‹ Charles BonnetChapitre 45 sur 99 · LÉGITIMATION DE NOTRE MÉTHODE · texte numérisé non relu

LÉGITIMATION DE NOTRE MÉTHODE

Après avoir établi par des faits, que Bonnet est digne qu'on lui consacre une étude, il est temps d'indiquer et de justifier la manière dont nous étudierons ses textes. \

« L'esprit humain, éerivait-il dans ses « Mémoires », ne sent jamais plus agréablement son existence que lorsqu'il produit de son propre fonds, ou qu'il revêt de nouvelles formes les idées qu'il a acquises ». (« Mémoires » inédits, p. 114).

En composant cet ouvrage, c’est cette dernière sorte d'agrément que nous avons surtout recherchée : celui de donner une

forme cohérente à une pensée étrangère de recréer avec des éléments épars un système original, de bâtir un petit édifice avec des matériaux délaissés, d’édifier selon l'expression pittoresque de Guyau, une maisonnette au pied de cette Tour de Babel qu'est le problème de la Liberté. |

Nous avons entrepris de réaliser en cela un vœu de Bonnet luimême : il « supplie » son lecteur de vouloir bien rapprocher ses principes (14.234), de « fortifier la liaison des principes en les rapprochant... » (14.86), démarche indispensable pour le comprendre, comme nous allons le voir.

Il s'exprime souvent ainsi: « le lecteur me comprend. je m'adresse au lecteur intelligent... le lecteur suppléera, etc... » (14.158 ; 168, etc...) « Je ne fais ni une lôgique ni une rhétorique, je crayonne ». (13.119).

Il est en effet, deux sortes d'écrivains : les uns, méthodiques et

conscients de l'importance qu'à la présentation d’un ouvrage pour son succès et son utilité, ne livrent leur œuvre au publié qu'après lavoir parfaitement mise au point. Le vrai génie comporte d'ordinaire cette puissance de réalisation dont un des stades est la mise en ordre des éléments. D’autres au contraire, pour des raisons spéciales, se laissent aller au hasard et comptent trop sur le travail du lecteur : Bonnet appartient à ce dernier groupe comme il le confesse (10.44-16.271-17.x-15.211-16.325-16:334, etc...) . Hélas, le lecteur à rarement le temps, la patience et la compétence nécessaires pour parfaire ainsi les œuvres. et l’auteur tombe dans l’oubli : « Comme il est oublié ! » s’écrie Bonnstetten, vingt ans seulement après sa mort !

Peut-être son nom serait-il aussi connu que celui de son maître Leibniz, ou au moins d’un Condillac, s’il avait su se rendre lisible.

Ce n'est point par défaut d'idéal que notre auteur pécha. Il trace des règles de composition parfaites, dans l’« Essat » (x 7.309). Il prèche la « concaténation des idées » (15.57). « Je souhaiterais, écrit-il aussi dans P « Essai Analytique » (13.44), que ce petit ouvrage fût une psychologie presque géométrique ». Mais, il ne sut réaliser ce souhait comme Spinoza dans son « Ethique », cela pour plusieurs raisons.

D'abord, rendu presque.aveugle par un abus précoce du micros-

VEN, Wey

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