‹ Charles BonnetChapitre 62 sur 99 · tome l Le: rene · texte numérisé non relu

tome l Le: rene

lorsqu'un individu est dans le cas de sacrifier son intérêt personnel l'intelligence lui indique que le sacrifice de son intérêt actuel est encore conforme indirectement à son intérêt général et le décide ainsi à accepter le sacrifice, à y rechercher son bonheur.

Finalement, dans cette doctrine, le devoir revêt un aspect très particulier : comme il est avant tout la condition, le moyen d'accès au bonheur, et que tous tendent spontanément à sa recherche, Bonnet insiste rarement en faveur du devoir ; il n’encourage pas à s’y soumettre comme les moralistes ont coutume de le faire, il n’ajoute à sa doctrine théorique aucune parénétique, conformément à sa théorie de la liberté que nous exposerons bientôt « Tâchez, dit-il seulement de manière rene, de contracter l’habitude de la vertu » (19.177).

I ne semble même pas supposer qu’il puisse être parfois pénible de le faire, puisque l'amour du bonheur est naturel et que sa. recherche ne renferme donc rien de pénible. C’est encore pourquoi il ne songe pas à examiner le moindre cas de conflit moral entre des intérêts contraires : la morale naturelle semble à ses yeux d'une application « facile », « toute naturelle », proportionnée à la force de chaque individu et à sa nature.

. Très clairvoyant, Bonnet ne prétend pas imposer à tous les hommes indistinctement la poursuite de la perfection, comme on. le fait souvent, ni des obligations égales, mais seulement aux individus d'élite qui y sont appelés par leur supériorité individuelle.

De plus, il donne à la perfection elle-même, une forme simple et humaine : le bonheur du plus grand nombre, et non point une perfection « en soi » qui dérouterait l’homme, plantigrade il ne faut pas l'oublier. Le mot « devoir » perd ainsi dans ce système le caractère austère, rébarbatif qu'il revêt d'ordinaire : on retrouve cette qualité dans la religion de Bonnet, dépouillée des éléments pénibles.

L'homme est Ne dans son intérêt, à se conformer à certaines normes naturelles proportionnées à ses forces individuelles, s'il. veut être heureux condition que Bonnet suppose réalisée a priori comme un axiome.

Est-ce à dire qu'il soit responsable de ses actes lorsqu'il ne sait point trouver son bonheur véritable — et quil soit passible de

sanction sans que notre notion de la justice ne se trouve violée ?

Pour répondre à cette question, il nous faut étudier le problème de la liberté qui tient une des premières places dans la pensée de Bonnet : C'est le point le plus obscur et le plus délicat de toute

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