‹ Charles BonnetChapitre 26 sur 99 · SE · texte numérisé non relu

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guerre civile d'août 1737, il entreprend de défendre à lui seul dans la rue le premier syndic, acte qu’il explique en ces termes : « J'étais trop attaché au Gouvernement par ma naissance et par mes sentiments pour ne pas remplir les devoirs que le patriotisme m'imposait » ( « Mémoires » 14 p. 20). Son respect pour l'autorité était tel qu’il « ne croyait pas qu on püt attenter à la vie d’un syndic »! (idem 14.20). Sa bonne l’emmène pour lui épargner d'être tué. Plus tard, il dira avec une indignation généreuse en apprenant un attentat contre le roi de Portugal : « Quel est donc ce siècle où l’on attente à la personne sacrée des rois ? Mais c’est le siècle de Montesquieu ! » (correspondance inédite, 18.1. p. 90).

Lorsque Rousseau publie son « Discours sur l’origine de l’inégalité », Bonnet s’indigne encore et écrit dans le Mercure de France (octobre 1755) sa « lettre de Philopolis » (18.133) sans avoir même pris le temps de vérifier la fausseté ou la justesse du discours., Comme le dit encore M. Claparède : « il est attaqué dans ses idées traditionnelles : il répond comme un propriétaire dont on enjambe la haie », comme un citoyen dont on attaque la patrie.

Valette (« J.-T. Rousseau génevois » p. 329), décrit cette polémique de façon amusante : « Charles Bonnet crie son indignation à tous ses correspondants... » mais on soutient Rousseau et « le pauvre philosophe de Genthod en arrive à épancher son cœur dans le sein du père Gerdil, barnabite de Turin qu’il supplie de réfuter les Lettres de la montagne ! » (Lettre à Haller, à Allamand, à Gerdil, publiées par Eug. Ritter dans « Etrennes chrétiennes, » 1898, p. 216). |

Même attitude à l’égard de Spinoza, de Voltaire (Correspondance Mr 29%,07,40/00/97, 0r07 NirT7, 146,. 249, etc.) et, des encyclopédistes, (I. 95, 96, 106, 116, 151) : « L'enfer auquel je condamnerais les encyclopédistes, écrit-il à Haller, sérait des attaques de goutte pendant un temps proportionné au mal qu'ils font à la société ! » (EL. ror1). C'est que, « si le philosophe peut quelquefois être représenté armé d’une faux, lit-on dans la Palingénésie (16.80), il doit au moins porter dans l’autre main une truelle ».

Cependant, malgré ces sentiments, il ne se confond pas au groupe imbécile des lutteurs anti-encyclopédistes dont parle Ducros (1) ; sans doute, il s’indigne dans quelques lettres privées, mais il ne

(1) Ducros : « les Encyclopédistes », chez Champion, quai Voltaire.

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vitupère jamais publiquement comme les Chaumel, les Gauchat où les Barruel... Il fait contre ses ennemis une œuvre bien plus efficace : la « Notice raisonnée de divers articles de l'encyclopédie de Paris ». Cette critique froide et méthodique où les articles visés sont simplement analysés avec indication de leur source, est d’une grande force. S'il s’était ouvertement déclaré, il se fût rattaché sans doute au groupe clairvoyant de Guénée et de Bergier. Mais, ennemi des polémiques, le sage garda prudemment le silence.

Enfin, membre du grand conseil, il se montra non seulement patriote mais défenseur de l'aristocratie : « Je portai dans ce corps de la république, déclare-t-il, un fort attachement pour le gouvernement et la constitution et une aversion naturelle pour la démocratie ». (« Mémoires », p. 188). Ses « Ecrits politiques » inédits en font foi (manuscrit n° 12).

Dans ces derniers écrits, « rêve d’un honnête citoyen, qui serait plus facile à réaliser que ceux du bon abbé de Saint-Pierre (1) », Bonnet déplore « l’inquiétude trop naturelle aux Républicains et cet amour des nouveautés toujours si dangereux dans les républiques, par son opposition à cette stabilité des lois qui assure la permanence de l'Etat. » (p. 107). Il propose même un serment solennel de ne point changer la constitution, à l’instar de la république de Zurich.

A trente-deux ans, dans son premier discours, il critique sévèrement le désordre des assemblées politiques ; il trace les règles du serment ; plein de civisme, il reproche aux dirigeants de ne point avoir assez la volonté de se faire obéir, de négliger l’habit et les bienséances qui doivent faire respecter la magistrature. Enfin, il soutient le Magnifique Conseil contre la bourgeoisie (qui se défiait des magistrats).

Le 6 mai 1765, il prononce un second discours « sur la liberté et l'amour de la patrie » : il y prêche le respect pour le clergé et souligne son rôle dans l'Etat (p. 97).

Au fond, ce patriote qui aurait voulu, déclare-t-il, mourir pour Genève (13.297) mais qui n’en eut pas l’occasion, aimait à vivre en sécurité, heureux et honoré comme magistrat « à l’ombre des lois » (7.194). C’est apparemment pour cela qu'il croit à la liberté

(1) Bonnet avait vingt-trois ans quand mourut cet écrivain, précurseur trop peu connu de Kant, de la Société des Nations et du pacte Briand-Kellogg.

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