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raisonnement, en termes à peu près identiques dans un chapitre du « Philatèthe » (18.270) sur les « idées de Bonheur ». Ainsi, la délibération est pour l’homme une source d’illusion plutôt que de lumière.
Bien plus : outre ce facteur d'’illusion, ce caractère successif de la délibération, il en est un autre, signalé au chapitre 45 et qui suffirait à lui seul, à illusionner l'âme : quand elle croit s'être déterminée sciemment pour ou contre le bien véritable, après délibération, la véritable raison de sa détermination est alors dans « une certaine disposition du Corps, . dont l’Ame ne s'aperçoit pas clairement ».
(Notons que, huit pages plus loin (152), tel un sophiste, Bonnet soutiendra avec emphase l'existence de Ja liberté, en jouant à dessein sur ce mot). De plus, six ans plus tard, au cours d’une critique de la théorie de Condillac (13.140. Par. 2), oubliant ses propres écarts, il concluera avec hauteur : «... toutes ces erreurs doivent principalement leur origine au peu de soin qu'on a pris de bien analyser ces facultés ». Il ajoutera dans la « Palingénésie ». qu'il n'a « rien négligé pour ramener la question à ses termes les plus vrais ».
La théorie de la délibération est bien différente dans les ouyrages postérieurs. D'abord, elle y est beaucoup plus résumée, (13.142), puis, l’auteur lui prête un tout autre rôle : «.. la Volonté toujours subordonnée à l’Entendement flotte quelque temps entre des idées plus ou moins opposées : vient-elle enfin à se fixer ? la Liberté s'exerce : un parti est préféré, l’Ame agit conséquemment à cette préférence ». ,
Sans doute, l'usage de la délibération est encore une marque d'infériorité ; le besoin de délibérer prouve que « l’être qui délibère n'a pas assez de pénétration ou d'intelligence pour voir du premier coup d'œil le vrai meilleur » (13.149. Par. 2) ; aussi, l’Etre parfait, Dieu en est exempté.
Cependant, la délibération n’est plus une source d’illusion : elle est même représentée comme efficace : la détermination devient le fruit d’un choix conscient de l'âme, dû à l'attention qu’elle donne aux idées (140, Par. 2), (c’est que Bonnet évoluait alors vers Ja foi au libre arbitre).
Du reste, la volonté étant par définition la faculté de choisir, la délibération devait être a priori d’une efficacité réelle dans sa doc-
trine. C’est, en effet, par délibération que l’entendement, cette « sensibilité plus relevée », discerne les motifs qui comportent un élément de « plaisir », de « bien » et les présente à la volonté pour qu'elle se détermine.
. Cependant, si l’on s'élève au-dessus des détails successifs de cette œuvre trop longue, pour ne s'attacher qu'à la pensée la plus intime de l’auteur, on a l'impression finale qu’il n’a laissé une place à la délibération que par convenance, par condescendance, et comme malgré lui. Etant donné l'importance primordiale des influences générales et celle des motifs, la délibération semble une simple formalité : les sens jouent Le véritable rôle ; l’'entendement ressem-
ble fort à un régisseur ou à un rapporteur général qui se borne à présenter les textes qu’on l’a amené à rédiger, et la volonté à un président, à un figurant, à un premier ministre dont le rôle se borne à « signer » les décisions comme on l'y invite.