‹ Charles BonnetChapitre 18 sur 99 · CHAPITRE I1 EXAMEN DES PRINCIPAUX OUVRAGES ANTÉRIEURS SUR BONNET · texte numérisé non relu

CHAPITRE I1 EXAMEN DES PRINCIPAUX OUVRAGES ANTÉRIEURS SUR BONNET

Cependant, il nous faut prévoir une objection grave : étant donné le nombre des ouvrages que nous avons mentionnés dans notre bibliographie et l'autorité de plusieurs des auteurs cités, n'est-il pas vain d'ajouter à cette liste. un nouveau travail ? Bien plus : ce travail ne risque-t-il pas de n'être, comme tant d’autres, qu’une compilation inutile ou une suite de commentaires stériles ?

Nous vous croyons fondés à répondre que, loin de nous gêner, notre position de dernier venu nous a favorisé quelque peu en nous permettant d’embrasser à la fois tous les points de vue des précédents critiques, de les dépasser et d'ajouter ainsi une synthèse critique originale à l'analyse personnelle que nous avions tout d’abord faite du texte mêmes des œuvres de l'auteur.

Il ne semble pas inutile de formuler dès maintenant une critique des principaux ouvrages de Bonnet, pour prouver qu'aucun ne nous renseigne suffisamment et sans erreur, sur les points essentiels. Une parole de notre auteur lui-même nous y invite : « démontrer une erreur, c’est plus que découvrir une vérité » (x3-vir j), et il exprime ailleurs son mépris pour les ouvrages où « le vrai est dissous dans une grande quantité de faux » (9.333).

L'ouvrage de Caraman, devenu assez rare bien que daté de 1859 seulement, nous renseigne un peu, assez bien parfois sur l’homme :

PS

Caraman a travaillé à la biliothèque de Genève, il a lu les « mé- :

mémoires inédits » et, frappé peut-être en homme de bien, du caractère vertueux de Bonnet, magistrat sédentaire, homme pieux, marié et sérieux, il semble vouloir surtout nous l’offrir en exemple.

Par ailleurs, peu soucieux d'approfondir son système philoso-

phique, il préfère exposer d’ordinaire les parties de l’œuvre rela-

tives à la botanique et aux sciences naturelles ; il y consacre huit chapitres sur quinze. |

En ce qui concerne la Liberté (une vingtaine de pages sur quatre cent — pages 89 à 114), Caraman attire notre attention sur un essai inédit de Bonnet qu’il reproduit in extenso, selon un choix assez

judicieux, et sur une correspondance avec le mathématicien

Cramer, reproduite également dans son intégrité (trois lettres et trois réponses). Nous les étudierons en temps opportun.

Dans l’ensemble de l’ouvrage, le parti pris d’admiration et le parti pris religieux ont étouffé le sens critique. L'absence de but technique nuit également à sa composition : n’a-t-il pas la prétention d’embrasser en quatre cents pages environ, {out ce qui

concerne Bonnet, comme l'indique ce titre présomptueux :

« Charles Bonnet, philosophe et naturaliste. Sa vie et ses œuvres » ? Cependant, il à le mérite de fournir des textes précis, exactement datés, et de n’y ajouter aucune vaine explication. Lemoine, lui, a rédigé sur Bonnet une thèse bien regrettable. Sa prétention est encore plus grande que celle de Caraman: il envisage toute la philosophie de Bonnet en deux cents pages, alors qu’il faudrait douze volumes, ce qui s’explique un peu chez un « Eclectique » disciple de Cousin. Il nous parle d’abord des inscriptions du temple de Delphes, puis du spiritualisme : « le spiritualisme est une sublime ivresse qui ressemble à l'inspiration divine. » (p. 210). La chose est possible ; M. Lemoine est spiritualiste, mais cela n’a qu'une médiocre importance pour l’histoire de la philosophie et surtout pour Charles Bonnet, de Genève. Cependant, à peine a-t-il abordé l'exposition, qu’il s’empresse de nous confesser cette conviction intime et de critiquer avec hauteur le sensualisme, avant même de l’avoir étudié (p. 7), ce qui est peut-être judicieux encore, mais du moins sans urbanité et contraire à la méthode scientifique. Au fond, il est vrai, il rend ainsi service au lecteur prudent, en lui permettant de se mettre en garde contre ce dangereux parti-pris,

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Plus loin, il éprouve encore le besoin de proclamer son point de

vue (p. 104), il s'érige en juge candide et déclare « rejeter » la psychologie de Bonnet (qu’il comprend peu). Il « blâme » solennellement (122, 123) ; il pose même cette question.naïve : « doisje louer ou blâmer ? » (105). Il parle de Locke, de Condillac, de Bonnet, de Leibniz même, sur un tel ton qu’ils semblent presque de petits personnages à son gré (148, 149) : il en parle trop, affecte de connaître parfaitement Leibniz et Condillac selon l’usage de quelques historiens ; et, en comporant toutes les thèses avec abondance, il oublie parfois Bonnet, sujet principal, ou lui consacre trois lignes sur trois pages.

Peu propice à l'étude, cet ouvrage ne renferme pas une seule référence aux textes envisagés, pas de table des matières, aucun titre, aucune division. C’est qu'il s'agit ici encore, non pas d’analyser honnêtement des données, mais surtout de fustiger des doctrines adverses, maiérialisme ou sensualisme, pour exalter Dieu, la morale chrétienne et la vie future, démarche légitime sans doute mais inopportune.

En un mot, aucune des parties de l'œuvre de Bonnet n’est exposée et critiquée rationnellement, de manière utile : rien qu'une série d'opinions, de parallèles et de panoramas métaphysiques incohérents. On regrette aussi de trouver des erreurs criardes : par exemple que « Toutes les idées de l’Essai de 1754 ont été modifiées dans les écrits suivants » (p. 169) ; que « dans la morale de Bonnet, les

devoirs envers Dieu passent les premiers » (45.167) etc...

Au problème de la liberté, partie maîtresse de l'œuvre, Lemoine

ne fait que quelques allusions très brèves (p. 12, 20, 38, 134, surtout de la page 133 à 139). Là encore nous n'avons pas un exposé, mais un parallèle vague avec Leïbniz. ; Il faut cependant reconnaître que l’auteur a discerné finement deux caractères très importants : C’est d’abord que le problème de la Liberté est à étudier, non dans les passages sur la Liberté, mais dans ceux sur la Volonté. Puis, que Bonnet « cherche à déguiser son Fatalisme » (137). Enfin, qu'il a une morale.

Quand à cette morale proprement dite, les idées essentielles en sont résumées de manière excessivement cursive (p. 38 à 47); l’auteur à pourtant jugé exactement certains petits détails (p. 165- 168), comme nous l’indiquerons en temps opportun.

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Le seul autre critique qui ait remarqué que Bonnet avait des idées concernant l'éthique, est de Gérando. — Ses jugements généraux sont tous justes, sa documentation sur le milieu, riche et originale. On regrette seulement qu'il n’ait pas le temps de s’attarder dans un ouvrage de synthèse, sur le chapitre de notre auteur, limité à quelques pages.

Quand au mémoire manuscrit de M. Chaparne il nous a semblé que ce travail d'étudiant dépassait en pénétration et en clarté, tous les travaux sur le sujet. Nous rapporterons; en particulier, dans le chapitre suivant sur le caractère de notre auteur, le jugement juste et fin de’ce jeune homme qui portait déjà en lui l’étoffe du savant qui s’est manifesté depuis. |

Nous regrettons de n'avoir joint été autorisés à consulter le mémoire de M. Bertrand. :

Notre précédent mémoire contient un exposé analytique des théories de Bonnet sur l’âme, son union au corps, son siège et sur le germe du corps futur. L'importance des théories sur le fluide nerveux y est soulignée comme conclusion.

Le mémoire de Trembley est purement biographique.

Edmond Perrier qui écrit à un point de vue spécial, celui de la zoologie, mais de la zoologie philosophique, est bien placé pour résumer les grands principes philosophiques que Bonnet a professés en tant que naturaliste : il l’étudie après Linné et avant Erasme Darwin (« La philosophie zoologique avant Darwin » (ch. 4). Ces principes sont : d’abord l’existence de la loi de continuité empruntée à Leibniz. Puis le transformisme, mais un transformisme qui ne ressemble en rien au transformisme moderne. Par ailleurs, la négation absolue de toute génération équivoque (8.175-185). Enfin,

comme Malebranche et Leibniz, la préexistence des germes, créés

tous en même temps, et leur évolution. Le parallélisme entre le

système astronomique et le système organique. ; I n’y a rien de très particulier à noter chez les autres re et

biographes.

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