INDUSTRIE ET INSTINCT DES INSECTES
et à q^uelque distance un petit paquet de feuilles sèches qui les dérobe aux regards.
Bonnet parle des mœurs singulières d'une espèce de mouche y qu'il appelle mouche coupeuse de feuilles ^ dont l'industrie est vraiment extraordinçiire. C'est dans une sorte de cornet qu'elle dépose ses œufs, et ce cornet est construit avec des feuilles d'arbres roUlées avec le plus grand art. Pour parvenir à le façonner , l'insecte commence par courber la feuille^ et pour que son ressort ne dérange point la courbure qu'il entreprend de lui donner^ il en assujettit les bords au moyen de quelques fils de soie. Mais comme il est trop faible pour arriver à ce résultat par ses seules forces^ son instinct lui enseigne un moyen supplémentaire. La feuille ne résiste que par sa force élastique ; l'animal a été instruit à l'affaiblir en diminuant la quantité de nourriture qu'elle reçoit à chaque instant de la branche qui la porte. Il ronge donc le pédicule qui porte la feuille, et intercepte ainsi une partie de la sève qui lui arrive. Il en reste cependant assez pour Tentretien de la feuille, et pas autant qu'il lui en faudrait pqur lui laisser son ressort. L'adroit insecte la manie ensuite comme il lui plaît, et la courbe de manière à ce que la surface inférieure soit à l'extérieur du cornet , et c'est sur cette surface inférieure qu'il colle ses œufs*.
L'escarbot pilulaire de Bonnet, espèce de scarabée, n'est pas moins remarquable. Il fréquente les tas de fumiers et d'ordures, et s'en sert de la manière la plus industrieuse. Il enferme chacun de ses œufs dans une petite boule de fumier, qu'il construit avec grand soin et qu'il arrondit déplus en plus en la roulant plusieurs fois sur la terre. Dans ce travail difficile plus d'un obstacle se rencontre^ mais, s'il est nécessaire, plusieurs escarbots se mettent à l'oeiuvre à la fois et
* Contemplation^ XI" partie, ch. v.
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emploient toutes leurs forces réunies à l'accoinplisseident de ce travail, qui serait impossible pour un seul. Si on leur enlève la boule ils vont la rechercher. Si elle tombe dans un enfoncement ou dans une cavité quelconque, ils travaillent à l'en retirer et ne l'abandonnent jamais. Ces boules doivent servir à la conservation et à l'éclosion du petit œuf que chacune renferme, et il est remarquable qu'ici la société tout entière des escarbots participe au soin de chaque œuf ; chacun d'eux y prend un égal intérêt. Des escarbots étrangers font rouler les boules avec autant de soin et de conatance que ceux qui les ont eux-mêmes façonnées et que les mères qui ont pondu les œufs *.
L'instinct paraît d'une manière non moins évidente dans l'éducation que les oiseaux savent donner à leurs petits. L'aigle, la cigogne, l'hirondelle se montrent également, quoique diversement, habiles à leur apprendre l'art de s'élever dans l'air et de chercher leur nourriture. L'hirondelle déploie un soihimerveilleux dans Téducation deses petits. Elle sait tenir le nid parfaitement propre dans les pr§miei*s temps où les oisillons sont incapables d'y veiller eux-mêmes; quand ils commencent à voler, la mère les encourage de la voix, elle les appelle, les anime et successivement leur présente la nourriture à une distance de plus en plus éloignée pour les obliger à quitter plus facilement leur demeure. Elle les pousse enfin tout à fait dehors» en ayant soin cependant de les accompagner et en paraissant toujours prêté à leur porter secours s'ils en ont besoin. Chez les oiseaux de proie, les aigles par exemple, le procédé d'éducation est beaucoup moins tendre. Avant même que les petits aient tout à fait achevé de prendre leur ci'oissance , l'aigle les ehasse hors du nid* Mais la nature en a usé ainsi p«ur m
» Contemplation, XI" partie, ch. V.