‹ Charles BonnetChapitre 41 sur 99 · BONNET NOVATEUR ET PRECURSEUR · texte numérisé non relu

BONNET NOVATEUR ET PRECURSEUR

Il ne faudrait cependant point conclure des considérations précédentes que Bonnet soit dépourvu d'originalité. Ses rencontres avec tant d’esprits originaux semblent au contraire tout à son éloge. Est-il un seul génie qui n’ait usé plus ou moins des données techniques qui s’offraient à lui, et qui n'ait subi l'influence de d’autres pensées ? |

Il suffit qu'il ait créé quelque chose et, sur ce point, Bonnet n’est digne d’aucun reproche ; du reste, un seul fait suffirait à le prouver à priori : on ne traduit point dans toutes les langues, (comme on l’a fait pour lui sans subventions spéciales), les ouvrages d'un auteur sans originalité.

Dans le domaine des sciences naturelles, nous avons déjà signalé son importante et précoce découverte de la parthénogénèse des pucerons et celle de la multiplication de bouture de certains vers. Lui-même résume quelques-unes de ses intuitions justes (12.452). Il a vu confirmer par Hérissant ses idées sur l’accroissement (12.15), par Spallanzani, celles sur la préformation organique, d’abord contestées par ce savant lui-même ; par Malacarne, celles sur la

. différence du cerveau de l’homme et des animaux, etc...

En botanique, « j'étais tenté, écrit-il (5.77), de préférer mes idées à celles des auteurs qui m’'avaient précédé. Au moins, il me semblait que j’approfondissais un peu plus la matière qu'ils ne l'avaient fait. » Effectivement, son ouvrage sur « l'usage des feuilles » est devenu classique et fait autorité en botanique.

Ne fut-il pas enfin un des initiateurs du mouvement apicole ?

Bonnet souligne lui-même sans modestie, son originalité à plu-

sieurs autres points de vue ; l'hypothèse que les polypes ont une

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âme : « J'ai essayé le premier, dit-il, (15.248) d’en donner des solutions conformes aux principes d’une saine philosophie ». Plus loin, (15.328) : « Je suis le premier qui ait fait voir en quoi consiste précisément le Moi ou la personne dans les insectes qui se métamorphosent ». Il n’hésite pas à se considérer comme le fondateur de la vraie psychologie : « Quand j'ai lu ce que des auteurs qui ont de la réputation ont écrit sur les Facultés de notre Ame, je me suis étonné de la confusion, de l'obscurité et du peu d’exactitude de leurs idées... » (13.136). Aussi, rompait-il brutalement avec l’histoire, pour créer de toutes pièces : Je dois me borner à dire ce que les choses sont... et non ce qu’elles ont paru être à divers auteurs » (13.136). |

En fait, on le mentionne comme un des premiers psychologues qui aient tenté une théorie physiologique de l'attention et de la mémoire. Avant les associationnistes, (Stuart Mill naquit 13 ans après la mort de Bonnet), il avait souligné le rôle capital de l’association dans la vie psychique : « l’opinion ne régente le monde que par les idées associées », écrivait-il (15.154) et, bien avant Régis, il parlait de « centres d’association |! »

Il est aussi le premier auteur de la théorie de l’ « énergie spécifique des nerfs ». La psychiâtrie lui doit la première observation technique d’un cas d’halluecination consciente (14.117). Enfin, M. Claparède seul le remarque : « à l’époque où il se mettait au travail, presque tout du domaine qu’il avait choisi était à défricher ». (« la Psychologie animale », p. 92), ce qui s'explique, puisque la psychologie autonome n'avait été inaugurée par Locke qu'un demi-siècle avant la naissance de l’Analyste.

Dans un autre domaine, Bonnet contribua encore à introduire la philosophie dans une voie de conciliation rationaliste avec la religion, partant de ce principe : « la vraie philosophie pourrait-elle méconnaître tout ce qu’elle doit à la religion ?... La vraie religion s’élèverait-elle à son tour contre la philosophie et oublieraitelle les services importants qü’elle peut en retirer ? » (16.470).

Cependant, ce qui est plus méritoire encore et que peu ont remarqué, c'est l'importance de Bonnet comme précurseur de découvertes, de théories et de travaux modernes en philosophie,

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