand on sait quelle influence la nourriture première peut exercer sur le germe , quand on voit, par exemple, les abeilles qui ont perdu leur reine, faire éclore une reine nouvelle d'un œuf de neutre, en le logeant dans une cellule royale et lui -procurant une nourriture plus abondante et plus choisie. On comprend de même comment un mulet peut naître, qui tienne à la fois de son père et de sa mère , comment une infinité de causes extérieures peuvent agir sur les germes et produire des monstres., sans qu'il soit nécessaire de recourir à des germes de mulets ou de monstres préexistant dans la feritelle et se présentant avec une merveilleuse précision à la fécondation d'un individu étranger ou monstrueux.

Mais les difficultés les plus grandes naissent de certaines reproductions organiques dont plusieurs espèces offrent de surprenants exemples. Comment expliquer avec là théorie de l'évolution des germes les faits suivants? Lorsqu'on divise^ en deux^parties le corps de quelques animaux, chaque

partie continue d'exister aussi bien que le tout; bien mieux , chaque partie devient un individu complet; la tête d'un ver séparée de la queue, repousse une nouvelle queue , et la queue , séparée de la tête, une tête nouvelle. C'est que toutes les parties de ces animaux étant similaires, chacune renferme tous les organes nécessaires à la vie ; des germes sont répandus par tout le corps de ces animaux qui sont , pour ainsi dire , tout ovaires ; ces germes sont rangés à la file, de sorte que la section fournit au germe qu'elle met à découvert les circonstances favorables à son développement; de cette façon, le dernier germe de la partie antérieure du ver se développant complète l'ancien animal, et le premier germe de la partie postérieure forme un animal nouveau avec la queue de l'ancien. La preuve qu'il en est ainsi, c'est que l'observateur découvre à la partie blessée un petit, bouton qui renferme déjà tous les organes de la partie retranchée. Jusqu'à- ce que ces nouveaux organes soient capables de remplir les fonctions des anciens , il faut attribuer la continuation de la vie à la seule irritabilité. Ainsi aucune partie de l'animal ne se formera , mais , de même que l'animal tout entier , ne fera que se développer. Si une seule fibre pouvait être véritablement engendrée, 4 n'y aurait aucune raison de nier la génération d'un animal complet. Maintenant, ces germes, qui servent à la propagation de l'espèce et d'où proviennent des individus nouveaux, sont-ils aussi ceux qui servent à la reproduction des parties mutilées 4'un même individu ? On peut également admettre

ou qu'ils ne diffèrent que par la place qu'ils occupent , ou qu'ils diffèrent aussi de nature , et que les uns renferment l'animal tout entier en raccourci, les autres, quelques parties seulement de l'animal. Dans le second cas, il faudrait les concevoir rangés dans les vers selon deux files parallèles, Tune formée de germes de queues, l'autre de germes de têtes, ordonnés de façon. qu'ils renferment un plus petit nombre de parties du tout à mesure qu'ils s'éloignent, ceux-là de la tête , ceux-ci de la queue. On concevra ainsi comment la salamandre aquatique ne reproduit que le nombre précis des doigts ou des articulations qu'on a retranchés de sa patte. Ce n'est pas tout ; dans quelques espèces , un même individu, une première, une seconde fois mutilé , ne cesse -pas de se compléter et de reproduire les parties qu'on lui enlève; il est permis de conclure de ce fait qu'il en est de ces germes, qu'on peut appeler réparateurs , comme de ceux qui servent à la propagation de l'espèce, qu'ils^ sont emboîtés les uns dans les autres. La multiplicité de ces germes ainsi emboîtés atteste la sagesse et -la bonté de la Providence qui a mis une source inépuisable de réparation dans les membres les plus fragiles de certains animaux.

Ce n'est pas seulemeqt dans le règne animal, c'est encore dans le règne végétal que la propagation de l'espèce et la réparation des individus s'opérera par le développement d'un germe. Lorsqu'on étête un arbre, de même que lorsqu'on décapite un ver, le tronc du végétal ne continue pas à pousser , non plus que celui de l'animal ; mais

une tête nouvelle sort d'un bouton et se greffe sur Tanimal et sur ta plante. Les plus merveilleux exemples de reproductions organiques nous sont offerts par les polypes. Quelles que soient la multiplicité et la petitesse des fragments d'un polype coupé, haché même, chaque portion de Tanimal devient en peu de temps un animal complet. C'est que chaque partie de cet animal étant absolument * semblable aux autres, renferme des germes réparateurs. De même, si le polype, retourné comme un gant, continue de vivre, o'est encore parce que chacune de ses parties est propre à remplir toutes les fonctions: De même encore des germes sortent de toutes les parties de son corps et , se développant et naissant les uns des autres comme les branches du tronc , forment une famille tout entière, entée sur un seul individu, un véritable arbre généalogique qui fournit la meilleure preuve de l'emboîtement des germes dans les deux règnes de la nature organisée.

Si l'on est quelquefois tenté d'admettre l'hypothèse cartésienne, que les animaux sont des machines dont Dieu est V auteur, c'est lorsqu'il faut expliquer les phénomènes qui s'accomplissent dans cette espèce d'animaux inférieurs. Mais il deviendrait plus difficile alors d'expliquer ceux des grands animaux que nous jugeons posséder une âme , parce qu'ils sont faits comme nous-mêmes; il faut donc en accorder une aux polypes. Or, c'est de là que naissent les difficultés véritables dont l'hypothèse cartésienne nous débarrasserait tout d'un coup. Les polypes, les vers ont une âme; si nous plaçons

ordinairement l'âme dans le cerveau , nous placerons aussi lame de ces animaux dans la tête, où doit être logé l'organe qui remplit chez eux les fonctions du cerveau . Cette âme sent à sa manière dans le polype qu'un insecte se présente, que l'animal le saisit et l'avale; le souvenir de ces sensations constitue la personnalité ou le moi du polype. Si nous coupons l'animal en deux parties, il n'y en a qu'une , celle de la tête qui conserve la personnalité ouïe moi ; car de deux choses l'une, ou les animaux, même les polypes et les vers, ont une âme simple et immatérielle , ou ils n'en ont pas ; il est impossible de leur attribuer une âme matérielle et divisible. L'autre moitié continue de vivre par la seule force de l'irritabilité, jusqu'à ce qu'un germe, dont la section faw>rise le développement, la complète et lui fournisse une âme qui devient le principe et le moi nouveau de ce nouvel animal. Chaque germe renferme de tout temps une âme, car on ne peut supposer que Dieu infuse une âme dans les germes par des volontés successives à chaque coup du scalpel de l'observateur. Mais d'une autre part, la tête séparée du tronc et qui a conservé l'ancienne personnalité du polype se complète par le développement d'un germe de queue. Ce germe ne peut évidemment renfermer d'âme ; les seuls germes de têtes en peuvent contenir. Si l'on divise en plusieurs parties la tête d'un polype , sans les séparer du tronc, d'un seul animal on fait une hydre; on n'a pas ainsi divisé son âme; mais, l'une seulement de ces parties divisées conservant l'âme ou le moi, dans les autres se développent des

germes qui, renfermant des âmes , forment autant de personnalités nouvelles que le polype a de nouvelles têtes. Si , deux polypes étant divisés par le milieu, on greffe la tête du premier sur le corps du second , et la tête du second sur le corps du premier, le moi de chacun demeure avec la tête, et la queue va se soumettre à la personnalité de sa tête nouvelle. Enfin, si Ion greffe deux polypes entiers l'un dans l'autre, ou les deux cerveaux demeurent ainsi que les deux moi qui y siègent; ou £une des deux têtes périssant , une seule personne subsiste; ou toutes deux sont détruites et un nouveau germe fournit une âme nouvelle ; ou bien encore les deux cerveaux se confondent sans se détruire , et deux moi demeurent présents dans un seul sensorium.

De même, dans les insectes qui se métamorphosent, il n'y a pas plusieurs animaux, plusieurs personnalités différentes, mais une seule. La chenille n'a pas un moi, la chrysalide, un autre, le papillon, un troisième ; c'est un seul animal qui prend successivement trois formes; c'est une même âme qui sent successivement à l'aide de trois systèmes différents d'organes. Ces systèmes différents sont renfermés les uns dans les autres à l'état de germes ; le corps du papillon est enveloppé par la chrysalide , celle-ci , par le corps de la chenille enfermé lui-même dans plusieurs enveloppes semblables, que J'animai dépouille lorsqu'il est dit changer de peau; le tout enfin est contenu- dans l'œuf; en sorte que l'emboîtement des germes se trouve , ici comme partout, justifié par les faits.

S'il n'est pas démontré que l'animal ait une a me, il

Test bien moins encore que la plante en ait une; mais si nous accordons à celle-ci la moindre sensibilité , nous devons lui accorder aussi une àmesimple et une personnalité indivisible. Il en sera des végétaux comme des animaux; et particulièrement il en sera d'un arbre comme d'une mère-polype ; tous deux sont des sociétés organiques et non pas un seul individu. Puisque chaque branche, chaque feuille d'un arbre peut suffire seule à ses besoins, il faut que chaque partif^de ce grand tout ait son principe de sensibilité, en un mot, que chacune ait une àme . Les végétaux ne seront pas plus engendrés que les animaux; comme eux, ils sortiront d'un germe préorganisé. Les plantes auront encore, comme eux, des germes spéciaux pour la propagation de l'espèce, et des germes réparateurs pour la reproduction de certaines parties ; en effet, la graine est l'œuf de la plante, et l'on en voit sortir à la fois la radicule et la plumule; le bouton, au contraire, n'est qu'un germe de plumule, et le mamelon, un germe de radicule.

La réparation des plaies les plus simples faites au derme de l'animal ou à l'écorce de la plante doit s'expliquer de la même manière. Si l'on comprend bien la reproduction d'une simple Rbve , on comprendra facilement celle de l'organe le plus compliqué. Nous pouvons supposer, par exemple, que dans chaque partie de la fibre sont des points organiques dont le degré d'expansibilité est proportionné à la grandeur de la partie antérieure , de aorte que la section de cette partie fasse dériver les sucs nourriciers vers ce point et en favorise le développement. Il n'y aura donc pas ici de germe

proprement dit, c'est-à-dire renfermant eu raccourci la partie organique qui se reproduira plus tard; mais il n'en sera pas moins vrai que rien n'est engeudré, que tout préexiste et se développe. Un germe en général n'est autre chose qu'une préformation organique quelconque. Nous pouvon^ alors distinguer quatre sortes de reproductions organiques : 1° celle des parties similaires, qui s'accomplit par le développement des parties restantes; 2° celle d'une partie dissimilaire, une jambe, une tête, une feuille, qui s'accomplit par le développement d'un germe réparateur proprement dit; 3° celle de plusieurs parties d'uu animal ou d'un végétal, la série des anneaux d'un ver, les branches d'un arbre , qui s'explique comme la précédente ; 4° celle enfin d'un individu tout entier, qui a pour fin la propagation de l'espèce, et s'opère par le développement d'un germe complet, un œuf ou une graine.

Que les germes complets qui servent à la multiplication de l'espèce soient fournis par le mâle ou par la femelle , qu'ils soient renfermés dans la liqueur séminal* et dans la poussière des étamines , ou dans l'ovaire et le pistil , les faits n'en sont pas moins favorables à la théorie de l'emboîtement et de l'évolution des germes préexistants, et contraires à l'épigénèse. Mais le philosophe peut demander comment il se fait que le concours de deux individus soit souvent nécessaire à la conservation de l'espèce. Là raison matérielle est que la plupart du temps la femelle qui contient le germe ne renferme pas en elle la nourriture convenable au premier

tgf — 82 — développement de celui-ci, tandis que le mâle seul la possède ; aussi , lorsque , dans une espèce , chaque individu contient à la fois et le germe et la nourriture première qui lui convient, c'est-à-dire le principe de la fécondation , il suffit seul à la propagation de l'espèce , et de pareils individus sont de véritables androgynes , soit dans le règne animal , soit dans le règne végétal. Cela ne veut pas dire que les germes ne reçoivent aucun développement dattfe la femelle avant la fécondation ; il faut supposer, au contraire, qu'ils commencent à croître dès la création du monde; et, si la fécondation ne réussit que sur un très-petit nombre de germes en proportion de la prodigieuse quantité des germes existants, c'est, entre autres causes, parce qu'un germe doit avoir acquis un certain dévelop* pement , une sorte de maturité , pour qu'il puisse recevoir avec succès le principe fécondant qui seul peut le mettre en état de s'assimiler par lui-même les matières étrangères. La i£fapn véritable, la raison métaphysique est dans Ta fin que Dieu s'est proposée en dictant de pareilles lois ; cette fin est la beauté qui résulte de la variété é&s moyens employés à la propagation des espèces, comme de la variété des genres et des individus. Cette diversité se rencontre partout, et c'est elle qui constitue l'harmonie de l'univers. Lés minéraux croissent par juxtaposition, les corps organisés par intussusception ; des différences s'observeront aussi dans la multiplication de ces derniers; il n'y aura pas seulement parmi eux des mâles, des femelles, des neutres et des androgynes ; dans les espèces où les

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sexes sont distingués , comme dàflïs celles où ils ne le sont pas/il y aura de nouvelles différences. Les unes se propageront par accouplement, les grands animaux, par exemple, et quelques insectes ; dans les autres, ainsi dans les poissons, les œufs seront fécondés par le mâle après avoir été déposés par 1&. femelle ; dans celles-ci , deux individus possédant à la fois les deux sexes se féconderont mutuellement, impuissants à se suffire à eux-mêmes, comme les limaçons ; dans celles-là, un seul individu donnera , dans un temps , naissance à des individus semblables à lui, ef, dans un autre, aura besoin du concours d'un nouvel individu, comme le puceron ; ici , ce sera par la division des individus que se propagera l'espèce ; là, les générations successives naîtront sur un premier individu, y croîtront , y engendreront elles-mêmes et y périront. Dans le règne végétal , un arbre portera des fleurs d'un sexe , et un autre de l'autre sexe ; ou bien il portera également , 4#s fleurs des deux sexes ; ou bien encore chaque fleur contiendra les étamines et le pistil. Une graine se détachera de la plante et formera une plante nouvelle, ou bien une branche coupée poussera des racines et deviendra un nouvel $rbre , ou bien encore une bouture sortira du tronc, et toute une famille de végétaux puisera sa nourriture par les mêmes racines.

Si nos connaissances n'étaient pas naturellement aussi bornées, nous découvririons dans la nature de nouvelles merveilles, et l'uniyers n'en serait que plus beau* à nos yeux. Il ne faut pas mesurer la puissance divine à la faiblesse de nptre intelligence,

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et nous faire des notions générales, quand nous n'avons observé que la plus petite partie des choses . Voilà pourquoi Dieu a youlu que certaines espèces se propageassent par le concours de deux individus; et, pour l'humanité en particulier, cette né- .^cessité a sa raison dans la nature de l'homme que Dieu a créé pour vivre en société et qu'il pousse ainsi par le plus puissant mobile à l'accomplissement de sa fin.

Ainsi, Je même ordre, la même harmonie, la même continuité se remarquent dans la propagar tion de chaque espèce, dans l'existence de chaque individu , et dans la création de toutes les choses matérielles et spirituelles , de tous les corps bruts et organisés. Point de sauts dans la nature, donc, point d'abime entre les espèces , mais toujours des transitions et des genres intermédiaires ; point de sauts dans la nature, donc, le monde une fois créé, point de génération véritable, mais seulement une évolution continue des germes préexistants.

Rien de simple ne commence que par création, disait Leibnitz, la naissance apparente n'est qu'un développement. Mais rien de simple ne saurait non plus finir que par annihilation ; or, comme il ne parait pas digne de la sagesse et de la bonté de ; Diéu qu'il anéantisse les âmes existantes par un acte exprès de sa volonté toute-puissante, il n'y a pas non plus de mort véritable. Enfin , comme il y aurait un saut dans la nature si l'âme cessait d'être unie à'un corps, comme l'état actuel d'un être a sa raison dans l'état antérieur, non-seulement l'âme, mais l'homme {put entier est immortel , et la mort

apparente n'est qu'un enveloppement et une diminution.

La nature du germe , la manière dont il se développe à la naissance et s'enveloppe à la mort, inexpliquées par Leibnitz étaient expliquées ainsi par Jean Bernouilli : Au moment de la création, Dieu a donné à chaque âme une portion de matière, un petit corps organisé dont elle ne doit pas se séparer. Ce petit corps, d'abord invisible, est comme la trame du corps grossier de l'animal ^ recevant des matières étrangères dans ses pores , il croît et devient visible , en sorte que , quand l'animal est en apparence engendré, il n'y ait pas une partie de son corps qui ne renferme une égale proportion du corps rudimentaire ; de même qu'un grain de sel dissous dans une grande quantité d'eau se répand également dans tout le liquide. La diminution ou même la mort de l'animal n'est autre chose que la retraite des* parties grossières et la réduction du corps élémentaire à son premierétat. . 4 "?F

Bonnet, lui aussi, concevait d'abord à peu près de la même manière le développement et l'enveloppement du germe, la naissance et la mort apparentes des animaux et leur immortalité. Dam les premiers chapitres des Considérations sur les corps organisés, il se représente le germe comme un ouvrage à réseaiMjui reçoit dans ses mailles des matières étrangères et devient ainsi visible, ou. les en expulse et revient ainsi à sa première petitesse ; il croyait même cette hypothèse tout à fait originale, ignorant encore celle de Leibnitz. Mais d'une part les observations de Haller, d'une

autre, les défauts de l'hypothèse elle-même la lui firent abandonner. En effet, la mort étant instantanée, l'enveloppement du germé serait subit, tandis que le développement en est lent et progressif; il y aurait un saut dans la nature. De plus, si l'immortalité de l'animal dépend de l'enveloppement du germe et si le germe est également répandu dans toutes les parties du corps grossier de Tani*» mal, le germe d'un homme mutilé serait mutilé lui-même, et l'animal pourrait ne pas ressusciter avec tous ses membres, à moins que, ce qui est impossible, le membre séparé du corps et laissé en Europe ne vint, comme objecte Bernouilli à Leibnitz, joindre en Amérique le corps de l'animal.

À cette hypothèse inadmissible Bonnet en substitue une autre qui cette fois lui appartient entièrement. Si lame humaine est immatérielle, pourquoi supposerait-on^ une volonté expresse de Dieu qui l'anéantît? Nous avons même de fortes raisons de croire qu'il n'en est pas ainsi: l'homme est un être moral ; ses actions lui sont imputable* ; le vice mérite un châtiment; la vertu, une récompense ; mais l'ordre selon lequel les bonnes actions sont une source de bonheur, et les mauvaises une source de malheur n'est pas toujours accompli sur cette terre; il est probable qu'il le sera plus tard, et que l'âme jouira d'une existence 4pns fin- Cette immortalité de l'âme humaine serait dérisoire si elle ne devait pas survivre avec sa personnalité. Du moment qu'une âme ne conserve pas sa personnalité, c'est comme si elle n'existait plus. Quelle est donc la condition de la personnalité? le souvenir dû

passe ; quelle est la condition du souvenir? la conservation des traces de nos idées dans l'organe du sentiment et de l'intelligence, le cerveau. Cela est si vrai que deux innés qui feraient un échange de leurs corps et deviendraient présentes au cerveau Tune de l'autre, seraient sans doute les mêmes âmes et les mêmes personnes aux yeux d'un juge étranger, mais, à leur propre jugement, chacune, oubliant ce qu'elle a senti dans le premier corps dont elle est séparée, et se souvenant au contraire de ce qu'a senti l'autre dans le second corps qu'elle habite désormais, reyêtirait une personnalité nouvelle. Il faut alors pour que le moi soit réellement immortel, que l'homme tout entier, corps et âme, survive à la mort ; car on ne saurait admettre que l'âme, séparée de tout corps organique dans la vie nouvelle, doive à une révélation particulière de Dieu de conserver le sentiment de sa personnalité; on ne saunait non plus concevoir que Dieu crée pour chaque âme un corps nouveau dont les fibres soient capables de lui donner le souvenir des sentiments qu'elle a éprouvés dans l'ancien. Ce serait attribuer à Dieu des volontés successives , ce serait le faire intervenir sans cesse dans le temps et dans l'espace, tantôt pour anéantir un corps, tantôt pour en créer un nouveau ; ce serait supposer « que la grande machine du monde ne va qu'au doigt et à l'œil. » Cependant ni le même corps ne peut subsister puisque la mort est la dissolution des parties qui le composent, ni les éléments essentiels du germe premier se contracter et s'envelopper pour revenir à leur petitesse première, puisqu'il y

* aurait un saut dans la nature, et que l'homme mu-

tilé ne renaîtrait pas aveo tous ses membres. Pour écarter toutes les difficultés, pour satisfaire à toutes les objections, ne peut-on pas %upposer dans le corps actuel, auquel notre âme est unie, une préordination telle que notre cerveau contienne le germe de notre corps à venir et que par conséquent celui-ci renferme dès à présenties impressions de la viepré^ sente pour les conserver jusque dans l'autre? « Les conjectures sont les étincelles au feu desquelles la bonne physique allume le flambeau de l'expérience. » L'homme pourrait bien n'être pas en réalité ce qu'il paraît être. Quel que soit le siège de l'âme, le corps calleux ou la moelle allongée, tous les nerfs rayonnent de ce siège comme d'un centre ; mais il se pourrait que ce que l'anatomie découvre ne fût encore que l'enveloppe grossière d'un germe infiniment subtil, d'un corps « spirituel et glorieux, » qui se séparerait à la mort du corps animal et abject

•h& auquel notre âme est attachée pendant cette vie.

** De même que la génération et la naissance appa-

rentes du corps terrestre ne sont que le développe-» ment du germe renfermé dans les parents et les ancêtres, ainsi la résurrection de l'homme ne serait que le développement de cet autre germe, enfermé à son tour dans le premier. Le germe dfi corps du papillon, contenu dans le corps de la chenille, se développe et apparaît quand celui-ci se décompose; ainsi feraitlegerme de notre corps futur. La chenille et le papillon ne sont qu'un même animal, ayant une même personnalité, parce que le cerveau de la chenille exerce une influence conti-

nuelle sur le germe du papillon qu'il contient; ainsi le germe de notre corps glorieux, conservant la trace des impressions passées, permettrait à notre âme de garder le sentiment de sa personnalité ou de son moi. Ce germe serait une petite machine très-déliée, composée de ce qu'il y a de moins dense dans le fluide nerveux, ou de l'élément le plus subtil et le plus vite de tous, de la lumière ou du feu, comme semble le faire croire la célérité prodigieuse de nos pensées; il serai t capable de triompher des efforts du temps et des éléments ; ce qui ne paraît pas impossible si Ton se rappelle ces animalcules des infusions qui résistent à l'action du feu et que l'observateur fait à son gré périr et ressusciter sans fin.

En attendant la grande révolution qui doit nous ouvrir une vie nouvelle, que devient ce germe de notre corps futur? Que deviennent ces millions de germes auxquels le concours des circonstances ne permet pas d'arriver jusqu'à la vie présente? Incorruptibles, ils se logent dans quelque partie que ce soit de la matière; et, lorsque l'heure viendra, pour celui-là commencera une nouvelle existence et ceux-ci, par leur première naissance, parviendront tout d'un coup à la vie future sans avoir ^tassé par l'état présent.

Ainsi seraient observés le grand principe métaphysique de la raison suffisante et la loi de continuité. Car ce germe du corps glorieux soutiendrait également des rapports et avec la vie présente, et avec la vie future; avec l'une, par l'influence qu'exerceraient sur lui les déterminations actuelles

du cerveau grossier, par la conservation du souvenir et de la personnalité ; avec l'autre, par l'appropriation des organes qu'il renferme à notre future condition. Ainsi notre état à venit aurait sa raison dans notre état présent, comme celui-ci, la sienne dans notre état passé ; et la transition de l'un à l'autre serait toute naturelle. « L'auteur de la Nature, qui a préorcUfté dès le commencement tous les êtres, qui a renfermé originairement les générations futures dans les générations actuelles, n'aurait-il pu renfermer le corps spirituel dans le corps animal? » Si rien n'est engendré sur la terre, rien ne le sera non plus dans l'autre monde ; si tous les corps grossiers naissent de germes propagateurs de l'espèce, se complètent par des germes réparateurs, c'est aussi d'un germe qu'on peut appeler de restitution que sortira notre corps spirituel .

Ce que Dieu à fait en petit pour la chenille et le papillon , pourquoi ne l'aurait -il pas fait en grand pour l'homme ? Le papillon ne ressemble en rien ii la chenille; le germe de celui-là, en se développant, donne à l'animal dès ailes, un sexe, tout un système d'organes en un mot, qu'il n'avait point sous sa première forme. Pourquoi le germe de notre corps futur ne renfermerait-il pas, lui aussi, des organes nouveaux dont nous n'avons pas 1* dée ? L'homme possède trois facultés principales, celles d'entendre, d'aimer et d'agir ; nous les voyons fie perfectionner déjà sur La terre, nous Concevons facilement qu'elles pourront se perfectionner indéfiniment dans une autre vie par une multiplication ou une plus grande subtilité de nos

sens, résultant du développement de notre germe spirituel. Notre connaissance réfléchie est aujourd'hui bornée , parce que notre connaissance sensible est renfermée dans les limites étroites du télescope et du microscope ; que nos yeux acquièrent dans l'autre vie la puissance de découvrir ce qui leur est à présent caché, il n'y aura plus de bornes à nos connaissances. Le germe de notre corps glorieux n'étant pas seulement en rapport avec le monde que nous habiterons un jour, mais aussi avec les autres systèmes planétaires , nous découvrirons toutes les destinées futures de l'univers, et toutes les vérités morales ; Dieu se dévoilera à nous. Notre puissance d'aimer n'est pas moins limitée sur eette terre que notre intelligence ; dans l'autre monde, Dieu seul sera l'objet de notre .amour; nous n'aurons plus alors que de nobles désirs, et la vue du bonheur de nos semblables augmentera le nôtre. Enfin notre faculté d'agir est ici-bas bornée de toutes parts ; la moindre action est pour nous une cause de fatigue, et à chaque instant notre machine a besoin, de réparation ; il n'en sera probablement pas de même de notre corps spirituel ; il subsistera par les seuls principes jie sa constitution ; incapable de fatigue, peut-être sans pesanteur , il traversera l'espace avec la plus grande célérité et obéira sur-le-champ à tous les ordres de l'âme* En même temps que de nouveaux organes se développeront , nous dépouillerons les anciens ; parvenue à la vie éternelle , l'espèce ne doit plus être propagée , l'individu n'a plus besoin de réparer ses pertes. La mémoire qui dépend de

la subtilité du cerveau ne nous fera plus défaut ; les signes se présenteront en abondance pour exprimer nos idées ; enfin ce corps glorieux possédera une foule de perfections que nous ne pouvons imaginer; et surtout quelle beauté sera la sienne !

Pour' que aotre condition future ait sa raison dans notre condition présente, le degré de perfection auquel chaque individu sera parvenu dans ce monde sera le point d'où il partira dans l'autre ; ainsi, il n'y aura pas moins de diversité ni moins d'harmonie entre les individus de la cité de Dieu qu'ici-bas. Ce sont là des conjectures que la saine philosophie, loin de les repousser, confirme de toute la puissance de la raison . Rien est-il plus consolant pour l'humanité et plus digne de Dieu , plus conforme en même temps aux principes de la métaphysique et aux faits de l'expérience que la perfectibilité de l'homme résultant de son immortalité ?

Mais si un aussi bel avenir s'ouvre pour les hommes parce qu'ils possèdent une âme spirituelle que Dieu ne peut pas vouloir anéantir par une volonté expresse,. les animaux à leur tour ne participeront^ pas aux libéralités du créateur ? De nombreux et de grands philosophes ont pensé qu'ac-y corder aux animaux une âme immortelle, c'est dépasser les limites de la raison et de l'expérience ; Us ont condamné les âmes des bêtes à être anéanties par Dieu à l'instant de la mort , ou ils ont fait des animaux de simples machines. Leibnitz n'hésita pas à donner aux bêtes une âme, parce qu'une âme seule peut constituer leur individualité , et

une âme immortelle, parce que c'est mettre eii péril notre propre immortalité que de supposer l'anéantissement de F âme des bêtes. Cependant Lçibnitz faisait une distinction entre l'immortalité de l'âme humaine qui conserve sa personnalité réfléchie et l'immortalité ou plutôt l'indestructibilité de celle des animaux, qui, étant incapable de réfléchir, survit seulement à la dissolution, du corps, sans garder le souvenir du passé, de sorte qu'un même animal pourrait renaître plusieurs fois à l'existence et toujours à une existence nouvelle pour lui.

Bonnet ne pense pas qu'une fois que l'on accorde une âme aux bêtes , il soit possible de ne pas reconnaître et que cette âme est immortelle, et que l'animal survit à la mort avec sa personnalité. Ni la révélation , ni l'avenir de l'homme ne sont intéressés à ce que les animaux périssent tout entiers ou soient immortels, à ce qu'ils perdent ou conservent leur personnalité. L'existence de l'âme des bêtes n'est pas sans doute une vérité rigoureusement démontrée ; mais cette conjecture infiniment vraisemblable repose sur une analogie frappante entre leur constitution organique et la nôtre. Si Ton admet cette première conséquence que les bêtes ont une âme, il faut aller plus loin et supposer aussi que cette âme communique avec un petit corps subtil, incorruptible, logé dans le corps grossier, en un mot, avec un germe de restitution ; il faut concevoir que ce germe a été préformé dès le commencement par Dieu; qu'il soutient avec le corps grossier qui l'enveloppe des rapports tels qu'il reçoive et conserve lés déterminations

durables de la vie présente qui sont le fondement de la personnalité des animaux dan/» la vie future ; que ce germe de l'avenir peut renfermer des organes nouveaux qui se développeront un jour; qu'enfin, comme la perfection des âmes dépend du nombre et de la perfection des organes corporels , ces orgppes nouveaux sont le principe physique de la perfection future de l'animal.

Les animaux ne sont pas des êtres moraux , parce qu'ils ne réfléchissent pas ; ils ne réfléchissent pas, parce qu'ils ne peuvent revêtir leurs idées de signes arbitraires ; ils ne se servent pas d'un langage artificiel , parce que l'état actuel de leurs organes ne leur en permet pas l'usage. Mais que le germe de restitution des animaux renferme des organes qui les rendent capables de se servir des signes de convention et de généraliser leurs idées, aussitôt l'instinct fait chez eux place à la raison, ils s'élèvent jusqu'à la connaissance de Dieu, ils prennent la place de l'homme dans l'échelle hiérarchique des êtres ; des Newtons et des Lçibnite paraissent chez les singes ou les éléphants, des Perraults et des Vaubans chez les castors. Ou plutôt, la progression que nous remarquons aujourd'hui chez les animaux s'observera encore dans leur condition future. Chaque espèce s'élèvera vers la perfection en partant du point précis où elle est arrivée dans la vie présente , et montera d'un degré seulement dans l'échelle. L'animal le plus parfait remplacera l'homme et sera remplacé à son tour par l'espèjgfi imtfiédiatemeçt inférieure, et toujours ainsi jusqu'au plus imparfait des animaux.

L'imagination se plaît à concevoir que dans cette autre vie les animaux déposeront leurs qualités malfaisantes , le tigre, par exemple, sa férocité; car il ne peut être dans les vues de la souveraine Bonté que le tigre ait pour destination dernière de s'abreuver de sang ; par le développement de son germe incorruptible, il deviendra probablement ausappdifférent du tigre que nous conpaissons que le papillon Test de la chenille.

Ce passage de l'état actuel des animaux à une autre existence ne serait qu'une révolution toute naturelle, semblable à celle que Moïse nous décrit comme la première création du monde , dans son langage fondé sur l'apparence. Pourvu que Dieu ait une seule fois créé le monde, peu importe que ce soit plus tôt ou plus tard; Dieu, n'ayant pas de volontés successives , n'a pas créé pièce à pièce ce tout harmonique; il n'a pas fait une terre absolument nue et dépourvue d'habitants. Il a dû la peupler d'êtres dont nous ne concevons pas plus la forme que nous ne concevons celle des habitants de la lune, et qui sont devenus tels que nous les voyons, quand la terre a passé de ce qu'elle était alors à ce qu'elle est aujourd'hui par l'état intermédiaire de chaos. Combien le monde a-t-il subi déjà de révolutions , c'est ce que nous ignorons , et ce qui d'ailleurs ne nous importe pas; quel que soit le nombre de ces révolutions, Dieu, en créant une première et unique fois l'univers , a dû placer en lui la source de toutes les réparations que devaient exiger les révolutions futures ; les individus des premières espèces détruites par la première révolution dii

globe renfermaient des germes appropriés à une nouvelle existence , en sorte que , développant de nouveaux organes , ces germes ont naturellement repeuplé l'univers d'espèces nouvelles ; celles-ci renfermaient à leur tour autant de germes nouveaux et divers que le monde devait subir de révolutions successives etdifle rentes, entre autres le germe d'un corps spirituel Ibt glorieux. Ainsi le monde « aura été apparemment sous la forme de ver ou de chenille 9 il est à présent sous celle de chrysalide , la dernière révolution lui fera revêtir celle de papillon. » L'étude de Tordre actuel de tou$ les êtres qui composent l'univers est une contemplation de la nature; ces considérations philosophiques sur leur état futur sont une contemplation de la grâce. Ce serait en effet appauvrir l'univers et rabaisser la bonté et la puissance de Dieu que de condamner %gune condition stationnaire tous les êtres de la nature, l'homme seul excepté. Le spectacle de l'univers est déjà magnifique quand on considère le présent , mais « combien devient-il plus ravissant encore, lorsqu'on le contemple avec les lunettes de la Palingénésie ? »

Un ordre admirable règne donc partout dans l'univers. D'espèce en espèce, et peut-être d'un individu à l'autre , la perfection organique et spirituelle augmente insensiblement, les êtres créés composent un vaste système hiérarchique dont les annaux étroitement unis ne laissent entre eux aucun vide. Chaque être organisé, pris individuellement à quelque degré que ce soit de l'échelle , présente en lui-même une aussi belle harmonie que

le tout; créé avec le reste de l'univers, il se développe insensiblement depuis le commencement des choses; quelques révolutions qu'il traverse, quelques transformations qu'il subisse, il demeure toujours le même avec sa personnalité; comme il commence d'exister avec le monde, il ne finira pas plus que lui; une existence nouvelle attend tous les êtres organisés ; et cette dernière et universelle révolution , par des moyens aussi naturels que les précédentes, les rendra, toujours identiques à euxmêmes, mais glorieux et parfaits , à l'immortalité. Ainsi l'univers est beau , et sage est son auteur* La raison peut-elle ne pas exalter aussi sa bonté, quand elle voit que tout conspire dans le monde au bonheur et au perfectionnement de chaque être, que la simplicité et la variété des moyens répondent à cette fin de la création ? Au milieu de l'harmonie et de l'excellence de l'univers si nous croyons apercevoir quelques désordres et quelques maux, l'impie en conclut à l'empire du hasard ou à la malice de Dieu , mais le sage n'y voit qu'une lacune dans la science humaine et une conséquence de l'imperfection des créatures. Ces désordres et ces maux apparents ne naissent en effet que de la faiblesse de notre entendement et de l'excès de notre orgueil ; l'homme s'imagine que le monde est fait pour lui seul ;. aussi tout ce qui ne contribue pas directement à son bonheur lui paraît être l'ouvrage nécessaire d'une cause aveugle ou méchante. « Mortel orgueilleux et i&norant ! lève maintenant les yeux vers le ciel et reponds-moi : quand on retrancherait quelques-uns de ces luminaires quîppendent à la voûte étoilée ,

tes nuits en deviendraient-elles plus obscures? Ne dis donc pas : les étoiles sont faites pour moi, c'est pour moi que le firmament brille de cet éclat majestueux. Insensé! tu n'étais point le premier objet des libéralités du Créateur, lorsqu'il ordonnait Syrius et qu'il en compassait les sphères. » Au contraire , un atome , une idée entraient aussi essentiellement que l'homme lui-même dans la création du monde physique et intellectuel. Cette idée supprimée* cet atome anéanti , l'univers actuel eût fait plaôe a un univers différent. Il n'y a d'autre mal cfains ïe monde que l'imperfection des créatures , et ce mal est nécessaire, il est la condition de leur existence.

Nous pouvons concevoir , par exemple , qu'un nombre indéterminé de créatures était possible, entre lesquelles Dieu pouvait distribuer une certaine somme de sensibilité et d'intelligence, épuisée après ce partage. Tout être dans lequel la somme du bien l'emportait sur celle du mal pouvait être créé par Dieu , sans contredire sa bonté ni sa sagesse. Mais , au lieu de distribuer à tous ces êtres cette somme de sensibilité et d'intelligence une seule fois pour toutes , Dieu pouvait , pour augmenter la beauté de l'univers, les créer avec des facultés bornées d'abord qui dussent grandir par - la suite en perfection , en sorte que le végétal fût ^au-dessous de l'animal, l'animal au-dessous de l'homme, l'homme au-dessous du chérubin. Si Dieu nous eût alors admis à son conseil et eût placé sous, nos yeux toute la chaîne des êtres , aurions-nous pu dire qu'il fallait en retfwacber le polype , parce

qu'il était plus imparfait que l'homme ? Non , car il eût fallu retrancher l'homme moins parfait que les anges , et les anges eux-mêmes , pour réduire l'univers à la seule créature la plus parfaite des toutes. Mais tous ces êtres , retranchés selon nos conseils , n'eussent-ils pas d'autant plus justement réclamé l'existence , que les créature^ les plus imparfaites sont la condition des plus parfaites, que les plantes sont faites pour les animaux , les animaux pour l'homme, l'homme pour les archanges, que , comme la contemplation des mondes inférieurs nous élève à la connaissance de Dieu , les anges contemplent de même dans notre monde l'architecte de l'univers? L'univers enfin est une machine si parfaite que le plus petit rouage est une partie essentielle du tout. Le mal physique, le mal moral, distingués ordinairement par les philosophes du mal métaphysique ou de l'imperfection nécessaire des créatures, ne soafcdonc que les conséquences de celui-ci. L'hoitigae est tout ce qu'il devait être pour la place qu'ikfeoei^fe dans le monde; retrancher ou ajouter quelque chose à l'homme , c'est lui faire jouer un autre rôle , c'est changer l'univers, c'est interdire à Dieu de créer, car il en serait d'un autre univers comme de l'univers actuel. L'homme est un être mixte ; les deux substances qui le composent se limitent réciproquement ; l'ignorance et l'erreur , la douleur et le péché résultent nécessairement de cette limitation réciproque de la chair et de l'esprit.

D'ailleurs , n'avons-nous pas pour absoudre la <âftrt$vidence et imposer silence à ces plaintes injustes.

la certitude morale de notre immortalité et du bonheur qui nous attend avec une perfection plus grande dans une vie nouvelle ? Il est vrai que je n'ai aucune raison démonstrative de cette immortalité , mais , ici non plus qu'ailleurs , la sagesse et la bonté divines ne sont en défaut. Si l'imperfection actuelle de ma nature ne me permet pas d'être assuré par les seules forces de ma raison d'un avenir qui m'importe plus que ma condition présente, Dieu a fhoisi pour m'en instruire une autre voie. Souverain législateur de l'univers , il en a dans ce but modifié les lois ; ces modifications sont le langage même du Créateur et le signe particulier de sa volonté : ce sont les miracles. Le vulgaire considère les miracles comme résultant d'un acte immédiat de la toute-puissance divine, et peut-être avec raison; pourquoi cependant supposer que Dieu intervienne sans cesse dans le temps et dans l'espace, pour modifierrettivers qu'il a une première et unique fois crëë? Pctarquoi les miracles ne ren-

treraient-ils pas aahfc*ï'ordre prédéterminé de la nature? Nous ne connaissons pas assez bien les lois de l'univers pour affirmer qu'il en soit ainsi , mais nous avons de puissantes raisons de le croire. Pour les prophéties, par exemple, puisque les déterminations de l'intelligence dépendent des mouvements imprimés aux fibres du cerveau, puisque chaque âme est unie à son corps depuis la création du monde, je puis concevoir « avec la plus grande facilité , que la sagesse suprême a pu préorganiser au commencement des choses certains cerveaux*, de manière qu'il s'y trouverait des fibres donfkJjHR

déterminations et les mouvements particuliers répondraient dans un temps marqué aux vues de cette sagesse adorable. » L'électricité s'accumulera dans un corps pour le transfigurer; les mouvements vitaux se rallumeront dans un autre pour le ressusciter ; des hommes , dont le cerveau aura été prédéterminé à fournir un jour à l'4m£ l'assortiment complet des mots d'une langue, deviendront tout d'un coup polyglottes ; un germe humain se développera de lui-même dans le sein fécond d'une vierge. Ainsi les miracles ne seront pas une suspension , mais une direction particulière des lois de la nature vers un but déterminé, et nous aurons une plus haute idée du Créateur, en pensant qu'il a tout préordonné par un acte unique de sa volonté , et qu'il n'y a qu'un seul miracle vraiment incompréhensible, celui de la création.

Cependant ces modifications des lois de la nature ne sont qu'une lettre morte^lgju'il faut interpréter aux hommes; elles ne sont que\k signe d'une volonté divine qu'il faut expliquer. Un envoyé de Dieu a donc paru dans le monde, portant sa lettre de créance dans le miracle de sa naissance ; instruit directement des vues du Créateur par le Créateur lui-même, il nous a dévoilé l'avenir de l'humanité. Mais comme Dieu ne pouvait parler à tous les hommes et en tous les temps, comme ces faits extraordinaires ne pouvaient devenir le cours ordinaire de la nature, il faut, pour que je sois instruit aujourd'hui des volontés de Dieu , que je m'en rapporte »é*fl&X» témoins de ces miracles. De quelque façon que 4r|tf Considère leurs témoignages , ils sont marqués

du sceau de la vérité. Et l'évidence des faits accomplis devant tout un peuple, et la moralité des témoins, et la sublimité de la doctrine qu'ils annoncent, et le martyre qu'ils subissent en la confessant, et l'authenticité de la déposition écrite, et le succès étonnant de douze pêcheurs qui répandent le Christianisme par foute la terre , tout enfin atteste l'origine divine de ces dogmes qui nous donnent la certitude de notre immortalité.

Donc, puisqu'une existence meilleure vous attend après la mort, puisque Dieu a changé le cours ordinaire delà nature pour vous la révéler, élevez dès |t présent votre âme jusqu'à Dieu par la contemplation de l'univers, et «saisissez la vie éternelle 1 »

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