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en morale le point de vue social, insistait bien avant Tarde, sur le facteur de l’imitation rendu plus célèbre par ce dernier sociologue ; il ne cite pas Bonnet, ni La Mettrie, se conformant peut-être pour ce dernier à cette opinion sommaire généralement admise que son « matérialisme grossier » est indigne de toute étude.
De même, Victor Cousin écrit deux ouvrages sur la philosophie
morale au xvur° siècle et un sur « la philosophie sensualiste » a cette époque sans même mentionner lé nom de Bonnet, se bornant
à développer des lieux communs au sujet des auteurs déjà connus:
Locke, Condillac, etc.
Par ailleurs, les quelques auteurs qui ont remarqué comme nous, l'absence de toute étude approfondie sur les morales de cette époque, semblent ne pas comprendre parfaitement l'étendue et la diversité de ces morales. Selon, Brunetière (1), selon Ducros (2), le vrai centre des idées au dix-huitième siècle serait dans l’'encyclopédie qu'il faudrait dépouiller et analyser. Mais il semble que cette tâche longue et pénible ne nous révélerait point toute la pensée morale de l’époque : à côté des iconoclastes il y a d’autres lignées ; Ducros en envisage quelques membres seulement, les adversaires niais des encyclopédistes. Il y en a bien d’autres dont la pensée, si médiocre qu’elle semble, est un fait au même titre que celle de Kant. Sans doute, quelques-uns des titres que nous proposent ces écrivains ignorés semblent peu alléchants :
« Traité du vrai mérite de l’homme considéré dans tous les usages et dans toutes les conditions » par Le Maitre de Claville (1738).
« La règle des mœurs » (1737). |
« La recherche des sources de la morale » par Jacques Abbadie (1741).
« Traité de ka faiblesse de l'esprit humain » par Huet (1741).
« Le mérite et la vertu » par M. S... (17517).
« La jouissance de soi-même » par le marquis Caraccioli (1759).
« Le monde moral » par Prévost (1784).
« Coup d'œil moral sur le prix de la vie » (1784), etc.
Il y à pourtant là des courants de pensées différents et réels,
(1) Brunetière : « L’évolution des genres dans l’histoire de la littérature ».
- Hachette, 1890 (TI, 210).
(2) Ducros : « Les Hneyclopédistes ». Champion, 1900.
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dont la synthèse ne serait point inutile, Nous avons déjà réuni sur ce point quelques matériaux qui nous serviront de base pour un ouvrage ultérieur. s
Enfin, outre les encyclopédistes, outre leurs adversaires niais, outre les continuateurs obscurs de la tradition, il est une quatrième sorte de moralistes : quelques novateurs modérés, prudents, aussi clairvoyants sur bien des points, que les novateurs bruyants, mais moins audacieux, par suite de leur caractère et de leur position . sociale, amis enfin des conciliations qu’ils préfèrent aux révolutions. C'est un de ceux-là auquel nous nous sommes intéressés : Charles Bonnet.
Outre l'intérêt que présente à ce point de vue une étude sur l'éthique de cet auteur, d’autres motifs nous ont déterminés dans le choix de ce sujet. :
Avant tout, nous avons cherché à fixer avec certitude et aussi définitivement que possible, son degré d'importance comme philosophe. Son nom étant intimement lié à ceux de Rousseau, de Leibniz, de Voltaire, de d’Alembert et de bien d’autres célébrités, son génie étant sur bien des points égal au leur, nous avons voulu raviver l'éclat de ce nom. |
Puis, l'analyse de son œuvre qui fut le journal d’une vie entière, nous offre la matière d’une intéressante étude de caractère : la philosophie de Bonnet (dont le sentiment religieux intense rivalise toujours avec l'esprit critique le plus audacieux) est une vivante illustration du mot de M. Durkheim : « Dans le principe, tout est religieux » (Revue philosophique, déc. 1897, p. 650). Ce conflit moral qu'on devine a bien des pages est d’un intérêt souvent dramatique.
Enfin, nous avons jugé utile de dégager de cet amas de textes confus où elles restaient enlisées, éparses, une série de vérités que l'on croit toutes récentes, qu'on méconnaît tous les jours et que Bonnet avait profondément analysées. La connaissance de ces vérités, groupées dans un chapitre spécial, semble devoir, -non seulement satisfaire notre curiosité historique, mais contribuer dans une certaine mesure au progrès de la science psychologique et de la science des mœurs. Nous aurions voulu faire plus, en agrégeant à cet ouvrage un ensemble important de principes positifs concernant la logique des sciences, tels que nous les avions dégagés de
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l’ensemble des « OEuvres » où ils sont épars ; la place nous manquait ici. ;
Nous devons donc nous borner à signaler aux chercheurs cette voie intéressante. De nos jours où les recherches positives sont spécialement en honneur, apprenons qu'il y a dans les « OŒEuvres » oubliées de Bonnet, d’abord une matière analogue à celle de la célèbre « Introduction » de Claude Bernard, doublée dans les premiers volumes d’une logique en action très concrète ; puis, plus particulièrement, les principes détaillés d’une méthode positive de psychologie et de morale concrètes qui méritent d’être connus et appliqués.