IMPORTANCE DE LA MORALE
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L'existence d’une morale semble insoupçonnée de la plupart des hommes, tous sont censés observer une morale sociale qui sert de prétexte à la justice civile, mais qui est ordinairement mal connue ; au fond, une incohérence relative est la loi.
Cet état de choses s'étend bien plus qu'on ne le croirait, même dans les classes cultivées. Seuls, quelques ‘adeptes d’une confession religieuse, nantis d’une conviction profonde ont, lorsqu'ils sont sincères, une attitude morale assez définie et constante, et aussi quelques philosophes convaincus, ou des sages nés et élevés dans l’ordre.
Les moralistes eux-mêmes, en entreprenant la critique d’une matière qui gagnerait à ne point être critiquée du tout, ébranlent souvent la base de la morale qui est, semble-t-il, la croyance à sa valeur absolue; leur œuvre ne présente plus dès lors qu’un intérêt esthétique ou théorique.
Finalement, les meneurs d'hommes et certains mystiques semblent les seuls à reconnaître à la morale une grande importance pratique. C’est, semble-t-il, à ce titre de croyant, de candidat à une vie future, que Bonnet attacha une importance spéciale à la science morale et qu'il l’étudia avec inquiétude dès son adolescence, et avec ferveur.
Il proclame en plusieurs endroits de ses œuvres, la nécessité d’être éclairé en morale : « la principale étude de l'Homme est celle de l'Homme : la Psychologie, la Morale, le Droit naturel, sont les trois parties... qui méritent le plus d'être cultivées par l'Homme qui s'occupe de la recherche du bonheur, car ce sont les actions de l’homme qui’il s’agit de diriger ». (18.177).
Mettant en pratique ces opinions, Bonnet entreprend à l’âge de vingt ans une correspondance philosophique sur la liberté, avec Cramer. Il fonde avec quelques amis, une petite société destinée à discuter à ce sujet. Il avoue dans ses « Mémoires » inédits, l'anxiété qui l'y détermina. Nous lisons encore dans le « Philatèthe » : (18.271) « L'expérience et la réflexion se réunissent pour nous faire sentir combien il m'importe que mon Entendement soit fort éclairé sur les Biens et les Maux... ». Dans l’Essai de 1954, (17.161): « les maximes de la Morale sont utiles, puisqu'elles conduisent au Bonheur ». « Si nous possédions une théorie parfaite, notre pratique le serait aussi » (16.57).
Enfin, la science morale est incontestablement la première de toutes : « la philosophie rationnelle ». science du bonheur et qui est la sagesse même, est « la science qui mérite le plus d’être
cultivée, puisqu'elle est celle qui influe le plus directement sur le perfectionnement de l'Esprit et du Cœur » (18.184).