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THÉORIES SUR LA LIBERTÉ

A. — La liberté d’indifférence

Le problème de la liberté revêt ordinairement en psychologie la forme suivante : des motifs se présentent à la volonté qui choisit et. préfère l’un d’eux ; soit qu’un motif s’impose à elle et la détermine; ‘soit qu’elle reste libre et qu’elle choisisse « librement », qu'elle se détermine elle-même « sur la vue des motifs ».

Cependant il peut y avoir des cas particuliers où les objets « ne présentent aucun motif » (14.17).. Ges sortes de cas sont ceux qu’on nomme d’ « indifférence ».

Bonnet les .a envisagés sommairement dans ses deux « Essais » et nous les examinerons d’abord parce que, l’auteur ne reconnaissant pas à l'âme cette sorte de liberté, les analyses qu'il en fait se rattachent un peu à ses thèses déterministes, et font suite aux précédents chapitres, tout en acheminant à l’étude de la liberté proprement dite.

La liberté d’indifférence, si elle existait, ruinerait la morale: en effet « il n’est point de vertus sans motifs » : pour être vertueux, il faut être déterminé par des motifs ; la religion fournit les meilleurs : l'excellence de la volonté dépend de leur rationalité.

Cette opinion est plusieurs fois affirmée dans la correspondance :

«La liberté d’indifférence, écrit Bonnet à Réverdil, en décembre 1769 (corr. [. 133) est tout au moins une chimère et dont l’idée détruit celle que nous devons avoir de la Vertu » ». — (idem, à Roger — oct. 1709 —l:173),

. Gomme le remarque judicieusement l’auteur : les théologiens qui admettent une liberté d'indifférence ne la supposent pas dans les discours pathétiques où ils tâchent d’inculquer aux hommes les principes de la vertu (15.32). De plus, si l’âme, indifférente entre les motifs, restait insensible à l'attrait du bien qui est l'attrait du bonheur, l'attrait de l'intérêt actuel, qui réside dans l’un des motifs en présence, « il n'y aurait plus de sûreté dans la Société, par ce qu'il n'y aurait rien qui nous répondit des actions d’autrui », désormais entièrement indifférentes à leur auteur.

Communément, lorsqu'on parle d'individus déterminés, on songe aux déterminations mauvaises, héréditaires, de criminels ou d’alcooliques. Bonnet, au contraire, voit dans le déterminisme des motifs, la source de la moralité (13.136 fin), le bon déterminisme. — C’est que, selon lui, le déterminisme principal de l'âme est celui du

meilleur. Ce n’est donc que par erreur, par accident, qu’on fait le mal en croyant se porter au bien (18.152).

Ainsi, à l’instar de Leibniz dont il s'inspire si souvent, Bonnet réprouve cette thèse de la liberté d’indifférence selon laquelle la volonté, en présence de motifs, serait incapable ‘d’une option quelconque. Abordant la question au chapitre 44 de l’ « Essai de Psychologie » (17.139), il suppose deux cas

Dans le premier cas, l’âme dégagée de son corps, placée entre deux objets qui lui paraîtraient parfaitement semblables, demeurerait en équilibre entre ces deux objets ; elle ne pourrait se déterminer ni pour l’un, ni pour l’autre, n’ayant pour le faire aucune raison, ni dans la nature des. objets, ni dans la nature de la volonté.

Mais, dans le second cas qui est la réalité, l’âme est unie à un corps dont elle éprouve les impressions qui la déterminent à agir, si inégales ou si sourdes qu'elles soient, Il n° y a donc jamais dans la réalité, de cas d’indifférence véritable et d’auto-décision sans raisons. Dans ces prétendus cas, il y a toujours une raison « très petite » qui reste inaperçue, mais nous décide également bien.

Six ans après, dans |’ « Essai Analytique » (14.13), Bonnet reprend

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