‹ Charles BonnetChapitre 77 sur 99 · CHAPITRE III CONCLUSIONS SUR LE PROBLÈME DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE III CONCLUSIONS SUR LE PROBLÈME DE LA LIBERTÉ

Après avoir exploré tous les sentiers de cet itinéraire qui parfois ressemble fort à une impasse, nous en marquerons le terme par deux indices :

1° En produisant le texte inédit de Charles Bonnet intitulé « Propositions sur la Liberté » (2), parce que (nous l’avons dit au début) c’est le seul exposé complet et méthodique, et aussi l’expression la plus sincère de la pensée de l’auteur dans les parties où elle a le moins varié.

2° « En soulignant une partie de l'œuvre, très peu développée par rapport au reste, mais qui contient selon nous, des notions susceptibles d'avancer vraiment la science psychologique, et la vraie solution du problème de la liberté.

Les « propositions sur la liberté » (avril 1749) :

1° L’Ame est douée d’une activité qui lui est propre ; du pouvoir nommé soi-mouvant, (on retrouve cette expression dans les œuvres une seule fois (18.149).

2° Ce pouvoir est de sa nature indéterminé.

3° Ce qui détermine, c'est la raison suffisante.

4° La raison suffisante est le meilleur.

5° Le meilleur est tout ce que l’Ame juge tel.

6° Le désir du meilleur est essentiel à l’Ame.

7° La Faculté par laquelle l’Ame embrasse le meilleur est la Volonté.

8° La faculté par laquelle l’Ame agit en suite de l’acquiescement de la Volonté est la spontanéité (cf. 14).

9° La Volonté et la spontanéité constituent la Liberté.

(2) Ces propositions inédites font partie des « Mémoires sous forme de lettres » (manuscrit 14 de la Bibliothèque de Genève). Elles ont été citées par Caraman dans son ouvrage sur Bonnet (p. 91), mais ce critique a omis, on ne sait pourquoi, la 29° proposition que nous avons restituée ici.

2 Qhh =,

io® Les sources des déterminations de l’Ame sont dans son entendement et hors de son entendement.

° Dans l’entendement, ce sont les idées acquises. ° Hors de l’entendement, ce sont les objets extérieurs. 13° L'âme ne peut juger des choses que par les idées (superflu). 14° L'action suit nécessairement le dernier jugement de l'Ame. 15° Plus la suite des idées est conforme à l’ordre, plus il y a de perfection dans l’entendement.

16° L'ordre consiste dans’ les rapports ou proportions que nous observons entre les êtres.

17° La perfection de l’entendement constitue la perfection de l'âme.

18° Le bonheur suit naturellement la perfection, le malheur l’imperfection. (Dans la 22° proposition, Bonnet indique une des formes de ce malheur : c’est le sentiment de « déplaisir » qui suit l’imperfection).

Conséquences :

19° Le sentiment intérieur de la Liberté est la conscience que nous nous sommes déterminé sans contrainte, avec volonté et spontanéité, en vue du meilleur.

.20° L'opinion qu’on pouvait se déterminer autrement qu’on ne s'est déterminé vient de ce qu'avant l’action, on a hésité ou balancé sur les divers partis qui se présentaient et que la raison qui a, déterminé en faveur de l’un de ces partis s’est trouvée si petite qu'elle n’a affecté que faiblement.

° Les idées de juste et d’injuste, de vertu et de vice, de bien et de mal, se réduisent à celle d’ordre et de désordre.

22° Le sentiment qui suit une action contraire à l’ordre, naît de la perception de cetie disconvenance et du déplaisir qui suit l'imperfection.

23° La liberté d’indifférence est contradictoire à la nature du principe actif.

24° La prévision de Lich s'étend à tout et il n’y a point de futurs contingents.

25° La certitude et la nécessité par rapport aux actions humaines coïncident dans l’Entendement divin.

26° L'état actuel de l'Ame étant donné, et l'impression des objets extérieurs étant connue, on aura la détermination future et conséquemment toutes les déterminations suivantes. ;

27° La première détermination de l’Ame n'étant point en son pouvoir, et les déterminations suivantes dépendant de celle-là, :l s'ensuit qu'il n’y a pas lieu à l’imputation, prise selon le sens ordinaire.

28° Le but de la Révélation est de procurer aux Hommes, une abondante source de bonnes déterminations.

29° La sanction de la loi positive se réduit aux termes de Ja proposition 18.

30° Le malheur à venir annoncé par la Révélation aura pour fin de ramener à l’ordre ceux qui s’en seront écartés en le leur faisant envisager comme le meilleur. »

(Mémoires manuscrits p. 98).

Il est aisé de remarquer que dans cette dissertation, antérieure à tous les ouvrages des œuvres complètes, l’auteur énonce toutes les propositions essentielles qu’il « délaiera » vainement et avec beaucoup moins de clarté dans tous les ouvrages postérieurs.

Il passe logiquement d'une idée à ses conséquences, de telle sorte que le lecteur peut saisir la suite de son raisonnement, comme il aurait dû le faire toujours : « Ces propositions lui écrivait Cramer, sont couchées avec beaucoup de méthode. »

Enfin, aucune de ses opinions n’a varié depuis cette date, excepté peut-être celle énoncée dans la 24° proposition, relativement à la prévision divine : «... il n’y a point de futurs contingents.… » (Il devrait ajouter « relativement à Dieu », comme il l'a mis en évidence dans une note postérieure).

Quant à la 3°, il a hésité toute sa vie, comme nous l'avons vu, entre l'opinion qu’elle enferme et l'opinion contraire que lui suggérait son correspondant Cramer dans une lettre du 11 juillet

Il lui est même arrivé d'exprimer l'opinion exactement contraire.

Cet ensemble de propositions inédites, surtout dans sa deuxième partie, les « conséquences », enferme déjà les principes du système d'éthique que nous retrouvons dans toutes les œuvres publiées : il

nous aide ainsi à édifier cette éthique dont l’auteur a abandonné les matériaux, un peu comme le paléontologue reconstruit un animal disparu avec quelques débris fossiles.

Quant au deuxième indice qui nous servira à marquer le terme de notre Synthèse sur la liberté, c’est le sommaire de quelques vérités profitables perdues ça et là dans les œuvres relatives à la liberté.

Vérités de la doctrine utiles au progrès de la psychologie’et de la morale scientifique contemporaine.

Si nous sommes en peine pour discerner, au milieu de ces multiples contradictions, l'opinion fluctuante de l’auteur; si Bonnet a lui-même reconnu qu’il méritait des reproches pour avoir « trop pressé » la nécessité, (lettre à Needham, 20 février 1761. Corresp. I. 222 verso), du moins sommes-nous dédommagés dans nos recherches par une série de propositions éparses qu'aucun critique, à notre connaissance, n’a distinguées ; elles semblent contenir une solution sage et parfaitement conforme à l'expérience, de ce problème qui semble insoluble, parce qu'il est toujours mal posé. ME = Nous ne saurions mieux les illustrer qu'en les rapportant exactement, dans un ordre logique, sans aucun vain commentaire : ce sont les rares mais précieuses perles perdues dans l’amas fastidieux des 18 volumes des œuvres. Voici ces adages qui semblent parfaitement simples et lumineux par eux-mêmes (n'est-ce pas le critérium de leur vérité ?).

€ ...NOTRE LIBERTÉ EST INFINIMENT BORNÉE....» (17.154.2). (C....LA LIBERTÉ D'INDIFFÉRENCE NE S'EXERCE QUE DANS DES CAS TRÈS RARES ET PEU IMPORTANTS. ...» (17.170).

«....LA LIBERTÉ, COMME TOUTES LES FACULTÉS DE NOTRE ÊTRE, S'ÉTEND ET SE PERFECTIONNE. ...» (13.136.1).

Page 1