‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 101 sur 126 · INSTINCT ET INDUSTRIE DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

INSTINCT ET INDUSTRIE DES ANIMAUX

se souTi^nent des choses et des impressiODS qui les ont af* fectés. Les Ueui^ les personnes^ les objets animés ou inanimés se retracent dans leur cerveau^ et ils agissent conformément à ces diverses influences. La manière dont les animaux varient les procédés dont ils se servent pour sa* tisfaire à leurs besoins^ est une preuve concluante contre le système de ceux qui voudraient les considérer comme de simples machines, car des machines ne sauraient changer leur mode d'action pour un autre, et pourtant les animaux varient continuellement les leurs suivant la diversité des accidents au inilieu desquels se passe leur vie. Gomment d'ailleurs une machine pourrait-elle être calculée pour répondre à toutes les combinaisons que peut suggérer la volonté dans une existence tout entièi^e ? Ck)mment une mécanique quelconque pourrait-elle à un moment donné exécuter des mouvements qui supposent une certaine intelligence» tels que chercher de la nourriture, mettre en dépôt ce qui lui est superflu, déjouer f attaque des ennemis, chercher à Surprendre une proie , veiller à la conservation de sa pro^ géniture ? Une machine ainsi organisée serait plus étonnante mille fois que l'animal lui-même auquel le philosophe voudrait pourtant refuser une intelligence. Ce qui souvent a fait errer d'excellents esprits dans cette importante question, c'est que l'on a pu supposer la religion intéressée dans le débat; mais il est facile de voir que c'est là un scrupule exagéré. U ne peut être contraire aux vrais principes de la morale et de la religion de considérer les aninîaux comme doués d'une espèce de raison, quel que soit d'ailleurs le nom que nous accordions à ce principe supérieur aux organes corporels et qui leur commande. Car nous admettons en tout état de cause qu'il existe une immense distance entre l'homme et l'animal. L'animal possède tout au plus une intelligence , un instinct. L'homme

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. possède uo@ âme immortçUe et douée de la cpQpgimQee dQ la Divinité : c'est là un ordre dç choses tout k h\i différent.

Me^is aunsi Tanimal est bien autre chose qu'une simple machine. Bonnet fait voir avec ea logique ordinaire que ce qui distingue essentiellement 1 animai de l'hommei c'e^t l'absence de signes pour communiquer sa pensée. Les signes constituant les notions proprement dites et les animaux n'en ont pas. Nous distinguons les choses les unes des autres ; nous imposQn3 des noms au^ différents êtres, nous représentons par des mots leurs qualités diverses, les modifications qu'ils éprouvent, tous le? accidents qui les distinguent; ces diyei^es modifications sont le fondement des notions que nous nous formons sur ces êtres différents. La simple iiotion ou la simple vue de ces êtres (qui existe seule cbe* ranimai) ne conslitue pas une notion, elle n'est que le résultat de rimpregsion de Tobjet sur l'organe. Nous, au contraire, quand nous exprin^ons par des noms ou par des signes convenus à l'avance toi|t ce que cette impression nous fait éprouver et qu^ nous désignons ainsi les caractères S0u$ lesquels les objets s'offrent à nos yeux, nou^ acquérons une cotinaiïjâance de cet objets et cette connaissance, ouvrage de notre entË^ndcment, est bien différente d'une sin^plc perceptioiu L'aiiinial qui possède des yeux propres à lui transmeltre rimpression des corps, aune perception, mais point de notions, parce i\u'\\ n'a que dçs sensations et qu'il ne peut combiner des id<^es, U ne raisonne pas non plus d'une roalùère suivie, car le raisonnement suppose des connaissances que l'esprit ail pu acquérir, connaissances que l'on compare à d'autres analogues pour juger de leur rapport, de leur ressemblance ou de leur opposition. Voilà l'idée que I'qii doit se faire de l'intelligence de l'homme. Celle de» animau^^ que nous appelons ordinairement instinct, est bien différente

INDtSTRIB ET INSTINCT t>BS INSECTES. )5$

et bien inférieure ; elle sa compose d'impressions et de sen? cations matérielles et qui ne réveillent jamais une série d'idées suivies et enchaînées. Cette distinction établit leur infériorité par rapport à nOus> et c'est sur elle que se fonde la loi de leur existence qui est compliquée et parfaite dans son genre aussi bien que la nôtre. Gomme dit le poëte :

Aux regards de celui qui fit l'immensité, L'insecte vaut un monde; ils ont autant coûté ^

Ifl^stinct des animaux est donc une sorte de raison rela? tive appropriée à leur condition bornée ; cette raison qui ne ressemble q^e de loin à la nôtre , explique beaucoup mieux les phénomènes de leur organisation que rhypothèse d'après laquelle on devrait considérer en eux de pures ma* chines, et nous allons yoir dans la suite de cette dernière partie qu'elle est tout à fait inadmissible en présence des faits.

Dans le grand nombr^ de ceux*<i on remarquera d'abc»rd Tart qui préside à toutf^s^ les phases de Tincubation et du soin des œufs. Chaque espèce d'animal dépose les siens d'une manière qui lui appartient et qui est propre à assu-< rer leur conservation dans tes conditions particulières oà il se trouve. Rien n'est abandonné ^yk hasard. Les sauterelles, le lézard, la tortue, le crocodile se bornent à lesdé* poser dans le sable chaud, et avertis par leur instinct laissent au soleil le soin de les faire éclore par la chaleur de ses rayons. Les grenouilles et les crapauds, qui vivent sur terre^ font éclore leurs œufs dans Teau ; elles les portent dans la vase et dans les eaux croilpissantes propres au déyeloppement de leurs petits, et c'est là que la nature a préparé des insectes habitants naturels de ces eaux qui doivent

* Lamartine, Méditations,

servir de pâture aux petites grenouilles qui viennent de naître; aussi ne les voit-on jamais pondre dans les eaux courantes ^ Le cousin a besoin d'une plus grande industrie. D*abord habitant des eaux lui-même sous sa première forme de larve , c'est aussi dans Teau qu'il va déposer ses œufs. L'amas qu'il en compose a l'air d'une petite nacelle qu'il sait construire et mettre à flot. Chaque œuf a la forme d'une petite quille. Toutes ces quilles sont verticales et adossées les unes aux autres ; le cousin ne pond qu'un œuf à la fois^ et met beaucoup d'art à faire tenir debout le premier œuf. Pour y parvenir, il allonge en arrière ses deux plus longues Jambes, les croise, et c'est dans l'angle qu'elles forment altfts qu'il reçoit le premier œuf et qu'il le tient assujetti. Un second œuf est bientôt déposé tout auprès du premier, puis un troisième, puis \in quatrième > la base de la pyramide s'élargit ainsi peu à peu et elle se soutient enfin par elle-même*. D'autres insectes emploient des procédés tout difiTérents. Certaines araignées portent leurs œufs sur leur dos dans une petite bourse formée d'une espèce de soie. L'animal cherche à garantir son précieux dépôt de tout acci* dent par mille précautions ingénieuses, et s'il vient à le perdre, il tombe dans une véritable langueur. D'autres enveloppent leurs œufs dans une poché de soie , qu'elles entourent encore d'une feuille roulée; elles se posent ensuite sur cette espèce de sac et couvent leurs œufs comme une poule, avec une merveilleuse assiduité'. D'autres suspendent leurs œufs dans deux ou trois petits sacs qu'elles attachent à des fils, avec la précaution de suspendre devant

1 Contemplation^ XI* partie, ch. v.

^ ConUtnp/ation, IX*' parti e, ch. v. — Ce cousin est le euUx pipient de Héaumur. — Mémoires pour servir à f histoire des imectes , t. lY, ia-4«.

' Voy. la note à la fin du volume.

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