‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 103 sur 126 · LES OISEAUX · texte numérisé non relu

LES OISEAUX

résultat certain et en harmonie afec les l<^ de h eonser» yation. Car, outre la constitution plus forte de ces c^eaut carnassiers, les oiseaux Voraces, habitués à vivre de rapine et de carnage, ne tarderaient pas i s'affamer mutuelletoent si plusieurs ensemble devaient vivre dans la même en^ ceinte. Il est à remarquer que l'attachement du mâle à sa femelle, qu'on pourrait che« eut décoret du nom d'amour conjugal, etiste à un degré supérieur che» les oiseaut, relativement aux autres ordres d'animaux, et en particulier aux quadrupèdes ; cela peut paraître étonnant, puisque l'iËtelii'* gence sehiblé pourtant plus élevée chet les grands animaux, parmi lesquels on aperçoit un instinct voisin du raisonne*^ ment, comme ches les driens, les singes, les éléphants. Ches les quadrupèdes, le vœu de la nature, qui est la conservation de l'espèce, une fois accompli, le mile et la femelle s'éioi* gnent pour ne plus se revoir, et la dernière demeuré seule chargée du soin de sa progéniture. Il n*en est point de môme ohex les oiseaux. CeuXK^i forment entre eux de véritables liens, et leur société dure autant que le nécessitent le soin et l'édueation complète des petits. Le père y contribue autant que la mère, soit en aidant sa compagne à chercher la lÉurr iture convenable, soit comme le rossignol, en allé^ géant par seé chants les ennuis de la couvée et du soin des petits. Bonnet rapporte ailleurs un exemfde touchant et curieux^ et dont il fut lui-même témoin, de cette tendresse conjugale chess les oiseaux et que viennent appuyer des ob^ servatiOBs analogues faites par fiuffon et Queneau de Mont^ beillard. Charles Sonnet possédait deux perruches de Guignée ; le mâle et la femelle formaient entre eux une société conjugale véritablement semblable en tout point à celte que pourraient rêver les poètes et les moralistes. Pendant quatre années que dura leur réunion dans la même cage, ils ne se perdirent jamais de vue et veillèrent sans classe Tun

sur l'autre. Lorsque la femelle atteignit la première la yieiliesse, le mâle plus fort lui prodigua mille soins, lui apporta la nourriture qu'elle ne pouTait plus aller chercher, l'aidant dans les derniers temps à monter sur le perchoir où elle ayait peine à atteindre; enfin, quand elle expira, il se livra à toutes les marques d'un véritable désespoir, exprima sa douleur par un- langage muet qui égalait en éloquence l'aspect de la personne la plus affligée, et l'oiseau, privé de sa compagne, mourut enfin de langueur au bout de quel* quesmois.

Le kamichi, grand oiseau de l'Amérique, denû-aquatique et demi-terrestre et d'une conformation singulière, parait aussi connaître la fidélité conjugale. Cet oiseau demeure uni* à sa femelle pendant toute sa vie ; il ne s'en sépare jamais, et lorsque la mort vient à enlever l'un des deux, l'autre se laisse aller à une langueur et à un abattement qui ne tar* dent pas à terminer aussi son existence^

On peut inférer de là que les oiseaux semblent mieux partagés que les quadrupèdes, à l'égard de ce que Ton pourrait appeler le sens moral, Cependant, cette différence n'est pas sans recevoir quelques exceptions. Suivant Bonnet, le chevreuil est de ce nombre. Ce joli petit animal qui fait notre admiration par l'élégance de ses formes, par l'agilité de sa course devrait la mériter également par sa fidélité pour sa compagne. Il ne la quitte point comme les autres quadrupèdes après la naissance des petits, il lui demeure constamment attaché et se plaît à vivre en famille avec elle et les jeunes chevreuils. Cette petite société ne cesse que lorsque ceux-ci sont appelés à former par eux-mêmes une famille nouvelle *.

Au reste, l'Instinct des animaux ainsi que leur industrie

• Contemplation, XI« partie, chap. viii.

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