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Mais notre auteur avoue lui-même cette influence dans ses « Mémoires » inédits (lettre 8°). Parlant de l’« Introduction de la philosophie » de S’Gravesende : « J'avais beaucoup lu cette espèce de manuel, écrit-il, et il n'avait pas peu contribué à m'’affermir dans les principes vers lesquels mes premières méditations m’avaient conduit. J’y ai puisé des notions exactes sur divers points importants de l'ontologie... ».
Il exprime encore son admiration pour lui dans la préface de |” « Essai analytique » (13.xv) : « Combien de compilateurs de Locke avant qu'on ait vu paraître un S'Gravesende.… » Cependant, il lui reproche dans une lettre inédite à Allamand, de n'avoir employé que la synthèse (corr. I. gr).
Bonnet et Fontenelle
Remarquons aussi l'influence que Bonnet reconnaît à Fontenelle dans sa formation : « Fontenelle, écrit-il dans ses « Mémoires » inédits, (p. 76), était l’instituteur de ma jeunesse au moins dans tout ce qui est du ressort du goût ». Ailleurs, il lui attribue une influence morale : (« Palingénésie », 16-1 19 note) : « ses excellents éloges
écrit-il à propos de l'éloge de M. des Billettes, sont peut-être ce qui a le plus contribué à développer chez moi le goût des bonnes choses et à m'inspirer un désir vif de bien faire. C’est que les exemples disent plus que les préceptes et qu'ils disent bien davanage encore, quands ils sont présentés par un peintre qui sait embellir et animer tout, Ces éloges inimitables ont été la lecture favorite de ma jeunesse et ils sont encore celle de mon âge viril ». Il emprunte dans « l’Essai analytique » (13.258) un mot de ce bel esprit au sujet de la nature : « la magnificence y brille dans le dessein et l’épargne dans l'exécution » + Il loue encore sa logique dans une lettre à Spallanzani (12.34).
Tels sont les maîtres que Bonnet se plaît ça-et-là à reconnaître. N'aurait-il donc subi que ces influences ? Une étude approfondie nous en révèle bien d’autres, qu’il semble contester mais qui s’exercèrent sur lui à des degrés divers. Nous en distinguerons trois groupes :1° celle des cartésiens : 2: celle des empiristes ; 3° celle de quelques penseurs particuliers. |
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Bonnet et Descartes
À l'époque où vécut Bonnet, deux tendances se partageaient le monde pensant : l’une, spéculative s’orientait vers Descartes, Spinoza et Leibniz, l’autre empiriste, vers Locke et Hume.
Bonnet peut être dit cartésien, pour diverses analogies : il définit la matière par l'étendue. Il emploie les mêmes preuves de l'existence de Dieu que Descartes, bien qu'il déclare se rattacher en cela à Bulfinger (16.165 note). Il préconise toujours la réduction du composé au simple et il manifeste l'esprit de déduction, Mais surtout, il tire toutes ses vérités de la conscience immédiate, comme le père de la philosophie moderne (13.17 ; 13.68).
Par contre, sensualiste, il dédaigne le rationalisme psychologique et, pour toute réfutation, se contente de dire qu'il est désormais inutile de réfuter-la théorie des idées innées. (Cette attitude révolte Lemoine dans sa thèse de 1850).
Cependant, il se montre rationaliste en reconnaissant toujours la supériorité des idées claires et distinctes : « Tâchons, recommandetil, en particulier, de ne nous déterminer que sur des raisons distinctes ! (17.141) (Cf. aussi notre 11° Partie-Division 3-Ch. x).
Où il s'éloigne le plus de Descartes, c'est dans ses théories sur l’âme des bêtes et sur leur destinée future. En effet, comme il:le remarque avec amertume, mais non sans humour : « Procédé singulier de l'esprit humain : pendant que quelques philosophes s’efforcent d’ennoblir les plantes en les élevant au rang d’être sentants, d’autres philosophes s'efforcent d’abaisser les animaux au rang de simples machines ! » (8.483).
Dans les « Considérations (6.100), il se déclare expressément contre Descartes. Tout en reconnaissant que ce système est « ingénieux » et « qu'il nous débarrasse de bien des difficultés, il est d’un autre côté, déclare-t-il, trop contraire à l’analogie que nous observons entre notre organisation et celle des grands animaux ».
. De même dans le cinquième « Mémoire sur les abeilles » (10.267) : « Rien ne persuade plus que les Brutes ne sont pas de pures machines, que de les voir varier leurs procédés suivant la diversité des circonstances. Leurs méprises même, bu les irrégularités qu’on remarque dans leurs opérations rendent de plus en plus suspecte l’ingé-
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nieuse doctrine de leur automatisme ». Il donne des exemples techniques à ce sujet dans la Palingénésie (16.81).
Il semble même corisidérer cette théorie comme purement spéculative : dans l’avant-propos de la « Palingénésie » (15-172), déclarant qu'un sentiment nous entraîne à prêter une âme äux bûtes, il ajoute : « Je ne sais si l’inventeur de l’automatisme des brutes ne S'y laissait pas entraîner quelquefois ».
Il voit dans cette partie de la doctrine cartésienne, un danger pour son ensemble : « Les philosophes qui, pour des motifs louables, ont soutenu l’automatisme des brutes n’avaient-ils point à craindre qu'on ne se servit de leurs arguments subtils pour défendre l’automatisme de l'Homme ? » (16.78).
Bonnet ne reconnaît à Descartes qu’un mérite : « Il paraît être le premier de tous les modernes qui ait découvert la méthode » pour parvenir à des notions exactes sur Dieu et sur l’âme humaine (18.121). |
Alors qu’il se plaît d'ordinaire à citer amplement les auteurs qui l'intéressent, il ne nomme que très rarement Descartes et avec froideur. Il semble même ironique dans ce passage de la « Palingénésie » : (15.464) « Les hommes auront toujours plus de disposition à discourir qu’à observer et à expérimenter. Le célèbre inventeur de la méthode de philosopher, le grand Descartes, avait-il soupçonné que pour anatomiser la lumière, il ne fallût qu'en faire tomber un rayon sur un prisme ou observer une bulle de savon ? » Enfin, 1l va jusqu à lui ôter l'honneur d’avoir découvert les lois du mouvement : Selon lui, c'est au genevois Varo qu'il faudrait attribuer cette découverte. (« Ecrits politiques » manuscrits, page 107).
Bien qu'il ne le cite qu’une fois, il semble avoir beaucoup plus de sympathique admiration pour Malebranche dont la psychologie avait un caractère physiologique comme la sienne.
Considérant dans le « Mémoire sur les germes », (10.14) la subtilité du fluide alimentaire destiné à opérer le développement des divers ordres d’animalicules : « le profond Malebranche, écrit-il, qui avait des yeux faits pour contempler de pareils objets, a osé le premier regarder fixement dans cet abime et je manquerais à ce que je dois à ce beau génie, si je ne transcrivais point ici un passage