‹ Charles BonnetChapitre 31 sur 99 · II. — LES OEUVRES INEDITES · texte numérisé non relu

II. — LES OEUVRES INEDITES

Si l’on envisage la déclaration de Bonnet dans l'Avertissement

de l’Essai (r7.xvu) : « J'avais depuis plusieurs années dans mon

portefeuille divers petits écrits de philosophie rationnelle que je n'avais jamais publiés et que l’impression générale de mes œuvres m'a appellé naturellement à finir... », il semble qu’on doive considérer comme des déchets indignes de la publication, ceux des manuscrits qu'il a négliglé d’incorporer au Tome 18°.

Ce fait serait confirmé par le désordre dans lequel il semble

les avoir laissés, mélangés à des documents de toute sorte.

Cependant, il faut considérer qu’il n’a pas non plus publié ses « Mémoires », rédigés avec le plus grand soin, calligraphiés et reliés, ni ses « Ecrits politiques », et aussi que plusieurs manuscrits, après examen, étaient dignes de l'impression au même titre que les autres. Cependant, les titres promettent ordinairement un peu plus que le texte ne satisfait.

« Mémoires sur ma vie et sur mes écrits »

C’est « par patriotisme » et par amitié pour M. de Haller qui l'en prie, que Bonnet écrit cette autobiographie sous forme de lettres, pour. figurer dans un dictionnaire de médecine de M. Carrère, à

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litre de physiologue, ce qui devait contribuer à la gloire de Genève {« Avertissement »). :

Mais, la lettre B fut imprimée avant que Bonnet eût rédigé sa notice (p. 122). Haller mort, il continua cependant, l’adressant cette fois à Trembley. Trembley mort, il s’acharna sur de Saussure. Enfin, décidé à passer à la postérité, en désespoir de cause, il fit don luimême du manuscrit à la bibliothèque (cote n° 14).

La Correspondance |

Elle offre aux historiens une mine de renseignements inédits sur l'époque de la révolte génevoise, de Rousseau, de Voltaire, de Butfon, sur l'Encyclopédie, etc.

Ce n’est pas un paradoxe de dire que Bonnet fut avant tout grand épistolier : nous avons relevé le chiffre de trois cent quatre-vingtsept correspondants environ, (personne encore ne l'avait noté), [sans compter ses familiers], qu’il entretenait de sujets scientifiques, philosophiques, politiques ou personnels. Dans ses lettres à Haller, il tenait discrètement les membres de l'aristocratie de Berne au courant de la politique et des événements de Genève, ce qui était pour eux du plus haut intérêt.

Uné partie très restreinte de cette correspondance a été publiée. par lui-même dans les œuvres de 1789 (T. 11 et 12); par Gaullieur (« musée suisse », 1855, p. 20 et 35) ; par Ritter dans les « étrennes chrétiennes » (1893, p. 187), concernant ses relations avec Rousseau ; par Caraman, concernant la liberté, etc.

Les copies de lettres de Bonnet (sans compter les lettres volantes) forment sept volumes, grand format in folio, d'environ deux cent cinquante pages doubles et d'écriture ordinairement serrée, (de 1751 à 1790) ; trois volumes in quarto (de 1773 à 1790) de cent cinquante, cent quarante et deux cents pages doubles. Enfin, un supplément de cent quatre-vingt-dix pages de lettres à Bennelle.

Le ton de cette correspondance (excepté celle avec Bennelle qui est d’un ton enjoué et tout nouveau à la veille de sa mort), est d’une monotomie lassante. Le sujet essentiel des premiers recueils est la parution de |’ « Essai analytique ». On dirait que ce fut le seul événement de l’époque et qu'il dût occuper l'univers entier.

Les protestations emphatiques d'amitié y tiennent une grande place ; elles ne semblent pas toujours sincères et sont ordinairement

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exagérées. Le ton général est celui d'une extrême urbanité. La « France protestante » lui reproche « l'enflure dans le style et une élégance recherchée dont la monotonie fatigue » (T. I. p. 856). Gérando fait une critique analogue ; ils n'ont pas tort.

Nombre de ces lettres sont des lettres funèbres. La formule est toujours à peu près la même : « Quel ami nous venons de perdre ! M. Réaumur n'est plus !... » (Corresp. I, p. 87, 90, 91, 94). « Nous venons de perdre notre encyclopédie vivante : M. Calandrini n’est plus... » (Voir aussi oraison funèbre de son père, I. 263).

Partout, il se montre extrêmement flatteur, il adule même parfois avec hypocrisie, nous l’avons dit plus haut.

Enfin, les lettres à Bennelle sont pleines de détails réalistes sur les purgations de sa fille, les périodes de sa femme et intéressent peu l'histoire et la science.

Bonnet ne tenait point à ce que sa correspondance fût connue, bien au contraire. [1 recommande à ses correspondants de brûler soigneusement ses lettres. Réaumur ayant légué ses manuscrits (où figuraient des lettres de Bonnet) à l’Académie de Paris, et ces manuscrits ayant été détournés : « Comment osera-t-on désormais correspondre librement ? écrit Bonnet à Haller, il faut que vous brüliez ces lettres ! » (23 février 1760, I. 146). Voir aussi I. 151 à de Lalande).

Quant aux autres manuscrits, ce ne sont pour la plupart que des ébauches. Nous avons choisi les plus remarquables pour les publie: en un recueil d'extraits.

Son style est admirablement clair, facile et coulant mais, dit Sayous « en général prolixe, trop fleuri, un peu diffus, manquant de nerf ». (Revue des Deux Mondes, octobre 1855, p. 74). Il lui reproche encore « l’emphase oratoire et la phraséologie sentimentale chères à son temps, mais dont les grands écrivains du xviri° siècle ont su mieux se défendre ». Gérando aussi, nous l’avons dit, lui reprochait de manquer d’atticisme.

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