‹ Charles BonnetChapitre 19 sur 99 · JUGEMENTS REMARQUABLES SUR LUI · texte numérisé non relu

JUGEMENTS REMARQUABLES SUR LUI

La biliographie que nous avons établie suffirait peut-être à témoigner de l'intérêt qu’a suscité Bonnet dans tous les pays. :

Cependant, l'autorité des grands noms étant surtout recherchée, nous tenons à rapporter ici spécialement, pour établir la notoriété de notre auteur dans l’histoire, quelques témoignages remarquables.

Comme naturaliste, son importance et sa valeur sont incontestées: auteur d’une découverte qui le elassa du premier coup au nombre des grands savants (la parthénogénèse des pucerons), il reçut à 20 ans le diplôme de correspondant de l’Académie des Sciennes signé par Fontenelle ; il fut bientôt correspondant et dignitaire de toutes les grandes académies savantes du monde entier.

Pierre Simon Ballanche, familier de Mme de Récamier et qui écrivit lui aussi une « Palingénésie » (sociale) l'appelle le « Brahmane de l’histoire naturelle ». Les encyclopédistes qui le haïssaient, le citaient cependant (voir l’article « sève » (manuscrit 36-9 p. A RE l’article « feuille » etc). Il figuré aussi dans l’encyclopédie d'Iverdun (manuscrit 35-10 p. 1).

Grand épistolier comme nous l’établirons plus loin, il eut pour correspondants quotidiens les princes, les savants et les hommes politiques les plus renommés. Gette immense correspondance inédite, déposée à Genève et que nous avons entièrement dépouillée, serait digne de la publication et semble n'avoir été feuilletée que par quelques génevois (Caraman, Claparède, Sayous, Gaullieur...)

Enfin, au point de vue philosophique, le seul qui nous intéresse ici, il ne fut pas moins distingué. Sans doute Voltaire l’accable d’épigrammes : «ce Bonnet a la tôte fêlée,… » (« Dieu et les Hommes ») etc. (12.230) mais Bonnet n’est guère plus charitable à l'égard du « polygraphe de Fernex » son voisin. En effet, la divergence des oFinions religieuses crée souvent une haine qui aveugle le jugement. Il existe heureusement d’autres témoignages.

EN EE Bonaparte comparait Bonnet à Calvin (Claparède, « PAROI animale » p. 8).

« Rousseau, Müller, Saussure, Bonnet, l’attention de l’histoire et de ha critique s’est portée toute entière sur ces grands noms et sur

ces grandes œuvres » écrit de Reynold dans l” « Histoire littéraire de

la Suisse » (1.5.). Dans le « Genève historique et archéologique » de Galiffé (supplém. p. 3) Bonnet est cité entre Voltaire, Rousseau, Mme de Ctaël, Joseph Bonaparte, lord Byron ! Edmond Perrier voit en lui : « un des esprits les plus ingénieux d’une époque où le génie était commun » (« la philosophie zoologique avant Darwin »). Villemain (« le xvur siècle, r. 11, p. 111) voit dans sa « Palingénésie » « un des plus curieux efforts de l’esprit philosophique remontant par le raisonnement vers la foi. L'examen de l’'Evangile surtout, ajoute-t-il, d’après le problème ordinaire des témoignages, est un chef-d'œuvre d’induction originale ». — Palissot, qui ne manquait pas d’une certaine clairvoyance, voit en lui « un des plus grands métaphysiciens du siècle », et Janet et Séailles, dans —Jeur «. Histoire de la Philosophie » signalent son œuvre comme ayant seule un caractère, entre Leibniz et Kant (p. 8972). N'est-ce pas encore le sceptique Müller qui le j juge de la sorte : « cet homme est un être presque divin, je n'ai rencontré ni dans le monde, ni dans l’histoire, un plus vrai philosophe, un caractère plus noble et plus aimable » ? De Reynold aussi l’appelait « le noble et touchant aveugle » (Histoire de la Suisse. IT. 339).

Grimm déclare que « il ne manque à ses écrits que cet atticisme qu'on ne prend qu’à Athènes, que M. de Voltaire seul a su conserver hors de sa patrie, et que les autres perdent quand ils en sont longtemps absents ».

Au point de vue de l'actualité, bien que personne n'ait aidé à le

sauver de l'oubli qu’il n’avait lui-même rien fait pour éviter, remarquons qu’un manuel encyclopédique des plus récents le « Traité de Logique » de M. Cuvillier le cite à côté de M. Bergson lorsqu'il s’agit

d'établir que « les choses morales ne sauraient être ramenées au calcul » (p. 188).

Enfin, M. Bergson lui-même, dans une prochure fort brève où il ne mentionne que les plus grands noms de la philosophie française, n'omet pas de signaler l’œuvre de Bonnet. Selon lui, le philosophe génevois a préparé par ses « travaux OAGIRAS sur la nature et la

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vie » les réflexions décisives de Lamark (« La philosophie » p. 10).

Il le mentionne une seconde fois à un autre titre : Bonnet est un des penseurs français du xvin siècle qui « ont fourni ces éléments des théories de la nature qui devaient se constituer au siècle suivant » (opusc. cit., p. 10). En particulier, il fut de ceux qui posèrent « le problème de la relation de l’esprit à la matière, abordé dans un sens plutôt matérialiste... avec une précision telle qu'il appelait aussi bien dès lors, d’autres solutions ». Nous reviendrons plus loin sur cette question (Cf. « Bonnet novateur »).

Enfin, « on montrerait sans peine, ajoute M. Bergson, que ses recherches sont à l’origine de la psycho-physiologie qui s’est développée pendant le xix° siècle ». Cette démonstration, nous l’avions personnellement tentée dans un essai antérieur (« La Psycho-physiologie de Ch. Bonnet ». Diplôme d’E. S., Poitiers, 1927).

Il ressort au ne de cet ensemble de témoignages éminents que Bonnet n'est ni un penseur quelconque, ni un auteur désuet et entièrement oublié. Il est donc digne d’une étude approfondie et d'une vogue nouvelle.

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