‹ Charles BonnetChapitre 70 sur 99 · PET · texte numérisé non relu

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celui où il traite le plus longuement de cette question. N'est-ce pas là le suprême désavœu ?

Bien plus, il contredit nettement ses affirmations premières. :

. la Nécessité morale, écrit-il, n’est point du tout une vraie nécessité... » Enfin, il ajoute cette définition équivoque, sorte de compromis entre ses opinions anciennes et les nouvelles : «... la Nécessité morale n'est au fond que la certitude considérée dans les actions libres. » |

À nouveau, il énumère les différentes sortes de nécessités, mais en remaniant leur définition. Oubliant ici la nécessité mathématique, il définit plus exactement Ia nécessité physique: Cette nécessité régit les mouvements des corps, écrit-il « parce que .ces mouvements résultent des propriétés essentielles de la Matière. Un. corps est mû et il meut. Il ne peut ni n'être pas müû ni ne pas mouvoir ». Dans l’ « Essai » de 1554, nous trouvions cette simple indication : «... qu’une pierre laissée à elle-même tombe, c'est d’une nécessité physique » (17.147).

Quant à la nécessité morale qui préside aux déterminations des hommes, elle n’est plus que relative. «...le Déterminisme de la Sagesse, du Bien ou du Bonheur n’est pas d’une nécessité fatale... »

. l'Esprit se détermine et n’est jamais déterminé... », thèse déjà développée comme nous l’établirons bientôt, dans |’ « Essai Analytique ». \

Deux chapitres plus haut (16.445.5), au hasard d’un développement sur la « diffusion de l'Evangile », il le rappelait encore en ces termes : «... un Etre intelligent et libre ne peut être contraint par des motifs... des raisons ne sont jamais des causes nécessilantes, des poids, des leviers, des ressorts... ».

. N'est-ce pas là une véritable défaite D'abord, puisqu'il reconnaît l'impropriété du mot « nécessité » et qu’il ne croit plus par ailleurs, à l'existence de cette nécessité, pourquoi persister à employer le mot ?

En second lieu, à quoi bon revenir encore et avec tant de détails, ‘sur des définitions établies antérieurement avec ampleur, sinon pour les modifier et les corriger ?

Enfin, que signifie au juste cette formule hésitante : « la certitude considérée dans les actions libres » ? Selon sa nouvelle conception, que nous exposerons bientôt, elle semble signifier ceci : si l’on tient

absolument à maintenir l'expression « nécessité », à la rigueur on pourra désigner par là notre conviction personnelle que nos semblables agiront dans telle circonstance, d’après le caractère que nous leur connaissons, comme il le prétend dans le « Philatèthe » (18.152.331) ; telle est du moins l'interprétation que nous jugeons la moins incertaine, le texte lui-même étant parfaitement obscur.

En un mot, il n'ose pas avouer expressément qu'il s’est trompé. Son amour-propre s’y refusait déjà lorsque, voulant localiser à tout prix le siège de l'âme, il fût convaincu d'erreur avec une exquise politesse par Malacarne. Nous avons exposé cette aventure dans notre. précédent mémoire (r). ;

N'est-ce pas au même sentiment qu'il obéit lorsque, obligé d'avouer son premier ouvrage anonyme pour l’introduire dans la collection des œuvres complètes, conscient de l'impression fâcheuse produite sur le public pieux et les gens de bien, par les théories fatalistes qui y sont exposées, il déclare avoir « revêtu le personnage du Fataliste » par artifice et dans un but apologétique ?

Il le revêt, en effet, avec un tel naturel, une telle flamme, qu'on est fort tenté de ne point croire à ce prétexte. ë

Toutefois, il n’y avait là vraiment rien d’antichrétien. Bonnet pouvait être sincèrement fataliste tout en restant, sinon orthodoxe, du moins croyant sincère, comme le souligne judicieusement « l’auteur de l’Essai et des Recherches sur le Christianisme » (17.xV9).

Bien mieux, comme le remarquait finement de Gérando (p. 4or) : en dépouillant l’homme de la liberté, « Bonnet a cru en faire une sorte d'hommage au Créateur » : Ja liberté est soumise à la volonté, soumise elle-même au jeu des Organes, à l’action des objets, voulus par la sagesse divine.

Les théologiens, en l’accusant, commettaient donc un contresens et Bonnet était fondé à écrire ces paroles amères : « Je ne puis pas faire qu’il n’y ait point d’esprits louches qui saisissent mal mes principes... je pourrais n’être pas à l’abri de la censure théologique, toujours aigre par son impuissance même », (à M. Roger, oct. 1759 — Corresp. 1.113). Jon,

Après avoir recueilli, rapproché, étudié et synthétisé les théories

(1) Cf, bibliographie « Psychophysiologie de Ch, Bonnet »,

déterministes, en tâchant de reconstituer l’évolution de la pensée de notre auteur, nous allons, suivant une méthode analogue, exposer ses théories relatives à la liberté.

Nous étudierons successivement quatre points dont l’ensemble nous a semblé constituer le plan le plus logique et Île moins arbitraire (comparé à la marche de l’auteur) :

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