‹ Charles BonnetChapitre 96 sur 99 · MEMOIRE SUR LE CULTE- PUBLIC · texte numérisé non relu

MEMOIRE SUR LE CULTE- PUBLIC

Le Mémoire sur le culte m’a paru aussi judicieux qu’instruetif. Il tend à son but par la meilleure route. Il ne suppose point de trop grands changements on des changements trop difficiles. 11 n’attaque point toutes les imperfections, et ne cenduit point à ces perfections idéales qu’on ne saurait réaliser. Enfin, il marene comme la nature et ne va point par sauts.

Je n’aurais qu’une seule chose un peu essentielle à proposer, je la soumets avec respect au jugement de la commission, et en particulier à celui de M. le Professeur Vernet.

Ce serait sans doute en vain qu’on établirait dans l’Etat un culte public, si ceux qui doivent y participer n’étaient point fortement convaincus des grandes vérités qui sont le fondement de ea culte. Je parle des principales preuves de la Religion naturelle et de la Religion révélée. Jé sais que ces preuves et les vérités qui en découlent sont la riche matière des sermons et des catéchismes ; mais, je sais aussi que le raisonnement ne peut guère dominer dans les sermons et dans les catéchismes. Et combien les preuves dont il s’agit perdent-elles de.leur force intrinsèque lorsqu'on ne peut point les enchaîner, les développer, les combiner comme elles demandent à l’être pour entraîner l’acquiescement de l’esprit ! |

Je demande donc s’il ne serait pas convenable qu’il y eût à Genève un lieu, un jour fixé pour étudier les textes et les discours uniquement consacrés à l’établissement des preuves fondamentales de la religion Naturelle et de la religion Révélée ? Le but si important que la commission se propose ne serait-il pas mieux rempli encore si les Ministres de la parole étaient chargés de faire à tour le rôle, dans un certain temple et à un certain jour, pendant le cours de l'année, une suite de discours qui n’auraient pour objet que les preuves de raisonnement et les preuves de fait de l’une et de l’autre religion ? On pourrait facilement graduer ces preuves, en dresser une sorte d'échelle ou de tablature à laquelle ics Pasteurs et les Ministres se conformeraient.

Le discours que j’ai ici en vue se rapprocherait un peu des sermons de congrégation, soit dans la manière, soit dans la fin. Si donc ces sermons ont paru très utiles à ceux qui en ont proposé l'introduction, si l’expérience a confirmé leur jugement, combien les discours que je prends la liberté de proposer seraient-ils plus utiles encore ! Il suffit de réfléchir quelques instants sur l’état actuel de 1’Eglise, sur les assauts que l’incrédulité livre sans cesse à la Révélation, sur es conquêtes que cet adroit et audacieux Prothée fait chaque jour sur l’ignorance assez universelle de l’art de raisonner avec les incrédules ; il suffit, dis-je, de réfléchir un peu sur tout cela pour sentir aussitôt la nécessité d’introduire dans notre culte public un préservatif que les sermons et les câtéchismes ordinaires ne sauraient fournir.

On voit assez ca que j’enterds par la graduation des preuves, il saute aux yeux que les premiers discours roulersient sur l’existence de Dieu, sur ses perfections, sur la providence, sur les lois naturelles, etc., ete... Quand on aurait achevé d’établir les vérités capitales de la religion naturelle, on passerait à celles de la religion judaïque et on finirait par celles de la religion chrétienne.

Je voudrais en général qu’on s’attachât moins dans ces discours à saisir au corps les incrédules qu’à prouver directement, solidement et brièvement les vérités qui sont la base du bonheur de la société et des individus.

Je préférerais done que l’Auteur du discours tirât les difficultés et les objections du fonds même de son sujet, plutôt que de paraître les tirer des écrits de quelque incrédule célèbre.

Je n’exigerais pas un pur didactique ; si a:

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